A qui on vend la BIC ?

A qui vend on la BIC ?

Ci-dessous un article intéressant de Hayba FM

Que fait le gouvernement ou qu’a fait le gouvernement pour chercher une banque de Premier plan ?

L’après midi du 27 avril Said Mohamed Sagaf, Président du conseil d’administration de la BIC (Banque de l’Industrie et du Commerce), qui a succédé au feu Dr Mouhtar Ahmed Charif sur proposition du gouvernement, a invité des actionnaires, au Retaj pour discuter de la vente annoncée de la BIC par la BNP Paribas (Banque Nationale de Paris). Il apparaît très remonté contre ce qu’il considère comme une braderie de la BIC et l’obscurité qui entoure l’affaire.

Les présents sont unanimes : cette vente pénalise les actionnaires, les clients et le pays. La BNP, détentrice de 51% des actions, n’a pas consulté ses co-actionnaires. Dans ce genre de situation, il est de bonne conduite que le vendeur demande à ses co-actionnaires s’ils seraient intéressés par la reprise, soit parce qu’ils ont les moyens et le savoir faire, soit parce qu’ils peuvent trouver des alliés capables de reprendre la banque au mieux de leurs intérêts et ceux des clients.

L’état comorien détient 35% du capital et des privés comoriens 15%. La BNP Paribas gère la BIC, nomme le directeur, le gouvernement désigne le Président du Conseil d’administration.

HaYba a passé un mois à enquêter aux Comores, en France et aux Emirats. Rien n’est clair dans cette affaire.

La lecture attentive de la « Note relative à la cession des actions BNP… » soulève plusieurs questions.

– le prix de la cession est de 490 Euros (245 000 KMF) par action. Il y a 3 -4 ans, l’action s’évaluait à 1400 Euros. Rien n’explique cette dégringolade de la valeur. Le Compte d’exercice était déficitaire comme celui de 2018 présenté ici.

Depuis 2014/2015, le compte de résultat était déficitaire du fait des coûts d’une importante restructuration, de la mise aux normes de la banque, et du lancement de la carte visa. Tout cela a nécessité des investissements notables dans l’informatique. La direction et l’actionnaire principal se montraient optimistes constatant une amélioration des résultats d’une année à l’autre. En 2017, le compte de résultat était positif de 12 millions de KMF. Un très modeste bénéfice certes, mais qui confirme le bon effet des réformes engagées et promet un bon exercice 2018. La Banque de l’avis de tous a traversé une période contraignante d’adaptations, mais elle est solide .

Comment expliquer ce gros déficit en 2018 qui justifie aux yeux de la BNP ce bradage des actions ? La plupart de ceux que nous avons interrogés, y compris des anciens de la BIC, pointent du doigt la ligne « Reprise Provisions » c’est à dire l’argent récupéré des gros débiteurs de la banque, en défaut depuis longtemps. On voit qu’en 2017, les reprises étaient de 467 799 845 KMF. Pour l’exercice 2018, les huissiers étaient très fatigués, ont beaucoup dormi plus des 2/3 du temps et n’ont rapporté que 135 722 050 KMF. La différence des reprises entre les années 2017 et 2018 équivaut presque au déficit. Y a-t-il un agent de la BIC qui prenait des somnifères quand il fallait mobiliser les huissiers ?

C’est vrai, comme indiqué dans la note, que la BNP cherche à se désengager de certains pays suite au renforcement de la législation et de la réglementation, aux USA et en Europe, sur le contrôle des banques notamment en matière de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale. La BNP Paribas n’est pas une sainte. C’est la banque étrangère qui a écopé de la plus grande amende aux Etats Unis pour falsification de documents et collusion. Elle a été aussi condamnée au Royaume Uni et en France. Elle n’est pas la seule grande Banque dans ce cas. Depuis deux décennies les très grandes banques occidentales défilent devant les tribunaux, paient des amendes et, aux USA, et de plus en plus en Europe, règlent à coups de centaines de millions ou de plusieurs milliards d’Euros, le prix des sanctions convenues à l’amiable. Godman Sachs, Deutsche Bank, UBS, HSBC, Barclays, JP Morgan, ABN Amro, Standard Chattered. C est toute la fine fleur des banques occidentales

Les Comores présentent-ils vraiment un grand danger pour le blanchiment d’argent ? L’archipel n’a pas cette réputation ni dans les grandes organisations financières internationales ni dans les ONG qui veillent à la transparence financière. Le pays est classé très corrompu, tous services publics et secteurs économiques confondus. Des trafiquants étrangers et comoriens opèrent mais jusqu’à présent c’est du menu fretin, à l’échelle internationale. Le contrôle de la Banque Centrale sur les 4 banques commerciale, les Mutuelles d’épargnes et de crédit et les Sanduk, et la SNPSF est jugé assez effectif par le FMI. La Banque de France veille au quotidien sur la Banque Centrale.

Comment comprendre que la BNP veuille vendre la BIC pour se prévenir des risques de blanchiment et autres manipulations, en se tournant vers un acheteur qui n’a aucune expérience bancaire et dont l’agence financière Bloomberg nous apprend que c’est une coquille vide qui n’a eu aucune activité ces douze derniers mois. Le capital de Mighty Holdings Limited, est selon la note de la BNP, détenu en totalité par Mohammed Rahif Hakim. Nous le connaissons comme le patron et propriétaire du groupe Armada dont les Comoriens, attendebt la reconstruction du Galawa, après 2 ou 3 poses de la première pierre dont au moins une avec le Président Azali. HaYba a eu, face aux sarcasmes des adversaires du régime Azali quand Armada Group a été connu comme bâtisseur et opérateur du futur Galawa à témoigner de la réalité du conglomérat aux Emirats. Il opère dans le tourisme, l’immobilier et la santé principalement. Il n’a aucune activité connue dans la banque.

