Egypte : les juges dénoncent l’élargissement des pouvoirs de Morsi

24 novembre 2012

Egypte : les juges dénoncent l’élargissement des pouvoirs de Morsi

Le président Morsi s’adresse à ses partisans, le 23 novembre 2012 au Caire ©AFP

LE CAIRE (AFP) – (AFP)

Les juges
égyptiens ont pris samedi la tête du mouvement de
contestation contre l’élargissement des pouvoirs du
président Mohamed Morsi, la plus haute autorité
judiciaire dénonçant une « attaque sans
précédent » et les magistrats d’Alexandrie
annonçant une grève illimitée.

La police a fait usage de gaz lacrymogène à
plusieurs reprises contre des manifestants au Caire, en
particulier sur la place Tahrir, haut lieu de la
contestation contre le régime de Hosni Moubarak
début 2011, occupée depuis vendredi soir par des
opposants à M. Morsi.

A l’étranger, les Etats-Unis et l’Europe ont
exprimé leur inquiétude après la
décision de M. Morsi, issu des Frères musulmans,
de renforcer considérablement ses pouvoirs, alors qu’il
cumulait déjà pouvoir exécutif et
législatif, l’Assemblée ayant été
dissoute juste avant son élection en juin.

Le Conseil
suprême de la justice, réuni en urgence, a
qualifié la « déclaration
constitutionnelle » annoncée jeudi d’ »attaque
sans précédent contre l’indépendance du
pouvoir judiciaire et ses jugements » et a exigé que
« tout ce qui touche à la justice » en soit exclu.

Le Club des juges d’Alexandrie a annoncé une grève
ouverte pour dénoncer les nouvelles prérogatives
du président, dont il n’est désormais plus
possible de contester les décisions devant la justice.

Au Caire, le Club des juges s’est réuni dans une
ambiance électrique.Le président du Club, Ahmed
al-Zind, a dénoncé « une attaque féroce
contre la justice égyptienne », tandis que des
magistrats furieux scandaient « Le peuple veut la chute
du régime », le slogan de la révolte contre M. Moubarak.

Des
manifestants ont tenté de pénétrer dans
les locaux de la Haute cour, où se tenait la
réunion, mais ils ont été dispersés par
la police, qui a fait usage de gaz lacrymogène.

Dans la matinée, les forces de
l’ordre avaient de la même manière
empêché de nouveaux manifestants de se
rendre sur la place Tahrir, où des militants ont
monté une trentaine de tentes pour occuper les lieux
jusqu’à ce que le président revienne sur ses
décisions, selon un journaliste de l’AFP.

« Nouvelle révolution »

« L’Egypte entre dans une
nouvelle révolution car notre intention
n’était pas de remplacer un dictateur par
un autre », a expliqué samedi matin un
manifestant, Mohammed al-Gamal.

 Des personnalités et mouvements laïques et
libéraux ont appelé à une nouvelle
manifestation de masse mardi à Tahrir.Mais les
Frères musulmans ont appelé à une
manifestation de soutien au président également
mardi, à quelques rues de la place emblématique.

Vendredi déjà, deux manifestations
rivales avaient réuni des milliers de
personnes d’une part sur la place Tahrir aux
cris de « Morsi dictateur », et d’autre
part devant le palais présidentiel, derrière le
slogan « Morsi on t’aime ».

Dans d’autres villes du pays, les manifestations de vendredi
avaient viré à l’affrontement, et des opposants
ont incendié des locaux du Parti de la liberté et
de la justice (PLJ), issu des Frères musulmans.

Depuis jeudi, le camp de M. Morsi explique que le
renforcement de ses pouvoirs permettra d’accélérer
les réformes démocratiques et rappelle que ces
nouvelles dispositions prendront fin dès qu’une
nouvelle Constitution aura été adoptée,
même si le processus est aujourd’hui enlisé.

« Nous avons besoin de stabilité », a
déclaré Mourad Ali, un porte-parole du PLJ. »Et nous ne l’aurons pas si nous autorisons encore une
fois les juges, qui ont leurs motivations personnelles,
à dissoudre la commission constituante afin de
prolonger la phase de transition ».

 Parmi les décisions annoncées jeudi, M. Morsi
a annulé un recours contre la composition de cette
commission constituante, dominée par les islamistes.

Il a aussi
limogé le puissant procureur général, Abdel
Meguid Mahmoud, et annoncé la réouverture des
enquêtes sur la mort de centaines de manifestants
pendant et après le soulèvement de 2011.

Le nouveau procureur général, Talaat Ibrahim
Abdallah, a déclaré dans un communiqué que de
« nouveaux tribunaux révolutionnaires » seraient
mis en place et pourraient rejuger M. Moubarak, ses fils et
ses plus hauts responsables de la sécurité en cas
« de nouvelles preuves », après un premier
verdict estimé trop clément.



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