Centrafrique : les rebelles progressent vers Bangui, placée sous couvre-feu

29 décembre 2012

Centrafrique : les rebelles progressent vers Bangui, placée sous couvre-feu

Un convoi militaire passe sur une route au nord de Bangui, en Centrafrique, le 29 décembre 2012 ©AFP

BANGUI (AFP) – (AFP)

Les rebelles
ont renforcé leur emprise samedi sur le territoire
centrafricain, obligeant les forces régulières du
président François Bozizé et leurs
alliés à se replier à Damara, dernier verrou
stratégique sur la route de la capitale Bangui où
a été instauré un couvre-feu.

Alors que semblait s’éloigner la perspective de
pourparlers entre les rebelles et le régime
annoncés vendredi par la Communauté
économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), le
président en exercice de l’Union Africaine, Thomas Boni
Yayi, était attendu à Bangui pour rencontrer
dimanche le président Bozizé afin d’encourager une
sortie de crise par le dialogue.

« Le président se déplace pour faire de la
prévention, il va inviter les différentes parties
à la négociation », a déclaré à
l’AFP le chef de la diplomatie béninoise Nassirou
Arifari Bako. »Sa démarche s’inscrit dans le cadre
du soutien à toutes les décisions de la
Communauté économique des Etats d’Afrique
Centrale », a-t-il souligné.

Plus tôt samedi, la rébellion du Séléka,
qui combat le président Bozizé au pouvoir depuis
2003, a pris sans combat la ville de Sibut, à 160 km au
nord de la capitale, nouveau succès enregistré en
trois semaines d’offensive.

« Les rebelles sont entrés dans Sibut.Il n’y a pas
eu de combats, les Forces armées centrafricaines (FACA)
stationnées là ainsi que les troupes tchadiennes
ayant quitté la ville hier soir (vendredi) pour se
positionner à Damara », dernier verrou à 75 km
au nord de Bangui, a déclaré à l’AFP un
responsable militaire centrafricain.

« Nous continuons à progresser et nous avons
récupéré Sibut », a confirmé l’un des
responsables du Séléka, Djouma Narkoyo, joint par
téléphone satellitaire à Bambari (centre).

Selon des
habitants arrivés à Bangui depuis Sibut, une
soixantaine de véhicules des troupes tchadiennes et
centrafricaines ont été aperçus dans la
soirée de vendredi en train de converger vers Damara.

La concentration des forces armées tchadiennes et
centrafricaines à Damara est désormais le dernier
recours contre une progression de la rébellion
jusqu’à Bangui.

Cette avancée des rebelles a provoqué un regain de
tension dans la capitale, conduisant le président
à décréter un couvre-feu de 19H à 5H
(18H-4H GMT) .

Samedi à 21H, les rues de Bangui étaient
désertes, tous les restaurants du centre-ville se sont
dépêchés de fermer et de nombreux magasins
fermés étaient gardés par des hommes
armés de machettes.

« Les patrons craignent des pillages alors ils paient des
gardiens », a expliqué un gardien.

Des barrages de jeunes armés de machettes sont aussi
apparus depuis vendredi dans les 4e et 8e arrondissements,
le fief du président centrafricain, dans le nord de
Bangui.Ces jeunes dont la présence est
tolérée par les forces de l’ordre contrôlent
les voitures pour débusquer des inflitrés ou des
armes, a indiqué un habitant sous couvert de l’anonymat.

Les
rebelles sont également parvenus à repousser une
contre-offensive des forces régulières sur
Bambari, qui était jusqu’à début
décembre une place forte des FACA, à 300 km au
nord-est de Bangui, avant d’être conquise dimanche
dernier par le Séléka.

Parallèlement, la France a porté vendredi sa
présence militaire à 400 hommes avec l’envoi de
150 parachutistes à l’aéroport de Bangui et la
CEEAC a annoncé des renforts.

L’évolution de la situation sur le terrain éloigne
l’espoir d’une solution négociée rapide en
Centrafrique, que les pays de la région tout comme la
France, ex-puissance coloniale, ont appelée de leurs voeux.

La CEEAC, qui sert de médiateur, avait assuré
vendredi soir que le gouvernement du président
Bozizé comme les rebelles avaient accepté que des
négociations s’ouvrent prochainement et sans conditions
à Libreville, au Gabon.

Mais samedi, le chargé de communication de la CEEAC
Placide Ibouanga a précisé à l’AFP : « les
ministres des Affaires étrangères de la CEEAC se
rencontreront à nouveau le 3 janvier, et c’est à
ce moment là qu’ils donneront une date pour la
rencontre à Libreville ».

L’incertitude demeurait aussi sur l’envoi, décidé
vendredi au niveau des ministres des Affaires
étrangères, de renforts à la FOMAC, la force
des pays d’Afrique centrale qui compte actuellement 560 hommes.

Le Premier ministre
français Jean-Marc Ayrault avait répété
vendredi que les militaires français avaient uniquement
pour mission de protéger les ressortissants
français et européens et pas de défendre le régime.

Quelque 1.200 Français vivent en Centrafrique.

Mercredi à Bangui, plusieurs centaines de manifestants
proches du pouvoir s’en étaient pris aux locaux
diplomatiques français, reprochant à Paris son
inaction.Le sentiment français va grandissant dans la
capitale au fur et à mesure de l’approche des rebelles,
la population estimant que la France l’a trahie.

Le Séléka, composé de factions rebelles
dissidentes, a repris les armes le 10 décembre pour
réclamer le « respect » d’accords de paix
signés entre 2007 et 2011 avec le pouvoir.



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