​L’irrésistible séduction de Mnamadi. Partie 8

Il était une fois Mnamadi, ce potentat venu de nulle part faire de la ruse, un précepte de gouvernance pour suborner la communauté. Ah ! Il est fort et aime qu’on le lui dise encore. Non content d’avoir usurpé le pouvoir pour se payer une consolation impériale, il en abuse aussi sciemment pour se faire encenser.
 Ses détracteurs affirment que le hâbleur n’arrive pas à se dégager du ressentiment d’avoir été délogé du pouvoir d’une allure vexante. Il met toute son énergie et toute son intelligence qu’on lui reconnait en termes de ruse pour faire regretter, à coups de pièges, tous ceux qui avaient concouru à sa chute, il y a quelques années. Pour paraitre en gentleman, il était allé les adjurer d’admettre son pardon et de bien vouloir reprendre service, avec lui,pour recouvrer le pouvoir. Ses anciens ennemis sont donc devenus, avec une affabilité impressionnante, ses nouveaux alliés et tout le monde le croit. Chapeau !

 Ses adeptes jurent, avec conviction, que Mnamadi est de retour pour entrer dans l’histoire, en guidant sa communauté dans la voie de la félicité. N’a-t-il pas fait jaillir la lumière intermittente pour la beauté des yeux ? N’a-t-il pas fait débroussailler les voies pour les retourner au profit des coursiers ? N’a-t-il pas facilité l’accès aux prières dans les prestigieuses mosquées du monde ? N’a-t-il pas réalisé des grandes réjouissances pour faire régaler les faméliques ? N’a-t-il pas fait détruire les vieux édifices pour des bâtisses à venir ? N’a-t-il pas accru les prix des orchidées pendant que le marché était propice et que la communauté voisine a perdu toutes les cueillettes ? N’a-t-il pas baissé les prix des mets pendant quelques jours avant qu’ils ne redeviennent beaucoup plus chers ?  Que veut le peuple ? 

 En tout cas, bien installé dans son orgueil légendaire, Mnamadi se fout éperdument de ce qu’on dit sur son incapacité à voir les vrais problèmes compiler. Les enfants de la communauté ne vont pas au Shiwoni pace que les fundi ne reçoivent pas de yahowani. Les maisons de guérison sont des mouroirs assermentés parce que les guérisseurs n’ont plus d’herbes médicinales. Les paysans ne produisent pas grand-chose parce qu’ils n’ont ni semences ni outils. Les pécheurs rentrent bredouilles parce qu’ils sont pourchassés par des chalutiers barbares. Les greniers communautaires sont vides parce que braqués par leurs gardiens. Les beshewo n’ont plus de lait parce que les éleveurs n’amènent plus de mbiyo. Le hazabore fait rage dans les manufacture. Les sources d’eau tarissent et la sècheresse est fatale. Le pire, il n’y a plus d’espoir !

 Notre maitre de la ruse fait quand même avancer le grand projet qui vaille pour lui. Il a toujours rêvassé de jouer au monarque et tous ses courtisans sont à l’œuvre pour cela. Il a multiplié les visites de courtoisie dans les monarchies les plus nanties, avec des suites royales, pour apprendre à être grandissime. Ses conseillers l’encouragent à aller de l’avant car à force de côtoyer le parfumeur, on finit par sentir le parfum, « mka na mhuza malawo yo tsomnunka ». Il change sa garde-robe et s’habille des affublements imposants. Il nomme les membres de sa famille aux postes les plus prestigieux. Il affecte ses disciples dans les postes les plus juteux. Il organise des solennités de courbette et de culte de personnalité. Il fait faire des prières pour s’accréditer d’un droit divin. En fait, il a bien appris à jouer au monarque, rien à dire.

 Mnamadi se croit si puissant qu’il ne se rend même pas compte que la communauté commence à le méjuger. On dit de lui qu’il est incapable de se remettre en cause. L’arrogance est irréversible. Il ne fait qu’à sa tête. De par son aveuglement du pouvoir absolu, il n’a besoin de personne si ce n’est pour lui lire des lettres de noblesse. Il transforme la communauté en Mdrenge wa itsoni pour ceux qui voudraient bénéficier de sa clémence. Il ne voit pas du tout d’où vient sa décrépitude qu’on croit incommensurable. Ses caudataires se sentent menacés. Ses alliés se croient délaissés. Ses opposants se disent dupés. La ruse connait déjà ses limites.

Puisque yifeli sha mdru djabali, Mnamadi veut multiplier les sorties pour se faire escorter partout, prendre de bain de foule, son hobby honorifique et éviter les hués, sa phobie fatidique. Il n’est pas au courant que des insoumis sont à pieds d’œuvre pour lui chanter, à tue-tête, avec une vigueur de balai ;

Ye mfa Mnamadi tsi yariwuwa

Hariwuwa sontsi bo nanyawe.

Dini Nassur 

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