Chamsidine Achirafi, SG du gouvernorat d’Anjouan « Face à une situation d’urgence, il n’y a pas de loi qui tienne »

Le débat change de forme sur la question de l’Onicor. La polémique est loin de s’apaiser entre l’exécutif de l’Ile d’Anjouan et le pouvoir central. Dans l’interview que le Secrétaire Général du Gouvernorat nous a accordée, il promet que les autorités insulaires ne reculeront devant rien pour enrayer la pénurie de riz dans l’île.


Chamsidine Achirafi, SG du gouvernorat d’Anjouan

Question : La question du riz à Anjouan n’est plus alimentaire, mais plutôt politique et même à connotation séparatiste selon certains, quelle est votre réaction ?

Chamsidine Achirafi : Depuis trois semaines, j’ai suivi avec beaucoup de sérénité la polémique née de la décision du Gouverneur Anissi Chamsidine de suspendre à Anjouan le monopole accordé à l’ONICOR pour l’importation et la commercialisation du riz ordinaire. J’ai lu notamment beaucoup d’articles à travers la presse, et j’étais d’abord choqué de constater que les journalistes et même certaines autorités déforment, je ne sais pour quel motif, la graphie et la phonie du nom du gouverneur d’Anjouan. Pour rappel, Anis Chamsoudine – comme ils ont l’habitude de l’appeler – n’est pas juridiquement la même personne qu’Anissi Chamsidine. Cette inattention n’est ni négligeable ni respectueuse de la personne, et j’espère qu’à l’avenir, ces gens veilleront à la corriger.

Question : Et d’où viennent ces polémiques ?

C.A. : Pour ce qui concerne l’objet de la polémique, on peut argumenter sur son aspect juridique ou institutionnel, et dire ce que l’on veut pour défendre telle position ou telle cause. Mais la réalité du terrain à Anjouan est sans conteste : le consommateur ne trouve pas de riz ; et quand il en trouve, son prix est insupportable encore aujourd’hui où je vous parle. Entre 18.000 et 25.000 francs ou même parfois 30.000 francs le sac de riz ordinaire de 50 kg.

Question : ONICOR dément vos statistiques, que répondez-vous ?

C.A. : Des hauts fonctionnaires d’Etat continuent à avancer des chiffres depuis leurs bureaux feutrés de Moroni, laissant entendre qu’il ne manque absolument pas de riz à Anjouan, ou même plus grave (!), accusant les autorités anjouanaises de provoquer une rupture de stock pour un « objectif politico-financier ». Mais quelle insulte à l’endroit de l’Exécutif d’Anjouan ? Le gouverneur Anissi Chamsidine et les membres de son gouvernement ne sont ni des commerçants ni des contrebandiers. Insinuer que les gouverneurs sont des amateurs de « polémiques et de discussions stériles » quand ils s’entretiennent avec le Président de la République est insultant, et je ne pensais jamais que de tels propos sortiraient de la bouche du secrétaire général du Gouvernement de l’Union. C’est vraiment malheureux.

Question : L’on reproche à votre décision d’être prématurée, voire même illégale au regard de la loi ?

C.A. : Il faut arrêter de se moquer de la population anjouanaise et de ses institutions. Nous sommes tous (l’Union et les îles autonomes) dans le même bateau que nous avons construit ensemble, pour gouverner. Personne n’a donc intérêt à percer sa coque, à moins d’être suicidaire, pour compromettre les chances d’arriver à bon port. Pourquoi accuser les autres – un exercice qui ne demande aucune intelligence – au lieu de poser un débat constructif entre responsables, autour d’une table, pour une solution viable du problème ? C’est à croire que quelque part, on a peur du débat démocratique et de ses vertus. Nous les y attendons toujours. Peut-être finiront-ils par y revenir un jour. Avant de prendre cette décision, nous avions pris le soin de rendre compte au plus haut niveau de l’évolution de ce dossier et de la menace qu’il constituait pour la sécurité intérieure de l’île et la stabilité de l’Etat. Mais aucune réponse ne nous a été donnée. Et la situation était telle qu’il fallait que le gouverneur prenne une décision pour sauver la paix sociale. Face à une situation d’urgence menaçant la sécurité ou l’intégrité de l’Etat, il n’y a pas de loi qui tienne. Il y a plutôt une raison d’Etat ! Dans le cas d’espèce, l’Etat était malheureusement trop loin de nous à Anjouan.

Question : Et l’absence totale du pouvoir central ne serait pas une cause champêtre de tout cela ?

C.A. : Dieu sait combien de fois nous avons demandé plus de sa présence à Anjouan. Nous ne demandons que cela depuis que nous sommes en place. Que le pouvoir central soit plus présent et plus visible sur tous les plans. C’est cela être séparatiste ? D’aucuns continuent à brandir sur notre face comme d’un chiffon rouge ce mot de « séparatistes ». Qu’ils soient rassurés, ils ne terniront jamais notre détermination à revendiquer et à protéger les droits des comoriens anjouanais. La réalité est que chez ces gens-là, un gouverneur séparatiste à Anjouan ferait vraiment leur affaire ! Et ils font tout pour qu’Anissi le devienne. Eh bien, ils seront déçus.

Question : Que répondez-vous à la population ?

C.A. : Enfin, à côté de toute cette polémique, les Anjouanais ne demandent qu’une chose : avoir du riz de qualité, moins cher, en abondance et en permanence. Le jour où ONICOR remplira cette condition, son monopole ne sera plus remis en cause. Aujourd’hui, ONICOR achète à crédit 2 à 3 conteneurs de riz ordinaire chez un commerçant anjouanais qui met sa marge bénéficiaire. A son tour, ONICOR le revend à la population à travers des commerçants choisis selon des critères complètement flous, avec un bénéfice aisé. En attendant, c’est le petit anjouanais qui paie l’addition. Où va-t-on avec ce genre de pratique? Il est temps qu’on agisse dans l’intérêt du peuple qui nous a confié un mandat pour la défense de ses intérêts, et non pour celle de nos propres affaires.

Propos recueillis par Nabil Jaffar

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