El-Maarouf, le Centre hospitalier dans un état végétatif

Déclenchée fin juillet dernier, la grève des médecins du centre hospitalier de référence, El Maarouf, est loin de trouver une issue. Un mois après la grève,  nous nous sommes rendus sur place.

«Désert». C’est le mot qui convient pour décrire l’état du Centre hospitalier national ‘El-Maarouf.  Ce samedi 28 août, un tour fait au Chn nous fait découvrir un hôpital totalement désert, dépourvu de toute activité. A l’hôpital de référence, il n’ya pas que les médecins qui grèvent. On  dirait même que les patients aussi sont en grève.

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«Mais venir pour voir qui, s’il n’y a aucun médecin pour nous soigner» réagit un passant visiblement surpris de notre grand étonnement. Pour un autre patient «qui dit hôpital, dit médecin. S’il n’ya pas de médecin à l’hôpital, qu’est ce que je viens faire ici ?». Ce patient pointe du doigt les autorités estimant que les deux parties ne peuvent pas avoir raison mais qu’il y a toujours une qui prime sur l’autre.

«Tout est banalisé dans notre pays, or la solution de cet hôpital revient aux autorités qui semblent ne pas se rendre compte que la santé est plus importante  que tout autre chose, mais s’ils sont indifférents à cette situation, c’est parce que, eux, ils ne viennent jamais se soigner à El-Maarouf, donc ils se fichent que l’hôpital fonctionne ou non»,  tempête-t-il.

Au service de cardiologie, un seul malade vient d’être admis aux alentours de 11h ce samedi. Les autres chambres d’hospitalisations sont …vides. Mais ici, deux à quatre infirmières et aides soignant circulent dans les couloirs. Ce qui n’est pas le cas en médecine B. Aucune âme qui vive. Ni infirmier, ni aide soignant, encor moins un patient. C’est le silence total qui vous accueille dans ce service. Hormis  une musique douce qui retentit dans une salle de garde vide. Tel un endroit hanté et dont les gens ont peur de s’y rendre.

Aux services des urgences, si les quelques patients admis ces deux derniers jours ne souffrent pas de l’absence des médecins, les majors et infirmiers eux, déplorent l’absence des aides soignants, ce qui ne leur facilite pas leur tâche. Tachrifa Ali Djae, originaire de Chezani ya Mbwakuwu, déclare que depuis vendredi que sa mère est admise aux urgences, elle n’a pas senti la grève. Car le service minimum qui est là l’a prise en charge. «Nous étions allés à Mbeni c‘est le médecin qui nous a transféré ici et nous a conseillé de venir aux urgences», dit-elle.

Ce qui n’est pas le cas à la maternité. Mmati Ibouroi, qui a amené sa fille enceinte ce samedi matin, déplore tout d’abord le sort d’une jeune fille qui vient d’accoucher, assise sur un banc à côté son bébé dans ses bras.  «Vous voyez, cette fille vient d’accoucher et ils n’ont même pas eu le culot de lui donner un lit pour dormir, aussitôt que la femme accouche, on lui dit d’amener son bébé chez elle, car ils ne peuvent pas faire plus que l’assister pour l’accouchement, elles ne respectent pas les 24 h que la femme doit passer à la maternité après l’accouchement pour évaluer son état et celui du bébé», dénonce-t-elle. Cette maman qui a amené sa fille enceinte patiente sur un banc à l’attente de quelqu’un pour leur prendre en charge. Ses yeux vont ici et là à la recherche d’une âme qui vive en vain.

A la pédiatrie, Mzimambi Mndrwankodo de Bandadaweni déplore le manque de salubrité et … d’eau. «Il n y’a aucun endroit propre à la pédiatrie. Et pour faire mes besoins, je dois prendre un taxi me rendre à Mangani. Donc bébé ou enfant, on les mets tous des couches, on ne peut pas les amener à la maison pour faire leurs besoins»,  déclare-t-elle. Heureusement pour elle, son enfant nécessitait une perfusion de sang et ça été fait à temps. « Ils ont fait la perfusion et on nous sommes allés payer après», confie-t-elle.

Pour  Mistoihi Bourhane, paramédical et major au service imagerie, «chaque jour nous recevons des mourants et nous les observons jusqu’à leur dernier souffle, ils viennent ici s’achever sous nos yeux en quelque sorte. Car l’infirmier et le paramédical ne peuvent rien faire avant le médecin», rappelle-t-il.

Selon lui, l’infirmier et le paramédical exécutent un protocole inscrit par un docteur. «L’infirmier peut venir travailler 24h /24, mais sans le docteur, cela ne sert à rien car il ne peut même pas effectuer 10% de ce que fait le médecin».  «Les comoriens meurent dans leur domiciles et certains viennent ici s’achever sous nous yeux car on ne peut rien faire sans les médecins. Ce sont les autorités qui sont responsables de ce qui se passe à El-Maarouf «,  déclare le  major du service imagerie.
Abouhariat Said Abdallah /Alwatwan

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