Candidature de Sambi : nos hommes politiques sont rattrapés par leurs erreurs

Le vice-Président Fouad Mohadji avait critiqué, le mois dernier, le ministre Houmed Msaidié au sujet de la candidature de Sambi pour la présidentielle de 2016. Pour moi, c’est la preuve que les déclarations du ministre de l’intérieur, depuis l’annonce de cette candidature, ne reflètent en rien une quelconque position du gouvernement. En effet, le gouvernement ne pourrait pas s’autoriser à anticiper des décisions que seule la Cour constitutionnelle est habilitée à prendre. Monsieur Msaidié est quand même porte parole du gouvernement. Il devrait garder un profil bas.

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Par contre, un débat d’idées est nécessaire. Mais au lieu de ce débat, nous assistons plutôt à une guerre de tranchées et à l’invective.
En 2002, lors de l’inauguration de cette présidence tournante, on a en quelque sorte ethnicisé sa compréhension. Pourtant, la constitution ne dit pas explicitement que seuls les originaires de l’île à laquelle échoit la primaire sont éligibles.

Pour moi, ce formatage des esprits a accouché d’une réconciliation de façade et non des cœurs. La tournante était censée nous réconcilier et nous unir et pourtant, nous nous regardons continuellement en chiens de faïence. Nous disons que nous sommes réconciliés et pourtant les méfiances, les frayeurs, les chauvinismes insulaires, les stigmatisations continuent. On a dit réconciliation et pourtant, il suffit d’un rien pour entendre des comoriens se quereller haineusement. Réconciliation alors que ceux qui brandissent ouvertement le séparatisme comme une épée de Damoclès ne sont pas inquiétés.
C’est vrai que depuis 2002, les participants aux primaires ont été tous originaires des îles où elles ont été organisées. Mais l’habitude n’est pas la constitution. Une constitution truffée d’équivoques en son article 13, il est vrai. Mais à mon avis, ce qui aurait dû préoccuper nos hommes politiques depuis 2001, c’est la levée des équivoques qui pèsent sur cet article 13. Au lieu de cela, les appétences et les ambitions politiques ont pris le dessus et subrepticement, tout le monde a glissé dans l’approche d’une tournante envisagée comme une chasse gardée. Du coup, la primaire est envisagée, elle aussi, comme étant réservée aux seuls originaires de l’île où elle est organisée, alors qu’il apparaît que ce n’est pas forcément ce que dit l’article 13.

Un jour de 2006 à TNC, l’ex- Président Azali avait déclaré : « Rien ne m’empêche de me porter candidat à la primaire à Anjouan mais je ne veux pas ». Pour ne l’avoir pas fait, il me semble qu’il n’a pas rendu service au pays. La grandeur politique aurait été qu’il prenne son courage à deux mains et qu’il indique ce qui, (cela n’engage que moi) aurait dû être la voie à suivre. S’il l’avait fait, peut-être qu’il aurait contribué à essayer de tordre le cou à cette tendance ethnicisée de la tournante. De même, le Prince Said Ali Kemal aurait dû aller jusqu’au bout de sa logique, en participant à la primaire de 2006 à Anjouan.
Le comble, c’est que des juristes trop politisés ajoutent de la confusion à la forfaiture politique. Ils nous déroutent plus qu’ils ne nous éclairent. Car l’enjeu dans ce débat, ce n’est pas Sambi. Comme on dit, les hommes passent et l’Etat demeure.

Les juristes qui lisent la constitution sans parti pris disent qu’il faut sortir de l’impasse. Car, il y aurait un énorme vide entre la lettre et l’esprit de cet article 13. C’est là peut-être que la candidature de Sambi arrive à point nommé. Elle devrait permettre de fixer la règle, une bonne fois pour toutes. La cour devra trancher et nous dire si les comoriens originaires des îles sœurs peuvent ou non participer à l’élection primaire organisée dans l’île à laquelle échoit la tournante. Un point, c’est tout.
Ceux qui disent que Sambi peut être candidat parce que la constitution ne l’interdit pas anticipent une décision qui revient à la cour constitutionnelle. Mais ceux qui prétendent qu’elle est anticonstitutionnelle ne font pas mieux. Cette candidature est une première depuis l’inauguration de la tournante. C’est pourquoi il faut laisser la cour constitutionnelle décider, au lieu d’embrouiller les Comoriens et risquer de les dresser les uns contre les autres, à cause de ces déclarations belliqueuses qui fusent ici et là et de ces provocations nourries par un populisme débridé.

Ceux qui rappellent également que ce système de présidence tournante était une revendication forte des délégations mohélienne et anjouanaise ne font que jeter de l’huile sur le feu et oublient que les gens ont évolué. Inutile de ressasser et de tomber dans des ressentiments désuets, qui dénotent une tendance à vouloir encore pécher dans les eaux troubles. Il faut en finir avec ces qualificatifs détestables de « wamoili », « wandzouani », « wangazidja ». C’est une honte d’entendre des gens saints d’esprit verser dans une telle bassesse.

Je pense également qu’après le mandat d’Ikililou, la priorité aurait dû être de faire le bilan de la tournante, sachant qu’il paraît irréaliste de pouvoir organiser une élection primaire à Mayotte. Mais encore une fois, la soif du pouvoir a dominé et le cap est mis pour une destination inconnue, avec le deuxième round d’une présidence tournante que la grande majorité des Comoriens critiquent sévèrement. Seuls des hommes aux ambitions politiques démesurées continuent à glorifier cette tournante, mais les Comoriens en ont marre. N’eût été parce que notre société civile est faible et peine à suivre la marche du monde, les prochaines élections n’auraient pas lieu.
Ce qui préoccupe les Comoriens, c’est la fin de la faim, c’est la fin de cette corruption et de ces détournements de l’argent public, c’est la fin de ce système de gouvernance où une minorité s’enrichit et une grande majorité souffre, encore et encore. La tournante a échoué parce qu’elle n’a pas résolu les problèmes que la grande majorité des Comoriens vivent au quotidien.
Cette tournante a été une solution à un moment mouvementé de notre histoire politique. Mais nous ne sommes plus en 1997. C’est pourquoi, il ne serait pas sérieux de dire que sans la tournante, notre unité serait à nouveau menacée. Le contexte a changé. On peut renforcer la paix retrouvée sans la tournante.

Chabane Mohamed, enseignant et syndicaliste.

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