Egypte : la Constitution examinée en hâte, la référence à la charia conservée

29 novembre 2012

Egypte : la Constitution examinée en hâte, la référence à la charia conservée

Tentes de manifestants, sur la place Tahrir au Caire, le 29 novembre 2012 ©AFP

LE CAIRE (AFP) – (AFP)

La commission constituante égyptienne,
dominée par les islamistes, a entamé
jeudi le vote d’un projet de Loi fondamentale,
en maintenant la référence aux
« principes » de la charia comme « principale
source de la législation », qui y figurait
déjà sous Hosni Moubarak.

Ce vote d’un projet en panne depuis des semaines en raison de
profondes divergences entre islamistes et non-islamistes, a
été annoncé mercredi à la surprise
générale, alors que le pays traverse une
grave crise politique et que de nouvelles
manifestations sont attendues.

L’article 2 du projet de Constitution voté par la
commission prévoit que les « principes de la
charia » constituent la « principale source de la
législation », une formulation assez consensuelle en
Egypte, qui ne fait pas des préceptes au sens strict de
la loi islamique la source unique de la loi.L’article a
été adopté à l’unanimité.

Les fondamentalistes salafistes souhaitaient rendre la
référence à la charia plus contraignante.

En revanche, de nombreux libéraux, de même que
l’église copte orthodoxe -qui représente 6 à
10% de la population- avaient dit ne pas vouloir aller au
delà de la formulation de l’ancienne Constitution.

Toutefois,
d’autres dispositions qui restent encore à voter,
très critiquées dans les milieux libéraux et
chrétiens qui boycottent la commission constituante,
pourraient permettre d’élargir les domaines
d’application de la charia.

Certaines dispositions sur la liberté d’expression ont
également soulevé l’inquiétude dans les
milieux de la presse et les défenseurs des droits civiques.

Les quotidiens al-Masry al-Yawm et al-Watan, ainsi que les
hebdomadaires al-Ousboue et al-Fajr ont décidé de
ne pas paraître mardi prochain pour protester contre le
manque de liberté de la presse dans le projet de Constitution.

Le projet, une fois voté, sera transmis au
président Morsi, qui doit le soumettre à
référendum sous deux semaines.

La nouvelle Constitution est destinée à remplacer
celle en vigueur sous Hosni Moubarak, qui avait
été abrogée peu après sa chute en
février 2011 sous la pression d’une révolte populaire.

« Les Frères musulmans font leur Constitution »

Ce vote survient alors que l’Egypte traverse sa plus grave
crise puis l’élection en juin de M. Morsi, en raison de
sa décision de s’octroyer des pouvoirs exceptionnels,
pour éviter notamment tout blocage du processus
constitutionnel par des recours en justice.

L’adoption
rapide de la Constitution pourrait permettre à M. Morsi
de mettre rapidement derrière lui ce dossier
épineux, mais pourrait aussi provoquer un regain de
colère de la part de ses opposants.

 Les anti-Morsi qui occupent la place Tahrir au Caire
depuis une semaine dénonçaient une procédure
hâtive, qui aggrave les tensions.

« Il n’est pas logique de passer au vote alors que le pays
est aussi divisé », affirmait un manifestant, Abdel
Nasser Zidane, un chômeur de 42 ans.

« Les Frères musulmans font leur propre Constitution,
pas celle de l’Egypte », assurait de son côté
Tamer Harby, 30 ans.

M. Morsi a promis que ses pouvoirs temporaires ne seraient
que « temporaires » et qu’ils ne seraient plus valides
une fois la nouvelle Loi fondamentale adoptée.

Le président devrait prendre la parole à la
télévision dans la journée pour expliquer sa
politique, selon le journal gouvernemental Al-Ahram, mais
aucune heure précise n’était officiellement
annoncée en début de soirée.

L’Egypte est secouée depuis plusieurs jours par de
nombreuses manifestations, assorties parfois de violences
qui ont fait trois morts et plusieurs centaines de blessés.

Certains opposants appellent à une nouvelle
manifestation anti-Morsi vendredi place Tahrir, tandis que
les islamistes préparent de leur côté des
rassemblements de soutien au président samedi.

Les Frères ont
toutefois indiqué jeudi que leur manifestation au Caire
ne se tiendrait pas sur Tahrir, contrairement à ce qui
avait été annoncé, laissant entendre que les
risques d’affrontements étaient trop élevés.

Les partisans du chef de l’Etat assurent que ses pouvoirs
renforcés visent à sortir de l’ornière un
processus de transition démocratique, toujours
chaotique près de deux ans après la chute de M. Moubarak.



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