Colonel Abdallah Rafick : « Je veux réconcilier la gendarmerie et la population »  

Pour donner une nouvelle image de la gendarmerie, le nouveau commandant de la gendarmerie nationale dont le niveau d’instruction ne souffre d’aucune ambigüité, fait de la réconciliation entre civil et militaire, l’alpha et l’oméga de ses missions. Mais comment compte-t-il s’y prendre ? Ces aspirations sont-elles un vœu pieux ? Le colonel Rafick répond aux questions de La Gazette des Comores / HZK-Presse.


La Gazette des Comores / HZK-Presse : Votre retour à la gendarmerie nationale, est-ce à votre demande ou un choix de la hiérarchie ?

Colonel Abdallah Rafick : D’abord je suis militaire. Donc je ne choisis pas les fonctions. Mais la hiérarchie a décidé à un moment donné de me confier les rênes de la gendarmerie, et à un moment elle a décidé de me les retirer et les confier à un de mes collègues. Aujourd’hui, la hiérarchie a décidé de me confier une mission (parce que ce n’est pas une promotion) qui sera limitée dans le temps et dans l’espace pour pouvoir accomplir les tâches qui sont dévolues à la gendarmerie dans ses missions traditionnelles.

LGDC / HZK: Vous occupez un poste que vous occupiez déjà il y a deux ans. Qu’est-ce qui a fondamentalement changé ?

AR : La gendarmerie, c’est un corps qui a une grande culture et une grande histoire. Ce qui a fondamentalement changé, ce sont bien sûr les hommes et les habitudes mais ça reste toujours le corps de la gendarmerie. Donc aujourd’hui, ce sont des priorités qu’il faut fixer. En ce qui me concerne, comme il m’a été confié dans le cadre de mes missions, c’est la police administrative notamment la sécurité routière, l’éducation routière, le civisme. La création du lien armée-nation, c’est à dire réconcilier le gendarme et la population. Dans les missions de la police judiciaire, nous allons essayer d’assister la justice puisque nous sommes là pour la sécurité et la sécurité, c’est d’assister les faibles qui ont besoin de justice, c’est notre mission première. Notamment rassembler les preuves et ramener les auteurs devant la justice.

LGDC / HZK : En parlant de renforcer la relation entre civil et militaire, croyez-vous que cela va être possible sachant qu’il arrive que les politiques vous imposent des décisions qui ne sont pas forcément appropriées à la situation ? A titre d’exemple, en mars 2016, le préfet du centre avait remis simultanément des réquisitions générale, spéciale et particulière aux forces de l’ordre pendant une manifestation pacifique.


AR : Vous savez…nous sommes des officiers de la gendarmerie, mais c’est un choix délibéré que nous avons pris pour servir. Ce que vous me dites là, c’est une affaire purement administrative. Le préfet a tout à fait le droit, sur le plan administratif, de délivrer les trois réquisitions. Si aujourd’hui il estime, par rapport à la gravité de la situation qui se présente, qu’il y a lieu de les signer, oui la gendarmerie de son coté les mettra en œuvre. Maintenant, quant à l’opportunité, ça ne revient pas à la gendarmerie d’apprécier cela. Il y a une hiérarchie, des commandements, des directions…qui peuvent apprécier. En revanche, on peut toujours les signer mais cela ne veut pas dire que le gendarme qui est sur le terrain va forcement les exécuter. Il apprécie la situation. S’il n’y a pas besoin d’usage des armes, il ne va pas appliquer la réquisition particulière par exemple.

LGDC / HZK : Selon une information venant d’un haut responsable de l’état-major, au moins deux militaires sont sanctionnés et/ou radiés chaque semaine pour viol ou vol. Peut-on dire qu’il y a des délinquants dans l’armée ? Comment comptez-vous remédier à de tels comportements ?

AR : Voler ou violer sont de grands mots. Depuis mon arrivée, je n’ai pas encore eu vent de tels comportements. Par contre, ce que je peux vous assurer, c’est qu’avec moi, le règlement de la discipline générale sera appliqué aussi bien dans son esprit que dans sa lettre. Il ne peut pas y avoir des gendarmes sanctionnés, et d’autres qui ne le sont pas. On n’est pas gendarme pour faire ce que l’on veut, mais pour obéir à des règles. Maintenant, le rôle de chef que je suis, est de savoir protéger mais aussi sanctionner. La gendarmerie, c’est aussi une communauté, la communauté militaire. Et dans une communauté, il y a toujours des brebis galeuses. Cependant l’avantage pour nous, c’est que nous avons un règlement de discipline générale qui sera appliqué à la lettre.

