Assainissement des sociétés d’État et licenciements massifs des jeunes

E YAHOWA Y’A RIDJA : ASSAINISSEMENT DES SOCIÉTÉS D’ÉTAT ET LICENCIEMENTS MASSIFS DES JEUNES : EST-CE LA SOLUTION MIRACLE ?

L’actualité nationale de cette semaine est marquée par les informations selon lesquelles, les responsables de Comores télécoms ont procédé à la suspension de plusieurs agents sur fond de diplômes qui seraient douteux. Plus que cette mesure, c’est la propension des dirigeants actuellement à la tête du pays, à limoger sans management en particulier les jeunes.
Les nouvelles mesures de licenciement des jeunes diplômés, prises par le colonel Azali Assoumani et son équipe suscitent une légitime inquiétude des jeunes qui ne cessent de subir la désinvolture des dirigeants successifs de notre pays. Incontestablement, ces initiatives de licenciements auront des conséquences politiques et sociales difficilement prévisibles. Elles risquent surtout d’impacter négativement sur toute volonté de démocratisation d’un pays qui se trouve aujourd’hui englué dans un système despotique. Il est de notoriété publique que les conditions sociales des jeunes se sont profondément détériorées. Ces jeunes qui ont eu difficilement à faire avec des cursus scolaire et universitaire coûteux et pénibles sont aujourd’hui confrontés à un manque d’alternatives et un système politique qui inspire guère la confiance. Un système politique qui voit le colonel Azali Assoumani- comme tout bon dictateur- opter définitivement pour une posture très autoritaire, répressive et antidémocratique qui fait en plus la part belle aux licenciements massifs des jeunes pour accroître davantage les chiffres du chômage.

Les coûts et les implications des mesures de licenciements arbitrairement prises par un pouvoir très minoritaire contre les jeunes sont énormes mais c’est l’option une nouvelle fois choisie par le régime illégal et dictatorial de Moroni pour s’imposer par intimidations et toutes formes de tortures et autres humiliations à l’égard de la jeunesse des Comores. Le retour du colonel Azali Assoumani au pouvoir en 2016 et son maintien de force au pouvoir avec la même équipe, le même état d’esprit, le même système de gouvernance qui repose sur l’arbitraire, l’absence de contre-pouvoir, l’absence de contrôle judiciaire ou parlementaire ne peuvent produire rien de concret. Contrairement à ce qui est annoncé par la direction de la société nationale des télécommunications, les résultats ne seront que des réformes tronquées. On se souvient tous de l’échec retentissant de sa fameuse politique « Un jeune= un emploi » qui s’est lamentablement transformé en « un jeune=un chômeur ».

De 1999 à 2006 et du 2016 à 2019, soit 10 ans de règne sur les 43 années de gestion de notre souveraineté nationale, le colonel Azali Azali n’a jamais réussi à offrir la stabilité aux Comores encore moins un Pacte Social inclusif et complet. Il a fait de la ruse, la manipulation, la trahison, la répression et l’arbitraire son mode opératoire de gouvernance. Ce qu’il fait en permanence repose sur des actions de circonstance en fonction des rapports de force, de l’actualité, de ses intérêts et priorités personnelles et ceux de la minorité d’arrivistes qui le soutiennent. Aucune réforme structurante n’est à son actif alors ce n’est pas aujourd’hui qu’il va réussir à assainir les finances des sociétés d’État confisquées par ses sbires. Seuls les jeunes comoriens payeront les factures des gestions hasardeuses qui sont à mettre à l’actif des dirigeants incompétents qui sont mis à la tête des établissements publics.

Les mesures de licenciements massifs des jeunes prises par lui juste après son retour au pouvoir en 2016 n’ont été accompagnées par aucune politique de réformes des sociétés d’État ou de l’administration centrale. Au contraire, les milliers de jeunes diplômés injustement licenciés en 2016 ont été remplacés par d’autres jeunes militants et soutiens du régime.
Cette nouvelle vague de licenciements ne changera rien sur l’état chaotique voir moribond de ces sociétés. La politique d’assainissement qu’on nous chante aujourd’hui paraît irréaliste dans le contexte actuel. Il est de notoriété publique que la dégradation et la faillite des sociétés d’État ne trouvent pas leur cause dans le nombre de salariés, faux diplômes ou clientélisme (que nous ne cautionnons pas) mais dans les modes traditionnels de gestion de ces sociétés et le manque de respect des autorités politiques aux statuts de ces établissements publics industriels et commerciaux. Outre une gestion très politicienne de ces établissements il y a aussi la dégradation de la qualité des services. Il est important de souligner que ni la diminution arbitraire des droits acquis ni l’appel aux efforts et à la discipline fait au personnel ne serviront à quelque chose si la politique ne met pas fin à son intervention et son implication dans les finances de ces établissements.

Il est possible pour ces sociétés de se redresser soit par la concession à des privés ou par l’adoption d’une politique qui consisterait à identifier et définir un programme d’actions, des priorités en termes de réformes structurelles qui sont nécessaires pour améliorer la performance de ces sociétés. Un changement de mode de gestion permettrait d’éviter les licenciements brutaux.
Il serait judicieux de tirer les conséquences des insuffisances constatées et confier pour une période donnée la concession de certaines sociétés d’État à des privés car l’action publique telle qu’elle est menée depuis notre indépendance se traduit par l’échec de l’État qui est la conséquence d’une gestion ultra politisée de ces structures nationales. L’État doit redéfinir son rôle afin de permettre à ces institutions de faire face aux nouveaux enjeux. Cela nous permettra de bénéficier de prestations de qualité assurées par du personnel choisi et recruté sur la base des compétences.

Said Larifou

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