Affaire Nema Mohamed: Quand la vindicte populaire l’emporte sur la justice légale

Qui aurait cru qu’en 2016, la vindicte populaire l’emporterait sur la justice légale ? Et pourtant c’est ce qui vient de se produire au palais de justice de Hombo cet après-midi. Après une longue matinée mouvementée lors du passage à la première audition devant un juge de Mohamed Abdou le meurtrier de Nema Mohamed dans la soirée de dimanche.

Ce qu’on pourrait dire de cette journée pas comme les autres et qui restera dans les consciences de tout comoriens, Mohamed Abdou n’est plus lui aussi de ce monde. Il a été sauvagement et mortellement lynché, traîné jusqu’au rempart de « Paré la Magari » vers Hombo, balancé du haut de la muraille jusqu’au bas de la station d’essence à environ 80 m. et de là aucun signe de vie. On décida alors de s’acharner sur le cadavre en lui sectionnant la main gauche, qui prendra de l’avance d’un long cortège qui fera le tour de la ville de Mutsamudu après Mirontsy. Ce n’est qu’une heure après cette exhibition à nu de la dépouille presque morcelée du malade mental, que la gendarmerie intervient pour arrêter le dernier délire. Le grand brasier du corps qui était prévu clore le chapitre de l’affaire Nema Mohamed, au marché secondaire de Dodin.

Du délire, sommes-nous tous obligé de le qualifier, car encore une fois, la justice et le ministère public ont démontré l’incapacité de gérer une crise aussi majeure. Si toutes les dispositions étaient prises, allant dans le sens de calmer les appétits de vengeance, Mohamed Abdou serait toujours vivant. Le cliché d’une justice et des forces de l’ordre poussés jusqu’à leur dernier retranchement par une population chauffée à blanc par les vagues ressentes de disparitions et d’assassinats non élucidées ou simplement classées sans suite, poussent les premiers à livrer un malade mental confirmé, à la vindicte populaire.

« Si la justice n’avait pas livré Mohamed Abdou, c’est tous les occupants qui allaient payer le prix fort… » nous confie un des activistes du siège du palais de justice de ce matin.

En effet vers 14h00, les esprits chauffent autours du palais réclamant Branda pour le juger. Un brasier géant se préparait même dans la cours et des menaces verbales et parfois même des bousculades ouvertes aux forces de l’ordre qui quadrillent le palais devient de plus en plus directes jusqu’à obliger la gendarmerie d’user des armes de guerre, pour tenter d’éloigner les manifestants. L’usage de munitions de guerre prouve la minimisation de la colère populaire tout comme le risque de conduire un malade mental afin d’être entendu par un juge.

L’autorité judiciaire qui aurait demandé l’audition au palais de justice ce matin avait-il mesuré les risques encourus ? Sachant que la population est plus excédée par les maux collés à cette institution et en voulaient plus aux juges qu’au coupable du meurtre de Nema Mohamed. Des extraits de réactions à chaud le témoigne dans notre chaîne Youtube, Comores infos.

 

Une autre interrogation revient aussi ce soir, la part de responsabilité de la gendarmerie. Comment une institution aussi avertie des réactions inattendues et spontanées de la population d’Anjouan s’est-elle laissée embourbée dans un exercice aussi risqué ? Mal outillée pour un maintien de l’ordre de cet ordre, aurait-il pu éviter de se confronter à une population aussi déterminée n’ayant plus peur de se frotter avec les cartouches pour se faire entendre ? Car il faut le souligner que c’est tout de même les premiers sifflements des balles de dissuasion qui ont galvanisés la foule. A ce moment précis, cette dernière décide spontanément d’en finir avec le palais et ses occupants, forces de l’ordre incluses. On était à deux doigts du drame.  « Si la justice n’avait pas livré Mohamed Abdou, c’est tous les occupants qui allaient payer le prix fort on en a marre d’une justice à deux vitesses connues par sa complaisance. » nous confie un des activistes du siège du palais de justice de ce matin.

En livrant Mohamed Abdou à la rue, les acteurs principaux de cette deuxième journée meurtrière, ont certes protégés des dizaines de vie dans l’enceinte du palais à moitié en feu, mais auront dans leurs consciences la non-assistance à un malade mental en danger qu’ils ont eux-mêmes exposé et livré. Le palais de justice brûlé et vandalisé, le bus du service pénitencier et le véhicule personnel d’un magistrat calcinés resteront à jamais dans la mémoire de ceux qui retravailleront dans les prochains mois dans ce palais rénové, que le peuple demande plus d’eux. A l’état maintenant de faire de sorte à ce que cela ne se reproduise plus.

La folle journée et ses revers, au moment où ça chauffait en contre bas au palais de justice, le collège de Hombo accueillait les candidats au Bac. Mauvaise chance pour ces jeunes élèves qui ont eu la peur de toute leur vie. Il y en aurait deux pris de malaise et évacué hors des salles lorsque les kalachnikovs chantaient.

KAY, journaliste Comores infos

 

La rédaction a choisi de ne pas diffuser certaines photos de ce mardi.

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