LGDC / HZK : Début février à Bahani, les militaires ont détruit des biens (meubles et immeubles). La gendarmerie nationale a justifié ces actes commis par les leurs en disant que c’était une riposte à la suite du renversement d’un camion de l’armée par les villageois. Est-ce qu’à vous, nouveau patron de la gendarmerie nationale, il peut arriver de justifier des violences commises par vos éléments ?

AR : On ne peut pas justifier la violence. Ce que je sais, en droit, la gendarmerie a la maitrise de la violence donc elle ne peut pas en être l’auteur. Les bavures policières, et les violences gratuites, ne peuvent pas avoir lieu tant que je serai commandant de la gendarmerie nationale. C’est un engagement que je prends.

LGDC : Il se trouve que vous occuper deux postes clés à la fois : commandant de la gendarmerie nationale et celui du patron de la direction nationale de documentation et de protection de l’Etat (DNDPE). Sont-ils compatibles ? Comment comptez-vous vous concilier les deux fonctions ?

AR : Le président de la République m’a confié une mission qui est celle de devenir commandant de la gendarmerie nationale et que je compte bien remplir avec abnégation et assumer les responsabilités qui en découlent. Maintenant au niveau de la DNDPE, les choses vont comme il se doit. Si demain le président de la République estime qu’il me décharge d’une fonction ou de cette fonction, je ne vois pas le problème mais pour ma part les deux fonctions ne sont pas incompatibles.

LGDC : Un dernier mot ?

AR : Je souhaite mettre en œuvre le plan d’action que nous avons. Notamment beaucoup de policiers administratifs. Assister la police judiciaire et participer dans les actions de rayonnement de la gendarmerie pour qu’elle se réconcilie avec la population.

Propos recueillis par Toufé Maecha, La Gazette des Comores

2 commentaires sur Colonel Abdallah Rafick : « Je veux réconcilier la gendarmerie et la population »  

  1. Peut on parler d’une gabegie au sein de la sécurité intérieure ?
    Savoir différencier la police administrative et celle du judiciaire est nécessaire.

    Tout d’abord, dans un pays où il existe ce que l’on appelle communément le dualisme juridique, la distinction entre police judiciaire sous l’ordre du procureur de la république. Et la police administrative sous les ordres du ministre de l’intérieur.
    Pour quoi différencier ces terminologies? Parce que lorsqu’un policier se trouve en mission et que cette mission a provoqué une infraction, le juge doit pouvoir connaître à qui doit juger cette faute. Puisqu’on est face à deux juges, c’est à dire le juge administratif qui juge la police administrative en cas de faute et le juge judiciaire qui sanctionne la police judiciaire.

    Par ailleurs, pourquoi nous parlons de gabegie? Parce que la police et la gendarmerie travaillent par zone et également selon la population. Il faut savoir que les centres villes sont des zones policières. La police assure la sécurité de ces zones ainsi que les villes d’importantes. Quant à la gendarmerie, celle-ci assure la sécurité dans les petites villes et la campagne. Ce partage permet de lutter contre les malentendus entre ces deux corps. Mais, il facilitera aussi le travail des avocats en cas de fautes des policiers ou des gendarmes.

    Toutefois, cette pagaille est la source d’un amateurisme de la hiérarchie policière.en effet, à l’époque il y avait des officiers supérieurs auxquels n’étaient pas formés aux sciences criminelles. Évidemment, c’était une période difficile surtout pour trouver les hommes qualifiés. Mais, aujourd’hui les Comores disposent des jeunes mieux formés et qui sont capables d’assurer efficacement la sécurité du pays. D’autant plus qu’on ne peut pas diligenter une enquête judiciaire avec un niveau en dessous du baccalauréat. Comment voulez-vous que ces enquêtes puissent être de bonne qualité dans la mesure où ceux qui les mènent n’ont même pas les connaissances nécessaires pour y arriver?
    Sachez que le monde a changé. Devenir commissaire de police ou officier demande un certains nombre d’acquis. Monsieur le lieutenant colonel Rafik, je vous ai connu depuis 96,quand vous étiez adjoint du nouveau chef major à la tête du GSHP.je pensais pertinemment qu’un changement allait s’opérer au sein de l’armée. Hélas, nous avions connu le drame du président Taki. Vous étiez deux officiers au sein du GSHP et vous n’aviez pas vu arriver la foudre qui avait frappé l’ex président. Aujourd’hui, vous avez la possibilité d’écrire votre propre histoire. Car, SARTRE disait qu’il n’y a pas un génie sans oeuvre. Croyez-moi monsieur le colonel, l’histoire relate plus les actes que les discours tenus.

    Il est donc nécessaire de faire en sorte que la gendarmerie puisse avoir une bonne réputation. Car, l’image de cette institution est abîmée par la gabegie, l’ignorance et la misère humaine.

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*