Dressés pour dire oui

Il ne faut pas oublier que les instruments servant à mesurer le développement des sociétés ne sont pas seulement économiques mais ils sont d’abord immatériels. Si le PIB, le pouvoir d’achat, l’épargne, etc entrent en considération dans l’analyse de la marche des nations, ils ne font pas le bonheur des hommes et des femmes concernés. Loin de là.
Surtout lorsque la gouvernance affiche, comme ici chez nous, des principes démocratiques. On regarde, avant tout, ce qu’il en est des libertés : les personnes ont-t- elles le droit de se regrouper dans des organisations politiques de leur choix pour défendre leurs idées et concourir au pouvoir ? Ont-elles le droit d’exercer leur culte comme elles l’entendent sans être inquiétés en raison de leurs croyances religieuses ? La liberté d’expression y est elle effective ?
Lorsque ces libertés sont remises en cause, Il est sacrément difficile de convaincre que la pays ausculté est vraiment sur le chemin de la poursuite du bonheur » auquel chacun a droit en théorie.

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L’équivalent d’Albert Einstein

Or, à la vérité, nous sommes totalement imperméables au concept même de tolérance. Au delà du discours politiquement correct et des belles paroles, beaucoup d’entre nous considèrent que c’est même un piège qu’il vaut mieux éviter pour préserver la cohésion de la société comorienne.
L’un de nos traits principaux, c’est l’immodestie de toujours croire qu’on a raison en toute circonstance et que les autres -tous les autres- n’aiment pas le pays. Dès qu’un Comorien ordinaire accède à de hautes responsabilités, il se mue rapidement et devient en quelques jours l’équivalent d’Albert Einstein en matière de discernement.
Ecouter l’autre est considéré alors comme une tare, une dangereuse faiblesse. Donc pour ne pas s’attirer les foudres des  » Seigneurs du moment », les personnes ressources acquiescent , se taisent , détournent le regard et laissent faire…. On sait où cette douce lâcheté collective nous a menés depuis 40 ans.

Personne n’échappe à son éducation

Quelle est l’origine ce cette propension à nous prendre pour des personnes infaillibles ? Il me semble qu’elle est liée à l’éducation reçue depuis notre tendre enfance. N’avons-nous pas été conditionnés à l’idée que l’aîné, le fundi, le père, l’oncle, le chef ont toujours raison et qu’il ne faut surtout pas les contredire sous peine de passer pour une personne impolie ? En d’autres termes, nous avons été dressés pour dire oui. Personne n’échappe à son éducation.
Les jeunes leaders politiques qui aspirent à changer vraiment ce pays doivent, à mon humble avis, intégrer cette résistance systématique et atavique à l’idée même de débat et d’échange considérée par beaucoup comme un manque de respect inadmissible à l’égard des dirigeants. C’est pourquoi le premier défi que la génération des Darchari Mikidache doit impérativement relever c’est celui de former des hommes qui ne craignent pas les idées des autres, des hommes qui ne vont surtout pas chercher à être des messies.

Ali Moindjié

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