Acteurs de la COP21 : l’interview d’Ismael Bachirou

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Parmi les pays présents à la COP21 figurent les Comores, petit archipel de 800 000 habitants particulièrement vulnérable au changement climatique. Nous avons interrogé Ismael Bachirou, Directeur général de l’Environnement et des Forêts des Comores et chef de la délégation technique de ce pays au Bourget.

1) Quelles sont les problématiques énergétiques actuelles aux Comores ?

Les Comores sont un petit État insulaire confronté à des multiples problèmes de développement, notamment en matière d’énergie. Le pays dépend énormément du gasoil dont les importations constituent un coût majeur que l’État ne peut pas supporter. Nous dépensons en effet chaque année l’équivalent de 30 millions de dollars US en gasoil (soit l’équivalent de 5% du PIB des Comores) à des fins de transports et de production électrique. Cela constitue un fardeau insupportable pour notre économie.

Le pays est confronté à des problèmes de délestage électrique car il manque énormément de gasoil et la société Mamwe qui est en charge de la production et de la vente d’électricité dans le pays n’arrive pas à faire face à cette situation. Il fut un moment où le taux d’électrification avoisinait 60% aux Comores lorsqu’une grande partie des villages et des villes avait été électrifiée. Avec la crise économique que connaît le pays, ce taux a diminué et ce sont surtout les grandes villes qui sont aujourd’hui alimentées en électricité.

Pour ces raisons, le pays a opté pour le développement des énergies renouvelables. Cette trajectoire est encore en gestation mais le gouvernement est conscient qu’il faut passer par ces énergies pour la survie économique du pays.

2) Quelles sont les principales ressources énergétiques dont le pays pourrait tirer profit dans le futur ?

Les Comores sont un pays volcanique et la géothermie constitue l’énergie appropriée à notre développement. Les premières études ont été réalisées et les résultats sont probants sur l’île de Grande Comore (où est situé le volcan Karthala). L’Union des Comores est accompagnée dans ce processus par l’Union africaine et la Nouvelle-Zélande.

Dans d’autres îles de l’archipel des Comores, l’énergie hydroélectrique pourrait être privilégiée pour tirer profit des rivières qui y coulent. Les études issues de la seconde communication nationale sur le changement climatique ont démontré qu’il y avait également un potentiel de développement des énergies solaire et éolienne dans le pays. En revanche, l’exploitation des énergies marines reste encore trop prématurée même si nous sommes entourés de l’océan.

3) Avez-vous une estimation du potentiel des renouvelables aux Comores et des financements nécessaires à leur développement ?

En ce qui concerne la géothermie, une première phase de prospection a eu lieu. La deuxième phase de prospection très approfondie est en cours et permettra de confirmer notre potentiel. Sur cette base, nous pourrons nous fixer des objectifs chiffrés.

Nos besoins de financement liés à nos engagements (INDC) ont été chiffrés à 675 millions de dollars, dont une partie sera dédiée aux actions d’atténuation et une autre à celles d’adaptation au changement climatique.

Nous avons notamment une stratégie énergétique nationale qui vise entre autres à réhabiliter notre réseau de distribution électrique qui est très ancien et vétuste, ce qui entraîne d’importantes pertes entre le volume d’électricité que nous produisons et celui d’électricité distribuée à nos ménages.

4) Quels objectifs de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre se sont fixés les Comores ?

Les actions prévues en matière d’atténuation du changement climatique dans notre INDC concernent les énergies renouvelables et la reforestation. A travers ces deux programmes, nous estimons pouvoir diminuer de plus de moitié les émissions de gaz à effet de serre au niveau des Comores.

Hors électricité et transports, nous utilisons encore du pétrole « lampant » pour les cuissons. Dans le passé, la forêt a été détruite car les gens y cherchaient du charbon pour la cuisson mais aussi du bois de chauffe. Cela constituait une perte énorme de forêts et le gouvernement a donc eu l’idée de diminuer le prix du pétrole afin que les ménages pauvres puissent accéder à ce produit pour les décourager à aller détruire la forêt.

A l’horizon 2030, notre objectif est de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 84% par rapport à un scénario de « laisser-faire ». A condition de disposer des financements nécessaires pour appuyer l’économie comorienne et développer les énergies renouvelables, en l’occurrence la géothermie.

5) Quelles seraient selon vous les conditions d’une COP21 « réussie » ?

Une COP21 réussie devra être être inclusive et prendre en compte les préoccupations des uns et des autres, notamment des petits États insulaires et des pays les moins avancés qui sont les plus vulnérables aux impacts du changement climatique. Si l’on arrive à intégrer les « pertes et dommages » liés au changement climatique au sein de l’accord de Paris, ce serait une grande réussite car nous n’arrivons pas à supporter les coûts des événements extrêmes comme les cyclones, les sécheresses ou les inondations. Il faudrait qu’il existe un mécanisme international prenant en charge les conséquences de ces phénomènes.

Au niveau des Comores, nous ressentons déjà les impacts du changement climatique. Parmi les impacts « lents », nous constatons une remontée des eaux marines qui grignotent du terrain sur les régions côtières, ce qui touche plus de 70 000 personnes. Des phénomènes tels que les cyclones et les inondations témoignent des impacts plus immédiats du changement climatique. En 2012, de grandes inondations ont fait des morts aux Comores et engendré un déplacement de la population, ce qui constituait un exemple de migration climatique.

Tous ces phénomènes sont ainsi déjà ressentis par les Comores et c’est pourquoi nous demandons à intégrer le mécanisme de Varsovie qui vise à prendre en compte les pertes et préjudices liés au changement climatique.

 

Source: connaissancedesenergies.org

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