« Bienvenue en république islamique des Comores. Vos papiers. »

C’est tout le charme des Comores. En apparence, les choses semblent simples côté bureaucratique,   mais se compliquent toujours à un moment ou à un autre. Il n’empêche, ce pays et ses habitants, malgré la pauvreté, ont toujours un mot aimable, un sourire, l’envie de partager et de parler français. Nous resterons ici une dizaine de jours.

Nous sommes entre Anjouan et Mohéli. Encore et toujours des îles comme nous les aimons. Sous le soleil, avec un temps printanier, notre appétit de rencontres ne faiblit pas, qu’elles soient terrestres ou maritime. Mais avant, il faut accomplir « les formalités ». Les papiers donc.

Encore une autre aventure que celle des Comores. Pas tout à fait l’Afrique, mais tellement proche. Royaume de la débrouille, de la paperasserie très souvent inutile, des sous-entendus, de l’à-peu-près. Au regard de l’expérience de nos amis, arrivés quelques jours avant nous, nous avons tenté un pari. Sachant que les formalités pour eux se sont étendues sur plus de deux jours, que le vendredi après-midi, jour de la grande prière on ne travaille pas, et que le dimanche est le jour de repos hebdomadaire, nous avons joué le samedi début d’après-midi espérant que tout le monde aurait envie que cela se finisse au plus vite. Pari gagné. Dimanche matin nous avons pu descendre du bateau, passeports munis d’un visa, autorisations pour le bateau fin prête, juste quelques broutilles à finaliser, étonnamment, le dimanche.

Ce qu’il y a d’amusant aux Comores c’est le besoin permanent de tous nos interlocuteurs de nous rappeler que non seulement leur pays est magnifique, qu’ils sont ravis que nous soyons là, mais qu’ils sont surtout très très légalistes, tout en sous-entendant que si besoin, on peut toujours s’arranger. Besoin de quoi ? Mystère, mais si besoin…
Nous sommes, comme aux Maldives, dans un pays de religion d’Etat musulmane. L’appel à la prière rythme le lever et le coucher du soleil, sans que cela semble émouvoir grand monde. Les femmes portent le Saluva traditionnel (sorte de sari indien en coton coloré) mais extrêmement rarement le voile intégral et l’accueil chaleureux de l’étranger est de rigueur.

Pour autant la position face à la France est toujours très ambiguë. Trainent encore sur la place principale de Mutsamudu des panneaux de l’ère Balladur, dénonçant l’instauration de visas pour les Comoriens, ou le panneau vengeur sur lequel sont dessinées des vedettes françaises face à un kwasa-kwasa (barque traditionnelle communément utilisée par les illégaux pour partir de grande Comores vers Mayotte) où les immigrants, à l’eau, se font dévorer par des requins sous le regard impassible des garde-côtes. Pour les Comoriens, Mayotte doit rentrer dans le giron, pour les Français, pas question. En juillet, lors des traditionnels Jeux des îles de l’océan Indien, qui se déroulaient cette année à la Réunion, crise politique: les Comoriens ont quitté la compétition car des Mahorais vainqueurs de diverses compétitions avaient déployé le drapeau français. Autant dire que nous étions dans nos petits souliers. Mais il faut le reconnaître, nous n’étions là que dans l’instrumentalisation des sportifs à des fins politiques. Navrant.

Au delà des formalités, nous devions trouver également un drapeau national puisque sur chaque bateau doit être indiqué le pays d’origine avec la bannière nationale, et celle du pays hôte. Mais voilà, à Anjouan pas de drapeau dans les boutiques. Nous avions donc mandaté le premier bateau arrivé pour nous en faire fabriquer un. Seul petit soucis, lorsque nous l’avons eu en main, les bandes horizontales n’étaient pas dans le bon ordre. Chaque île a sa couleur: jaune Mohéli, blanc Mayotte, rouge Anjouan, bleu grande Comore, le triangle vert de l’islam avec le croissant et les étoiles.

Notre couturier local avait mélangé ses couleurs. De fait, entre Solstice, le bateau américain avec qui nous fermions le convoi qui lui avait hissé un drapeau datant de quelques coups d’Etat précédents et nous en désordre, nous avons eu quelques sueurs froides. Ce bon Aboucari nous a refait ça dès qu’il a eu de l’électricité pour faire fonctionner sa machine à coudre.
Mutsamudu est une petite ville en perpétuelle ébullition, rythmée par le marché, avec en son cœur une médina très ancienne et des Anjouanais fiers de leur passé qu’ils ne demandent qu’à nous faire découvrir. Avec patience. Ici, inutile d’être pressé pour quoi que ce soit, il suffit d’attendre et les choses viendront, avec le sourire et une poignée de main. Mais le « Vos papiers sont-il en ordre de légalité? » nous suit partout et tout le monde est plus ou moins « capitaine de gendarmerie, il faut que nous parlions ».

Nous ne sommes restés à Mutsamudu que trois jours, juste assez pour un léger avitaillement en légumes frais, et trouver la ville fatiguante. Fatiguante… Incroyable de se dire cela, nous qui venons de lieux autrement peuplés, autrement actifs, autrement bruyants. Et comme à chaque fois, pointe une petite inquiétude de l’heure du retour. Vite balayée. Même si nous avons basculé, que nous sommes plus près de la fin que du début. Allez, il est trop tôt, il nous reste des centaines de milles à parcourir.
Tout va bien.

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Sophie Nastia Boudet – francetv

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