Aux Comores, au potentiel géothermique, une crise énergétique paralyse une économie aux abois

wpid-screenshot_2016-02-21-22-15-58-1.png

Moroni – Les Comores, où se déroule dimanche une élection présidentielle, traversent une grave crise énergétique qui paralyse l’économie déjà exsangue de cet archipel volcanique, au fort potentiel géothermique et aux explorations d’hydrocarbures prometteuses.

image

Tous les secteurs de l’économie sont sinistrés à cause des problèmes d’énergie, affirme la représentante du patronat comorien (Modec), Faharate Houssein. Tant que le problème d’électricité ne sera pas résolu, il n’y aura pas d’investissements, prévient-elle, alors que le chômage des jeunes dépasse les 50% aux Comores selon la Banque africaine de développement (BAD).

Cet Etat pauvre de 770.000 habitants, situé en plein océan Indien, est alimenté en électricité par de gros groupes électrogènes.

Mais sur la principale île de l’archipel, celle de la Grande-Comore, seuls 6 des 15 groupes fonctionnent actuellement, concède le directeur général de la Compagnie nationale d’eau et d’électricité (Mamwe), le colonel Mohamed Soilihi. On produit 7 mégawatts, quand on en aurait besoin de 15.

Les grosses entreprises s’en sortent avec leurs propres groupes électrogènes, les autres agonisent, ferment ou trouvent des parades.

Les boulangeries sont obligées d’acheter des groupes électrogènes et multiplient leurs frais par quatre ou cinq. Mais elles ne peuvent pas répercuter le coût sur le prix du pain qui est déterminé par l’Etat. Ansi, certains boulangers ont réduit la quantité de pain dans une baguette, explique Faharate Houssein à l’AFP.

Cette entrepreneuse dynamique a dû fermer temporairement sa société de pêche Compêche. On n’arrivait pas à écouler nos cinq tonnes de pêche mensuelle, car les clients ne peuvent pas conserver le poisson, déplore-t-elle, alors que l’économie comorienne repose essentiellement sur le secteur de l’agriculture, de la forêt et de la pêche (34,5% du PIB).

Les entrepreneurs sont contraints d’organiser leur journée en fonction des coupures intempestives qui durent de nombreuses heures, y compris dans la capitale.

On peut passer une journée à se croiser les bras en attendant l’électricité, puis travailler jusqu’à trois heures du matin quand le courant est de retour, déplore Amir Anfane, menuisier dans la banlieue de Moroni. C’est impossible d’honorer les commandes à temps, ajoute le jeune homme qui a dû licencier trois de ses quatre apprentis.

– Volcan Karthala –

Des infrastructures obsolètes, un manque de moyens financiers, une mauvaise gestion et un problème de commercialisation, voire de fraude, selon une source diplomatique, expliquent les pénuries d’électricité. Le peu d’énergie distribuée n’est même pas payée, ajoute cette source sous couvert d’anonymat.

Il se pourrait que des personnes à la Mamwe occupent des postes où elles ne sont pas qualifiées, avance également son tout nouveau directeur, Mohamed Soilihi, ancien chef d’état-major de l’armée.

Pour sortir de l’impasse, plusieurs projets sont sur la table, notamment la construction d’une centrale au fioul très polluante qui devrait être opérationnelle d’ici 2018, et la révision des groupes électrogènes financée par la BAD.

Mais rien n’a été fait depuis la signature en 2013 de la convention de financement entre la BAD et le gouvernement, s’insurge Naoildine Houmadi, chef du bureau géologique des Comores rattaché au ministère de la Production.

Un autre projet très ambitieux, géothermique et d’un montant global de 100 millions de dollars, vise à utiliser le potentiel du volcan Karthala, qui culmine à 2.361 mètres d’altitude.

Les travaux d’exploration sont terminés. La phase de forage, à 2 km de profondeur, devrait commencer d’ici 2018. A condition que les 30 millions de dollars nécessaires soient trouvés, explique Naoildine Houmadi.

L’objectif est de construire une usine géothermique opérationnelle en 2022, et capable dans un premier temps de produire 10 mégawatts, puis progressivement 20.

Les Comores tablent aussi sur les explorations d’hydrocarbures offshore, essentiellement entre la Grande-Comore et le Mozambique. Compte tenu des premiers résultats, Naoildine Houmadi se dit optimiste.

Deux licences – la première accordée à un consortium anglo-néerlandais et la seconde à un consortium américano-mauricien – ont été signées pour des blocs offshore. Un troisième contrat a été conclu récemment avec une société sud-africaine mais il n’est pas encore entré en vigueur.

D’ici 2018, la présence ou non d’hydrocarbures devrait être confirmée. Mais compte tenu de la chute des cours du pétrole et des coûts exorbitants d’exploration, le projet est un peu au ralenti, reconnaît Naoildine Houmadi.

(©AFP / 20 février 2016 12h28)

Soyez le premier à réagir

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*