​ÉDITORIAL : La faute serait de laisser ce vent se tasser

Tous les secteurs du pays souffrent de dysfonctionnements graves. Mais, toutes les réformes engagées, toutes les lois adoptées expirent à mi-chemin, pour trois raisons essentielles : l’apathie de l’Etat, censé les mettre en oeuvre ou veiller à leur stricte application, l’incompétence des chefs de services chargés de les piloter, ou la malveillance des hommes et des femmes qui se complaisent dans le statuquo et profitent de l’anarchie actuelle pour tirer les marrons du feu.

A titre d’exemple, les ultimes négociations entre le Fmi et l’Etat comorien pour le financement du dernier programme qui projetait, entre autres, de relever au niveau du fisc, le déficit «de culture de management au sein de l’Agid (Administration générale de l’impôt) et une très faible discipline fiscale.» 
La mise en place de l’Administration générale de l’impôt constituait un test de la bonne volonté des autorités d’agir. Un indicateur premier qui donnait la possibilité de renfoncer les compétences techniques du fisc dans le but ultime d’augmenter les recettes de l’Etat (trop dépendant) soumises ces dernières années aux financements exceptionnels, de circonstance (citoyenneté économique, vente de la licence..).
Résultat ? Les structures tombent, de plus en plus, en totale déliquescence et les recettes ont emprunté le sens inverse : la chute libre. Les autorités se sont appuyées, ces dernières années, sur la facilité des appuis budgétaires et des recettes aléatoires au point de renoncer au suivi ou de tourner carrément le dos à toutes les réformes engagées dans le domaine des finances publiques. 
L’énergie, principal handicap au développement de ce pays et premier obstacle à tout investissement sérieux, peine, depuis vingt ans, à répondre à la demande domestique. La direction actuelle fournit des efforts pour offrir la lumière aux familles afin d’améliorer le confort des ménages, dont la plupart s’éclairent à la bougie ou au pétrole…. Malgré les promesses de la Banque africaine de développement et les prêts de l’Inde, aucun frémissement sérieux n’est visible pour les cinquante prochaines années. La cacophonie sur les énergies renouvelables devient l’excuse de l’inertie. 
L’autorité de l’Etat semble chancelante. Le lynchage d’un présumé meurtrier laissé durant des heures entre les mains d’une foule en furie doit tout aussi interpeller sur l’urgence de prendre en charge les destinées du pays. 
La vague qui a porté le président Azali Assoumani au pouvoir attend de voir les signaux d’un changement. Elle perçoit difficilement dans certaines des nominations cette volonté de faire table rase du passé et de poser les nouvelles fondations de l’avenir. 

S’il n’est pas interdit de remettre en place aux directions de Comores Telecom et de l’Onicor (Office du riz), les mêmes personnes qu’il y a onze ans, il leur appartient, comme au reste des nouveaux directeurs des entreprises publiques, d’apporter la preuve qu’ils constituent les meilleurs choix pour accompagner les reformes du chef de l’Etat. En effet, il s’agit de donner des gages sérieux à l’offre de services des télécommunications et internet plus sûrs à des tarifs abordables, de libérer sans tarder les applications VoIP, et dans le cas de l’office du riz, de ramener le prix du kilogramme de riz populaire à un niveau accessible à une population qui vit dans sa grande majorité avec moins de 2 dollars par jour. 
Est-il logique de croire qu’on peut faire du profit sur un produit de première nécessité, alors qu’il est élevé en monopole d’Etat pour le proposer au marché au plus bas prix? La chute des prix des hydrocarbures n’a pas été suivie, comme on l’espérait, par de mesures de même nature et de même impact économique et social, alors que ces effets sont nombreux.
C’est donc tout de suite et maintenant. Car ce vent fort de changement qui vient d’en bas doit trouver dans la classe dirigeante, les voiles à gonfler pour propulser le navire «Comores». Car, la faute la plus grave serait de laisser ce vent se tasser.
Ahmed Ali Amir

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