Ali Ahamada : celui qui avait besoin de s’exiler

​Ali Ahamada, portier atypique des années 2010 toulousaines, est bien loin de la Ville rose aujourd’hui. Parti en catimini l’hiver dernier, il vit désormais dans les montagnes turques, où il évolue pour le club de Kayserispor. Là où les casseroles qui lui ont pourri sa carrière en France sont inconnues, il se reconstruit, apaisé, et a tourné la page en rejoignant la sélection des Comores.
Tout avait pourtant si bien commencé. Février 2011, Ali Ahamada a 19 ans quand il entre en jeu pour la première fois en Ligue 1 sous le maillot du TFC. Il est à cette époque loin dans la hiérarchie des gardiens toulousains, mais en quelques mois, il va s’approprier la place de N.1 au nez et à la barbe des autres. Ces «autres» s’appellent pourtant Mathieu Valverde, Marc Vidal (tout juste sacré champion d’Europe U19 avec la génération Griezmann-Lacazette), Yohan Pelé (aujourd’hui titulaire à l’OM) ou Rémy Riou (aujourd’hui titulaire à Nantes), mais Alain Casanova décide de lui faire confiance. Bien lui en a pris.
En septembre de la même année, il est appelé pour la première fois en Espoirs et un an plus tard, il devient célèbre pour avoir marqué le but égalisateur en toute fin de match à Rennes (2-2), devenant le deuxième gardien de l’histoire du Championnat à inscrire un but dans le jeu après Grégory Wimbée (novembre 1996). Les observateurs s’emballent, certains l’imaginent même un jour pouvoir intégrer l’équipe de France.
Et puis, tout déraille. Quelques boulettes font de lui un sujet de moqueries aux yeux des suiveurs de la L1. Le phénomène se propage même jusqu’aux supporters de sa propre équipe qui n’hésitent plus à le charrier pendant les matches au Stadium. À l’hiver 2014, il est relégué sur le banc après l’arrivée de Zacharie Boucher, un grand espoir du poste. Il retrouvera sa place à la fin de l’été suivant mais, fébrile, il ne dégage plus la sérénité de ses débuts. Été 2015, c’est Mauro Goicoechea qui débarque pour garder les cages téfécistes. Quelques matches et Ali Ahamada revient, avant de laisser – enfin – définitivement sa place à Alban Lafont en novembre.

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«Ça a été un peu difficile pour lui en France, confirme Amir Abdou, le sélectionneur des Comores. Il a été pas mal décrié, donc il se réserve par rapport à la presse française – nous n’avons d’ailleurs pas pu le contacter, ndlr – il faut l’excuser, il a vraiment pris un coup quand il était en France.» Alors quand il a eu l’opportunité de s’enfuir à l’autre bout de l’Europe pour rejoindre le Championnat turc, fréquenté par de nombreux anciens joueurs de Ligue 1 (Umut Bulut, Makoun, Chedjou, Kjaer…), il n’a pas hésité. Désormais bien installé dans les cages de Kayserispor dont il est le titulaire, «il jouit d’une bonne cote en Turquie», nous dit même Amir Abdou, il finit par convaincre d’anciens «potes» du TFC de le rejoindre. Jean-Armel Kana-Biyik par exemple a ainsi signé cet été dans le même club. Son grand ami Adrien Regattin a lui opté pour Osmanlispor.
Cette année, la situation s’est compliquée pour Ahamada qui s’est blessé à l’épaule en octobre – même s’il a retrouvé sa place depuis –, comme pour son club qui occupe la dernière place de la SuperLig. Mais qu’importe. «Ali va bien aujourd’hui, il est en pleine bourre, et surtout il est épanoui», se réjouit Amir Abdou avec qui il a évidemment des contacts réguliers. Il a laissé derrière lui ses mauvais souvenirs, c’est tout le mal qu’on lui souhaitait.

Sa vie avec les Comores
En mars 2016, après quelques années de tergiversations, Ali Ahamada a décidé de répondre favorablement aux sirènes de la sélection comorienne, comme pour tirer un trait définitif sur son passé en France. Une décision qui a ravi son sélectionneur Amir Abdou : «Dès son premier match, il nous a aidés à gagner, c’était contre le Botswana en mars. Ali est un vrai ‘’plus » pour l’équipe, c’est quelqu’un d’attachant qui nous apporte sa joie de vivre et il n’est pas que joueur : il s’intéresse à ce qu’on fait et s’investit beaucoup dans la sélection. Il prend le rôle que beaucoup de joueurs africains ont pu prendre avec leur sélection. Pourtant, Ali est encore jeune, on l’oublie souvent ça, il n’a que 25 ans, mais il a ce côté patriote, et la sélection lui a fait énormément de bien.

Ladepeche.fr

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