Détention d’Abdou Salami I L’avocat estime que l’ancien gouverneur devait être en liberté depuis le mois de juin

 

L’avocat de l’ancien gouverneur ne comprend toutefois pas que son client reste toujours en détention à ce jour, au moment où il vient de formuler auprès du tribunal une énième demande de liberté. «L’article 194 du code de procédure pénale prévoit qu’au bout de trente jours, si votre appel n’a pas été jugé, s’ensuit votre libération d’office», a-t-il souligné, se félicitant de la manière dont l’enquête a été menée jusqu’ici.

 

Maître Abdoulatuf Aboubacar, l’avocat de l’ancien gouverneur Abdou Salami Abdou, a tenu un point de presse dans son cabinet, sis à Mutsamudu le samedi 5 septembre, pour faire une mise au point par rapport au déroulement de l’enquête ayant visé son client, suspecté d’être impliqué dans l’affaire dite de «la Médina». Pour rappel, Dr Abdou Salami est en détention provisoire depuis le 25 octobre 2018, suite à des événements survenus quelques jours avant, marqué par des barricades suivis par des échanges de tirs entre des hommes non-identifiés retranchés dans la médina de Mutsamudu d’une part, et l’armée de l’autre. D’après l’avocat, l’enquête sur cette affaire est déjà bouclée, comme le lui a informé le juge en charge de son instruction. Et des six chefs d’accusation portés contre son client, il n’en reste plus que trois, à savoir une «participation à un mouvement insurrectionnel», des «troubles à la sécurité publique» ainsi qu’une «atteinte à l’unité nationale».


Sont donc définitivement écartées les accusations de «port d’armes illégales» et de «rébellion». Selon l’avocat, son client va plaider non coupable également pour ces trois accusations retenues, rappelant que le Dr Abdou Salami a jusqu’ici reconnu avoir seulement appelé à une manifestation publique de contestation, et rien de plus. 
L’avocat de l’ancien gouverneur ne comprend toutefois pas que son client reste toujours en détention à ce jour, au moment où il vient de formuler auprès du tribunal une énième demande de liberté. «Le Dr Salami a été informé le 25 octobre 2018 qu’il a été détenu, mais avant il a été retenu dans sa résidence sans aucune justification légale. Nous avons formulé plusieurs demandes de mise en liberté provisoire, toujours rejetées. Or, il a n’a pas fui, c’est, au contraire, lui-même qui avait appelé les forces de l’ordre pour venir le prendre. De plus, c’est un ancien gouverneur, sa personnalité et les garanties qu’elle offre devraient lui assurer cette liberté provisoire», estime l’avocat.

Un procès au plus vite

«Notre première demande du 8 novembre 2018 a été rejetée au motif qu’il n’a pas encore été entendu, or c’est seulement une tradition des juges de chez nous mais cela n’est pas la loi. Le 16 avril 2019, après 4 mois de détention, mon confrère maître Mahamoud avait déposé une autre demande, rejetée également, au motif que l’on est en matière criminelle et que pour cette raison, le juge n’était pas obligé de suivre les délais de détention provisoire énoncés par la loi. Mais le plus regrettable, nous avions fait un appel auprès de la Cour de sûreté de l’Etat de cette décision, le 4 mai, restée depuis sans réponse. Et pourtant l’article 194 du code de procédure pénale prévoit qu’au bout de trente jours, si votre appel n’a pas été jugé, s’ensuit votre libération d’office», poursuit-il. Et donc, aux yeux de la loi, le Dr Abdou Salami aurait dû être libéré après le 4 juin dernier. Et l’avocat vient tout juste d’introduire une troisième demande, et souhaite surtout «que le procès se tienne au plus vite».

 

Toujours par rapport au déroulement de l’enquête, le conseil de l’ex-chef de l’exécutif anjouanais, détenu depuis un an dans une résidence privée de Mutsamudu transformée en prison, regrette «qu’un suspect à ses yeux essentiel dans cette affaire n’ait pas été entendu» dans le cadre de l’instruction. «Malheureusement, nous l’avons réclamé même devant la Cour suprême, que mon client ne devait pas être suspecté dans cette affaire avant une autre personne ; il s’agit de son ancien secrétaire général, Abdallah Mohamed. Il a passé une garde à vue, a reconnu avoir dirigé toutes les opérations [liées à la manifestation appelée par l’ancien gouverneur, ndlr] et pourtant il n’a pas été entendu dans le cadre de l’instruction afin de faire éclater au mieux la vérité», a-t-il noté. Mais tout ne s’est pas mal déroulé pour la défense.


S’il y a des griefs, il y a aussi, selon toujours l’avocat, des bonnes choses à noter dans la procédure. «Les droits de la défense ont été respectés ; j’ai toujours rencontré mon client sans entraves, et le dossier a été à ma disposition à chaque fois que je le voulais… «, a-t-il noté avec satisfaction. Maître Abdoulatuf Aboubacar a également tenu à annoncer que son client prévoie de «poursuivre à son tour en justice les gens qui ont témoigné l’avoir vu à la mosquée de vendredi de Mutsamudu en train de distribuer des armes et inciter des gens à la guerre», comme «ceux qui ont aussi témoigné avoir vu débarquer des armes chez lui à Bandrani».

Sardou Moussa/Alwatwan

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