Archives nationales : Sauver la mémoire de l’indifférence

archive aux Comores
Archive aux Comores

Ils sont à quatre cents éléments d’archives sonores déjà numérisés sur un objectif de mille bandes d’enregistrement audio répertoriées et prêtes à être numérisées. Pour l’essentiel, il s’agit de reportage, d’enquêtes et de chants. Ce travail de fourmi, commencé depuis fin septembre dernier et faisant appel à des techniques de dernier cri en la matière, est initié par le Centre national de documentation et de recherches scientifiques (Cndrs).

Un programme rendu possible grâce à l’appui de la “British Library“ au travers du programme “Archives en danger” et du service d’action culturelle de l’ambassade de France aux Comores. En tout, près de trente ans de travail de collecte effectué par les équipes successives des chercheurs du centre comorien.

“C’est un petit pas, si l’on considère l’énorme quantité d’archives nationales potentiellement en danger, que ça soit ici au Cndrs, dans les autres administrations publiques, ou chez des particuliers”, a soutenu l’anthropologue Yakina Mohamed Djelane, qui supervise ce programme de numérisation des archives sonores du musée national. Ce sont essentiellement des enregistrements qui datent des années 1970 à 1995 et avec un contenu très varié.

C’est la radio nationale qui est détentrice de la plus grosse quantité d’archives sonores du pays accumulées depuis qu’elle était installée à Mayotte jusqu’à son transfert à Moroni en 1967. Là encore ce fonds d’archives est en danger potentiel. “Ces archives sonores sont d’une haute importance. Soixante-dix pour cent des bandes sonores que nous avons déjà numérisées sont en langue comorienne. Ce sont des reportages, des enquêtes, des chants d’où l’intérêt déjà, du point de vue linguistique, de suivre l’évolution du shikomori”, s’enthousiasmait Yakina.

Le programme devrait prendre dix-huit mois, mais les problèmes d’électricité risquent de le retarder, soutient-on au sein de l’équipe au sein de laquelle, des scientifiques, des stagiaires et des étudiants, des techniciens et des archivistes se relayent, jours et nuits, pour rendre le travail possible. Le centre national aurait déjà la tête tournée vers la manière de sauver, au plus vite, son fonds d’archives photos et vidéos. Car le programme appuyer par la British Library ne prend en charge qu’une partie de l’archivage sonore du musée.

Qui va sauver les autres fonds d’archives détenus par le Cndrs ? “Un inventaire des archives photos détenues par le Centre est en cours et devrait être bouclé d’ici la fin de l’année. Des milliers de photos, de négatifs, de diapos, de cassettes vidéo, contenant la mémoire collective des Comores, sont conservés. Il manque l’appareillage approprié pour pouvoir lire la plus part des supports”. S’inquiète, pour sa part, Ahmed Abdoubakar, technicien.

Pour ce qui est des sons numérisés, au format populaire comme le Mp3, il va s’agir en définitif de les mettre à la disposition du public. Celles déjà numérisées sont consultables à partir du réseau intranet du Centre national de documentation. “Il faut que le Cndrs se réconcilie avec les Comoriens”, lance le responsable du programme de numérisation des archives sonores.

Grâce à ce programme, constate-t-on du côté du Cndrs, les gens commencent à se rapprocher et à confier au Centre leurs archives personnelles; chose qui était jusque-là difficile pour la plus part des gens, par peur de voir leurs archives disparaitre. Il a fallu cet appui extérieur d’une enveloppe de dix millions de francs et d’équipements pour pouvoir lancer ce programme de numérisation des archives sonores.

Un précédent programme de numérisation des archives photos (avec, déjà, un appui extérieur) fut lancé avant de mourir dans l’oeuf sans qu’on sache pourquoi. Ni avant ni maintenant, aucune initiative nationale n’a été ou n’est lancée pour sauver les archives nationales des dangers de disparition qui les guettent. Pour un pays qui vient de célébrer sa trentième septième année d’indépendance à coût de dizaine de millions de francs (on parle de 80…) pour la préparation des festivités, on peut trouver dommage que, pour quelques dix ou vingt millions, la conservation de la mémoire collective nationale soit reléguée eau rang de soucis mineurs. Quand on pense que le pays réclame, à corps et à cri, la restitution d’une partie de ses archives entre les mains de pays étrangers…


Kamardine Soulé. Source : Alwatwan

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