Évacuations sanitaires aux Comores : entre choix et nécessité

Les évacuations sanitaires constituent un enjeu majeur pour les comoriens, si bien qu’une nouvelle agence vient d’être mise en place pour faciliter les démarches des malades. Il s’agit de l’agence du médicament et des évacuations sanitaires, créée par le décret  présidentiel n°17-011/Pr daté de janvier 2017. Cette agence est chargée entre autres de mettre en place la règlementation des produits pharmaceutiques et faciliter les démarches pour les évacuations sanitaires. 

En effet, de plus en plus de comoriens migrent temporairement pour aller se  soigner à l’étranger. Ces migrations thérapeutiques sont d’autant plus difficiles à estimer tant les malades empruntent différents axes. En fonction des moyens dont dispose la famille, les patients comoriens partent se soigner dans les îles voisines de l’océan indien, les pays de la côte sud-est africaine ou en France pour les plus privilégiés. 

Ces migrations sanitaires sont encouragées  par le manque d’infrastructures sanitaires suffisantes et un système de santé peu développé : plateaux techniques des centres de soins en désuétude, offre de soins en deçà des attentes de la population et un système de prise en charge inadéquat. L’insatisfaction des soins reçus localement et l’espoir d’une meilleure prise en charge à l’extérieur incitent les comoriens à partir à la recherche de soins médicaux de qualité.

Ce phénomène est aussi révélateur des inégalités sociales aux Comores. Il y a les nantis qui, en général, partent se soigner à l’étranger  et ceux qui doivent se contenter des infrastructures du pays faute  de moyens financiers suffisants pour espérer mieux ailleurs. Toutefois, l’absence de couverture sociale et les tarifs élevés pratiqués dans les structures hospitalières font fuir des centres de soins les plus pauvres, qui renoncent de plus en plus à se soigner s’il n’y aucune urgence vitale, ce qui pourrait avoir comme conséquence l’aggravation silencieuse de la maladie. 

 Avec cette nouvelle agence chargée de gérer les évacuations sanitaires, il serait intéressant dans un premier temps de dresser un état des lieux des migrations sanitaires dans notre pays, car à l’heure actuelle il n’y a aucune donnée disponible pour décrire cette situation. Combien de comoriens partent se soigner à l’étranger par an? Quelles sont les principales maladies qui poussent les patients à faire le choix de l’étranger pour se soigner ? Quels sont les motifs qui incitent les malades à  partir à l’étranger ?, etc. Telles sont quelques-unes des questions que devrait s’atteler à répondre cette nouvelle agence au lieu de se contenter d’ « assurer la gestion administrative des évacuations sanitaires des patients ». De ce fait, un système de recueil des données devrait être mis en place et  des études sanitaires ad hoc régulières devraient compléter ce dispositif afin d’avoir des données fiables permettant de mieux quantifier la mobilité thérapeutique des comoriens. La meilleure connaissance de ce phénomène de migrations thérapeutiques permettrait aux autorités comoriennes de mieux orienter les politiques de santé et de prendre à bras-le-corps la racine du problème à savoir l’insuffisance et la mauvaise qualité de l’offre de soins dans notre pays. 

Dr Youssouf Hassani
Dr Youssouf Hassani

La mobilité thérapeutique est à la fois un problème de santé et un défi économique. Elle  représente un coût non négligeable pour les familles comoriennes, la moitié de la population étant sous le seuil de pauvreté national, d’après l’enquête budget des ménages réalisée en 2014. Le développement du système de santé du pays permettra non seulement de faciliter la démocratie sanitaire et  réduire ainsi les inégalités sociales en matière de santé,  mais aussi faire profiter à l’économie locale qui se trouve privée des dizaines de millions de francs qui sont dépensés à l’étranger par des comoriens désireux d’avoir des soins médicaux de qualité.  
Dr Youssouf Hassani, épidémiologiste

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