3 de nos interlocuteurs nous ont parlé d’un capital déclaré de 100000 Dirhams des Emirats pour Mighty Holdings Limited. Soit l’équivalent du coût d’une bonne voiture de gamme moyenne. Nous n’avons pas pu trouver mention de ce capital nulle part.

M. Mohammed Hakmi, est un Docteur ingénieur, spécialiste de matériaux de constructio. Il a une réputation de bon entrepreneur. Il n’est pas banquier.

La Banque Centrale des Comores et son partenaire la Banque de France vont elles valider cette vente ?

Le 27 avril, les participants ont déduit des propos de Mohamed Abdou Mbechezi, actionnaire de la BIC, et conseiller en communication du Président, arrivé vers la fin de la réunion, que c’est le gouvernement qui a sollicité le Dr Hakmi.

Le 15 mai, le Conseil d’administration a débattu et voté la proposition de la BNP. 3 ont voté pour, 3 contre, 1 s’est abstenu. Un administrateur qui s’opposait véhémentement à la vente, a surpris tout le monde en changeant de position. Les Banques et l’état ont mille possibilités de pressions à l’égard des entrepreneurs, particulièrement dans un pays de forte insécurité juridique.

Le dossier est à la Banque Centrale.

Il faudrait que les organisations patronales, du moins les vrais entrepreneurs, petits et grands, les services économiques, les avocats ayant une clientèle économique, les associations de la diaspora et les responsables politiques de tout bord s’approprient cette question et se pénètrent de son importance pour le pays. Il faut dire au Chef de l’état qu’un pays qui se veut émergent dans une dizaine d’années, ne peut pas laisser partir une banque de premier plan sans chercher à la remplacer par une banque de niveau égal. L’état en pâtira. A ce jour, HaYba ne dispose d’aucun indice sérieux permettant de penser que le gouvernement soit complice d’une initiative mafieuse. Raison de plus pour lui demander une transparence complète et d’accepter l’assistance internationale et la collaboration des entrepreneurs comoriens pour trouver un remplaçant de premier plan à la BNP.

La BIC avait tout les défauts, il nous est arrivé de la critiquer, pour sa suffisance, ses coûts, sa rigidité. Bref, elle a toutes les caractéristiques d’une grande banque face à une clientèle captive. La concurrence l’a forcée à un peu de souplesse. Aujourd’hui et il faut s’en féliciter, la première institution financière par l’argent mobilisé, est la MECK Moroni. Mais la BIC est la grande tante, acariâtre, qui répond à l’exigence des partenaires économiques et commerciaux étrangers, quand ils demandent que la lettre de crédit du client comorien, société publique incluse, soit émise par une banque de premier plan.

L’Exim Bank peut le faire, à travers des correspondants, avec de plus grands délais, à un coût plus élevé.

Et même si les coûts sont équivalents, l’inexistence d’une banque de premier plan dans le pays veut dire que les Comores sont un petit pays dont il faut se méfier. C’est ce que dit en clair la note de la BNP.

Mais, est ce vrai que la BNP se désengage ? On est en droit de se poser la question. « …Le groupe BNP Paribas a toutefois accepté de continuer à fournir à la BIC-Comores un certain nombre de services pendant une période transitoire, afin de faciliter la banque par Mighty Holdings Limited ». Vous avez bien lu, faciliter la reprise par une coquille vide. Qu’est ce que ça cache ? Combien de temps ça prend pour faire de Mighty (Puissant) Vide une banque ?

Qu’est ce qui a fait échouer les précédentes tentatives de vente à d’autres banques ? Citons la BRED, une banque française et l’EXIM Bank

Il est important de voir clair dans cette affaire.

Ceux qui ont les aptitudes doivent approfondir le dossier et poser les questions aux :

– Gouvernement Comorien

– La Banque Centrale des Comores

– La Banque de France

– Le Groupe BNP Paribas – Paris

– Le Trésor Français qui garantit notre monnaie. Vous pouvez le faire en tant que citoyens français et par vos élus

– Banque Mondiale et FMI

Demander l’assistance de :

– https://www.transparency.org/whoweare/contact#O_nc_france

– /www.gfintegrity.org

Sur Mohammed Hakmi, le Groupe Armada et Mighty Holdings Limited

https://en.wikipedia.org/wiki/Armada_Group

https://www.bloomberg.com/research/stocks/private/snapshot.asp?privcapId=41589781

Sur la loi et la réglementation bancaires comoriennes

http://www.banque-comores.km/DOCUMENTS/Recueil_des_textes.pdf

Sur les condamnations de la BNP Paribas et d’autres grandes banques

https://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/bnp-paribas-condamnee-a-payer-8-834-milliards-de-dollars-d-amende-aux-etats-unis_1555711.html

https://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/12/bnp-paribas-condamnee-a-38-millions-d-euros-de-redressement-fiscal-a-londres_5184332_3234.html

https://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/nouvelle-amende-pour-bnp-paribas-aux-etats-unis-1359244.html

https://www.reuters.com/article/us-bnp-paribas-moneylaundering/bnp-paribas-fined-over-weaknesses-in-anti-money-laundering-controls-idUSKBN18T2JI

https://www.reuters.com/article/us-bnp-paribas-settlement-sentencing/bnp-paribas-sentenced-in-8-9-billion-accord-over-sanctions-violations-idUSKBN0NM41K20150501

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