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Des libérations conditionnelles annoncées pour désengorger les lieux

La Maison d’arrêt de Moroni est surpeuplée et les détenus y vivent dans des conditions “indignes” et dans “l’irrespect des droits de l’homme”, d’après de nombreux rapports des Ong et institutions publiques. Pour désengorger la prison, le ministère de la Justice en collaboration avec le parquet général va procéder à des libérations conditionnelles pour les détenus ayant le droit d’en bénéficier.

À ce jour, 31 personnes purgent leurs peines à la Maison d’arrêt de Moroni après les audiences spéciales portant sur les agressions sexuelles du mois dernier. Ce chiffre est venu grossir le nombre déjà effarant de population de la prison, qui croulait déjà sous le poids de ses détenus, dans un “total irrespect de la dignité humaine et des droits de l’homme”, comme l’indiquent des associations et institutions publiques.
Les prisonniers sont au nombre de 212, pour le seul quartier des hommes selon le directeur de l’administration pénitentiaire, Soilihi Ali Saïd. Quand elle a été construite dans les années 60, elle ne devait accueillir que 90 personnes.

Promiscuité, saleté, manque d’aération, des toilettes à la turque, les normes minimales d’une prison ne sont pas respectées. Situation encore plus tendue dans cette période de Covid-19 où mesures barrières et autres distanciations physiques doivent être respectées pour éviter qu’elles ne se transforment en cluster.
La Maison d’arrêt de la capitale est invivable. Ses murs sont sales, fissurés, avec des traces de moisissures, d’humidité. La lumière du jour est à peine visible dans les dortoirs où les matelas sont posés à même le sol, collés les uns aux autres.

Les rats et autres blattes s’y invitent tout naturellement. L’une des salles accueillant les détenus, la Chambre B, “compte 86 détenus en ce moment pour une capacité de contenance de 39 matelas”. A “Le Moroni”, sont regroupés des jeunes, “dont six mineurs et des jeunes adultes, entre 18 et 20 ans”, selon le patron de la prison.

Désengorgement

Une prison surpeuplée, il existe des moyens de la désengorger en attendant son extension prévue dans deux mois. Pour les condamnés, il y a les réductions de peines, la libération conditionnelle, le sursis ou la grâce présidentielle. Et pour les personnes en détention provisoire, il y a la liberté provisoire accordée en appréciation des faits. Des témoignages concordants font état de délais légaux (8 mois) largement dépassés, de demandes de liberté provisoires restées lettres mortes.

Par exemple, pour ce qui concerne la libération conditionnelle : “elle bénéficie au condamné subissant une ou plusieurs peines privatives de liberté présentant des garanties sérieuses de réadaptation sociale et ayant exécuté la moitié de la peine pour laquelle la condamnation a été prononcée”, explique l’avocat au barreau de Moroni, Me Zaid Omar.

Le ministre de la Justice, Mohamed Housseini Djamalilail, va dans ce sens et évoque l’idée d’une libération conditionnelle pour désengorger la Maison d’arrêt de Moroni. “C’est un dossier qui a été discuté en Conseil de ministres, j’attends le rapport du parquet général qui doit porter sur les personnes pouvant bénéficier de la liberté conditionnelle”, a-t-il déclaré.

Le Garde des Sceaux a cependant précisé que les réductions de peine ne seraient accordées qu’aux personnes ayant écopé de peines minimes ou ayant déjà purgé au moins la moitié de leurs peines. Selon le directeur de l’administration pénitentiaire, plus de la moitié des habitants de la prison sont condamnés pour des actes d’agressions sexuelles. “Seules 20 personnes sont emprisonnées suite à des délits mineurs”.

Faïza Soulé Youssouf/ Alwatwan

La Rédaction

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