Abdou Ousseine défie le gouvernement

En invalidant les députés issus du Conseil de l’île autonome de Ngazidja, non seulement le président de l’Assemblée Nationale s’oppose ouvertement au gouvernement qui a « pris acte » du vote dudit Conseil, mais plus grave encore, il “s’érige en juge électorale”.

« Nous avons pris acte de la désignation des trois conseillers montants à l’Assemblée Nationale », tranche le gouvernement, par la voix de son porte-parole et ministre chargé des relations avec les institutions Mohamed Daoudou. Une position qui prend le contrepied de celle du président de l’Assemblée. Ce dernier, dans un courrier adressé au président du Conseil de Ngazidja le 29 mars dernier et que Masiwa s’est procuré une copie, a pris la décision de ne pas admettre à l’hémicycle « les trois Conseillers dont la désignation fait l’objet de contestation ».

Si le président du Conseil de l’île dans son courrier a demandé à celui de l’Assemblée de lui fournir la lettre de contestation de certains conseillers, le gouvernement désavoue Abdou Ousseine en affirmant que « les conseillers vaincus ont digéré leur défaite ».

Selon nos informations, le président de la République a recommandé à Abdou Ousseine de fléchir. Il faut rappeler que les trois conseillers désignés pour siéger pendant un an à l’Assemblée soutiennent le pouvoir même si du côté de Hamdramba, on tente de faire croire tout le contraire.

Le député Ibrahim Soulé, ancien secrétaire général du parti Juwa, avance une autre explication. Il a révélé devant les médias que derrière cette crise, se cacherait « une guerre de suprématie entre le vice-président de l’Assemblée Maoulana Charif et le ministre des finances Said Ali Chaihane ». D’après l’élu de Moroni Nord, les trois conseillers montants « sont hors du contrôle » du leader de Oichili-Dimani, membre influent de la CRC, et se seraient rangés du côté de l’argentier de l’Etat en quête de leadership au sein de son parti.

L’aspect politique mis à part, juridiquement le président de l’Assemblée n’a pas à juger de la validité d’une élection. C’est en tout cas ce que déclare Me Moudjahidi Abdoulbastoi :

« Ici, le président de l’Assemblée de l’Union se comporte comme le juge électoral. Il s’arroge les pouvoirs qui reviennent de droit et de façon exclusive à la Cour constitutionnelle, conformément à l’article 36 de la Constitution de l’Union. La loi organique du 3 octobre 2005 relative aux autres attributions de la Cour constitutionnelle consacre la procédure en matière de contentieux électoral ». Alors qu’Abdou Ousseine demande au Conseil de l’île « une nouvelle délibération qui ne souffre d’aucune contestation », ou sinon, « ils doivent attendre la Cour » qui est neutralisée. De ce fait, « il n’a aucun droit de demander un second vote ».

« Mieux, poursuit l’avocat, il est obligé de prendre acte de la désignation des nouveaux députés faite par le conseil de l’île et qui lui est adressée par le président dudit conseil, qu’il y ait contestation ou pas ».

Masiwa a tenté sans succès d’avoir l’avis du conseiller juridique de l’Assemblée nationale.

Toufé Maecha/ Masiwa Komor

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