COMORES /ANJOUAN : Alpha un artiste jaloux de sa liberté

A trois reprises, Alpha a raté d’un cheveu le concours Découvertes Rfi. La dernière fois, il a eu le malheur de croiser sur son chemin… Manu Dibango.  Appelé à trancher entre lui et un artiste camerounais, arrivés troisièmes ex aequo, le père du makossa a, en effet, fait le choix de l’autre. Alpha accuse le coup. “Terminer au pied du podium, c’est dur”, soupire-t-il. Il ne s’y reprendra pas. Mais, à 62 ans, le chanteur n’envisage pas de quitter de sitôt la scène. Rencontre.

Alpha a encore la nostalgie de ces années où les scènes comoriennes se l’arrachaient, où l’ex-Opt (Office des postes et télécommunications) courait après ses services pour un tube publicitaire. Car, il faut bien le reconnaitre, l’artiste est pétri de talent. Agé aujourd’hui de 62 ans, Abdallah Mohamed Abdou Charif, de son vrai nom, a marqué de son empreinte la chanson comorienne.

Depuis sa tendre enfance, il n’a qu’une seule passion : la musique. “J’avais rafistolé une grosse caisse, juste pour assouvir cette passion”, se rappelle-t-il. C’est en 1969, lorsqu’il a écouté un morceau d’Adinane Taanchik ou “Adina”, que le jeune adolescent s’est juré de marcher sur les traces de cet artiste. Tour à tour, il a intégré l’orchestre Nourou El-Zamane de Mutsamudu, puis Seif el-watan.  En 1972, il compose sa première chanson (Mwandzani) à la suite d’un dépit amoureux. Le succès frappe à sa porte. Alpha devient la coqueluche des jeunes filles. Ses chansons font un tabac.
“Mola Karima” 
En 1984, il est candidat au concours “Découvertes“ de Radio France internationale (Rfi). Raté. “J’ignorais les critères de sélection. Radio Comores ne nous avait pas assez renseigné sur les conditions du concours. Alors que la chanson ne devait pas dépasser trois minutes, la mienne en comptait douze, soit le quadruple. Puis, la qualité du son était médiocre”, explique Alpha. Il lui a fallu attendre la troisième tentative pour qu’il décroche la première place au niveau national.
Vous vous souvenez sûrement de “Mayesha ya lewo”, ce tube qui a longtemps bercé les ondes de Radio Comores.
En 1989, il aurait pu arriver parmi le trio de tête de Découvertes Rfi à l’international. Mais, le destin en avait décidé autrement. “C’est Manu Dibango qui présidait le jury. J’étais arrivé troisième ex aequo avec un artiste camerounais. J’ai malheureusement été éliminé au profit de l’autre”, se souvient-il. Découragé, abattu, il ne s’y reprendra plus.
L’argent, les armes  et la colère présidentielle
Il faut dire que le militantisme d’Alpha, qui transparait à travers ses chansons, ne lui a valu que de la notoriété, l’enfant de Mutsamudu s’est aussi attiré les foudres du régime en place. A la sortie de “Dunia mbiya” (Un monde nouveau),  Ahmed Abdallah avait piqué une grosse colère contre l’artiste. La raison du courroux présidentiel? Une strophe où Alpha regrette que “l’argent du contribuable soit consacré à acheter des armes pendant que le peuple se meurt”. Ce fut l’époque des mercenaires. Bob Denard et ses chiens de garde se chargeaient d’étouffer toute voix discordante. Pour toute sanction, Alpha s’est vu privé de la récompense qu’il devait recevoir à l’issue d’un concours organisé par Radio Comores. Cet oukase du “président fondateur“ ne l’a pas affecté outre mesure. D’autres avaient connu un destin autrement plus tragique.
“Ni rythme, ni mélodie,  ni texte, rien du tout” 

 

En 1990, à l’occasion d’un autre concours (Francophonie), l’artiste a essuyé un énième camouflet. Sa chanson, jugée politiquement incorrecte, a été déclassée. Pourtant, l’objet du délit ne méritait pas tant cette sentence. La phrase de trop ? “Ensemble, enterrons les démons de la division et de la domination”. Certains y ont vu une critique contre l’impérialisme occidental. Alpha, lui, n’a pas l’habitude de garder la langue dans sa poche. “Un artiste doit pouvoir dire tout haut ce que son peuple pense tout bas”, dit-il.  Musicalement parlant, celui qui a composé le tube de campagne du candidat Sambi en 2006, juge sévèrement la jeune génération. “Il n’y a ni rythme, ni mélodie, ni sens dans les chansons d’aujourd’hui”.  Pas sûr que cela plaise à nos Dj (disc-jockey). Mais, à vrai dire, Alpha s’en tape éperdument.
MI
Source : alwamag n°16

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