Azali à Mramani : ‘‘Que le piège des partielles se referme sur eux’’

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Nous avons parcouru plus de 3 heures de route pentue, vertigineuse, en tête d’épingle. Plus de 3 heures  de route-nid-de-poule à bord d’un véhicule qui date de Mathusalem. Le bus dans lequel nous avions pris place semblait être prêt à se désagréger tant il était en piteux état.  Le chauffeur, en fait un chauffard, semblait prendre plaisir à n’éviter aucun trou, ni à ne tenir compte d’aucun conseil de prudence. Il poussait sa machine comme il pouvait, et nous priions, à défaut de pouvoir faire autre chose. Ca pétaradait,  ça nous jouait une symphonie d’un triste présage. Et le chauffard, goguenard, disait : «ce sont les plaquettes, ce sont les plaquettes».

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Arrivée à Mriju, localité voisine de Mramani où nous devions couvrir un meeting. Nos négociations et nos implorations n’y changeront rien. Le chauffeur refusera de nous y emmener. De guerre lasse, nous nous sommes mis à marcher en priant le seigneur pour que nous trouvions un taxi pas surchargé. En attendant le divin coup de pouce, nous avons entrepris de marcher.  Nous devions à tout prix y être à 16 heures. Et il était 15 h 15.

Après 20 minutes de marche, de taxis surchargés et de pouce levé afin d’implorer la charité,  nous tombons nez  à nez  avec des politiques issus  de Ngazidja, qui semblent, le temps de cette campagne, avoir élu domicile dans la région.  Enfin, un pick-up s’arrête à notre hauteur. Il accepte de nous emmener.

Mramani est littéralement prise d’assaut. Vendredi, elle était  aux couleurs de la Crc et du Juwa.  Mramani, forte de ses cinq bureaux  de vote, contribuera sensiblement  à élire le prochain président de la République. La petite place du village est noire de monde. Elle est d’ailleurs trop petite pour la foule. Des gens se sont retrouvés sur les terrasses des maisons, d’autres  se sont amassés aux abords de la route.

Nous arrivons juste à temps pour le meeting. Lors de sa prise de parole, Moustadrane Abdou dira qu’il faudrait donner une raclée au Mbuyu. Mbuyu (Baobab est l’expression usitée ici pour parler de l’Updc).  «Soyez les gardiens de vos voix, ne laissez personne détourner l’expression de votre choix, veillez à sécuriser vos votes, tout en gardant votre calme », martèlera-t-il.
Abdou Salami Abdou, candidat  du Juwa à l’élection du gouverneur de l’île, s’est, dans une question rhétorique, demandé le pourquoi de la reprise du vote dans les 13 bureaux de vote. «Il y a quelque chose qui se trame parce que je suis persuadé qu’ils seront largement en notre faveur», a-t-il déclaré.

«Nous tous connaissons l’inimitié entre le Mbuyu et le Nyumakele, et ceux qui voteront en leur faveur se compteront sur les doigts d’une seule main, alors oui vous allez tous voter en masse pour nous, mais de grâce ne laissez personne ternir l’image de Ndzuani».

Quant au leader du Juwa, Ahmed Abdallah Sambi, il révélera au cours de son allocution être venu à Mramani plusieurs fois pour y battre campagne. Aussi, ne s’est-il pas attardé sur le programme et les engagements pris vis-à-vis de la population.  «La population de Ndzuani porte un lourd fardeau, cependant, c’est cette même population qui a l’insigne honneur de sauver  ce boutre qui est à la dérive», a-t-il dit.

Il en profitera pour démentir la vidéo qui circule sur internet dans laquelle  un homme l’accuse d’avoir demandé à la population de recourir à la violence si jamais les élections n’étaient pas en faveur de la coalition Crc-Juwa.  L’ancien président de la République mettra enfin en garde le public contre le vote abstentionniste. Il est vrai que pour le second tour, le taux de participation était assez faible. Enfin, Azali Assoumani a appelé les gens à aller voter en masse.

«Que le piège des partielles se referme sur ses instigateurs. Le 26 mai, je serai le président des Comores, et le 23 mai Salami sera le gouverneur de Ndzuani», s’est-il exclamé. Il a, en outre, remercié l’armée «qui a prêté serment pour assurer la sécurité de la population ;  la paix c’est tout ce que nous avons de plus cher. Nos remerciements vont  également à l’endroit de la Ceni et enfin à la Cour Constitutionnelle en espérant que les petites bévues ne se renouvèleront pas».

Faïza Soulé Youssouf,
envoyée spéciale à Mramani /Alwatwan

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