Affaire de l’hébergement des pèlerins : «La faute revient aux agences»

Le rôle du gouvernement est de négocier avec la compagnie aérienne, de s’occuper des vaccins, du quota, etc. La question des logements relève des agences de voyage. Les pèlerins ont accepté de jouer le jeu, alors que je les ai interpelés dès le début quant à la «cupidité» de ces agences, a déclaré le ministre des Affaires islamiques, Mohamed Abbas Elhad suite aux tristes mésaventures que connaissent les pèlerins comoriens en terre sainte de l’islam.

Il ne manquait plus que ça. Hier, à 4 h 18 minutes précisément, alors que les pèlerins comoriens s’apprêtaient à faire la prière de l’aube, une double coupure d’eau et d’électricité s’est soudainement produite. ‘‘Hotrangani hufu mdru’’, ont réagi, sur le ton de la plaisanterie, quelques pèlerins sur les réseaux sociaux. Ils apprendront plus tard que c’est la police saoudienne qui aurait procédé à cette coupure.

image

‘‘Ce matin, des agents des forces de l’ordre sont venus nous chasser. Ils estiment que les maisons où nous sommes logés ne répondent pas aux conditions de sécurité, donc inhabitables. Les pèlerins se trouvent donc dehors, ceux qui disposent de moyens cherchent à louer des chambres d’hôtel. Ce qui n’est pas gagné puisque les hôtels sont pleins’’, a témoigné hier une femme via Facebook.

Dans une vidéo mise en ligne aussitôt après l’intervention de la police, on peut voir le quartier général des pèlerins comoriens complètement dans le noir, alors que les logements situés aux alentours étaient bien éclairés.

Scènes de désolation

Brosses à dent dans une main, une serviette dans l’autre, ils sont partis à la recherche d’un point d’eau pour faire leurs ablutions. Dans la même vidéo, un pèlerin se demandait comment il allait se soulager aux toilettes alors qu’il n’y avait pas d’eau. Tard dans la journée d’hier, mercredi, ils ont été relogés dans deux nouveaux bâtiments plus ou moins décents.

Interrogé par Al-watwan par rapport à cette mésaventure, le ministre de la Justice chargé des Affaires islamiques renvoie la responsabilité aux agences de voyage. ‘‘Auparavant, le Hedj était organisé par le gouvernement. Puis, on a dit qu’il fallait libéraliser pour que les agences s’épanouissent’’, a-t-il tenu à rappeler.

Par rapport à la question de l’hébergement des pèlerins, il ne se sent pas plus concerné. ‘‘Le rôle du gouvernement est de négocier avec la compagnie aérienne, de s’occuper des vaccins, du quota, etc. La question des logements relève des agences», a ajouté Mohamed Abbas Elhad. «Les pèlerins ont accepté de jouer le jeu, alors que je les ai interpelés depuis le début quant à la cupidité de ces agences.»

Enfonçant un peu plus le clou, il poursuit: «C’est aux agences que les pèlerins ont confié leur argent, et ce sont elles qui ont fait les réservations. Nous voulions même enregistrer les pèlerins au ministère et elles ont confisqué les passeports». Et de rappeler que le droit du sol était de cent six mille francs, alors que les agences l’aurait taxé à cent cinquante mille.

Une affaire de marge?

Quant au vaccin de seize mille francs, il a été facturé à vingt deux mille cinq cent. Selon toujours le ministre, cette surtaxation aurait même été constaté jusqu’au prix du mouton destiné au sacrifice. «J’ai dénoncé tout cela, mais personne n’a levé son petit doigt, alors pourquoi être surpris maintenant», a lâché Mohamed Abbas Elhad. ‘‘Nous avions négocié avec des hôtels trois étoiles. La proposition a été rejetée par les agences, car ils n’auraient pas bénéficié d’une marge très élevée’’, se souvient-il.

Dans une conférence de presse organisée par les agences de voyage le 14 août dernier, Younoussa Mohamed Soilih, responsable de l’agence Ive Xpress, s’était moqué du gouvernement à propos de ces logements : «Ils ont négocié avec des hôtels qui sont trop chers. Ils nous ont dit qu’ils étaient équipés de piscines. Nous leur avons demandé d’avertir les pèlerins pour qu’ils puissent amener des maillots de bain». (Lire notre édition N° 2739 du 17 aout 2015).

Si le ministre chargé du pèlerinage reconnait que les logements ne répondaient pas aux termes du contrat, il accuse, cependant, les agences d’avoir négocié avec des intermédiaires. «Les agences ont failli à leur mission», ne cesse-t-il de répéter.

A partir de l’année prochaine, le quota des pèlerins comoriens sera revu à la hausse, passant de 850 à 1.200 personnes. Un autre défi en perspective.

Abouhariat Said Abdallah

Soyez le premier à réagir

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*