Affaire Abdallah Agwa: Les avocats du journaliste attaquent la « procédure de flagrant délit »

​Les avocats du journaliste Abdallah Agwa, placé sous mandat de dépôt depuis ce lundi, contestent la « procédure de flagrant délit » engagée contre leur client pour un « délit de presse ».

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Hier lundi, le procureur de la république a ordonné un mandat de dépôt contre le journaliste Abdallah Abdou Hassane (de son vrai nom, Ndlr). Selon les avocats du journaliste, le tonitruant Agwa va comparaitre ce mercredi dans une audience en flagrant délit. Me Omar Zaid et Me Abdoulbastoi Moudjahidi tonnent l’un après l’autre quant à la procédure engagée contre leur client reproché d’avoir avancé des propos sur « le mode d’habillement traditionnel du président de la république » et relayé une histoire d’ « un rendez-vous [raté] entre des magistrats et le ministre des finances ». «Une procédure de flagrant délit sur un délit de presse c’est quand-même étonnant. Ce genre de procédure ne s’applique en matière de délit de presse », dénonce de sa part Mr Omar Zaid qui cite au passage l’article 71 du code de procédure pénale pour rendre inattaquables ses arguments.
« On ne peut pas poursuivre quelqu’un pour délit de presse en empruntant la voie de flagrant délit », renchérit Me Moudjahidi qui voit la liberté de presse « prise à partie par ceux qui sont derrière cette procédure ». Ladite procédure est attaquée de partout, dans son fond comme dans sa forme, par les avocats qui la contestent. Ils n’y voient que du fouillis. En effet, l’article 393 du code de procédure pénale est claire : «L’individu arrêté en flagrant délit et déféré devant le Procureur de la république, conformément à l’article 71 du présent code, est, s’il a été placé sous mandat de dépôt, traduit sur-le-champ à l’audience du tribunal ». 
Abdallah Agwa n’est pas jugé le jour de son déferrement, encore moins le lendemain (aujourd’hui, Ndlr) tel que le prévoit l’article 394. Me Zaid trouve que dans cette affaire « rien n’est dans les normes ». Le journaliste mis sous le couperet d’un régime à fleur de peau aurait osé critiquer le président de la République qui porte « les habits des dignitaires traditionnels » alors qu’il n’en est pas un. Il aurait aussi parlé d’un rendez-vous raté entre des magistrats et le ministre des finances. Ce dernier aurait fait attendre lesdits magistrats dans le couloir alors qu’il ne recevra pas, selon nos informations. 


Au cours de cette rencontre, s’elle avait eu lieu, les magistrats devaient flatter l’argentier du pays à tenir compte dans le projet de la loi de finances pour 2017, de leur avancement de salaire, toujours selon nos informations. Les avocats de Agwa qui pensent que le mieux pour les concernés aurait été de faire un droit de réponse, ne voient pas en quoi cela constitue une infraction. Rappelons que le droit de réponse est « garanti à toute personne physique ou morale… » par l’article 58 du code de l’information et de la communication. 
Un autre fait inquiétant, en tout cas pour les professionnels de la presse, le journaliste Agwa aurait été sommé durant sa garde à vue du dimanche à lundi de fournir le nom de ses sources d’informations. Si les articles 71 et 394 du code de procédure pénale sont violés, le code de l’information et de la communication en Union des Comores n’en est pas moins. Notamment en son article 68 qui stipule que « le journaliste n’est pas tenu à divulguer ses sources et ne peut dans ce cas, être inquiété par l’autorité publique ». Une pratique jugée « dangereuse » par Me Moudjahidi pour qui la décision de la justice attendue ce mercredi, à l’issu du jugement de son client, est intéressante dans la mesure où soit elle (la justice, Ndlr) confirme le bon élan de protection des journalistes, soit elle fait un revirement.
Toufé Maecha/ LGDC 

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