Fatima Tabibou, « le devoir de mémoire »

Ce dimanche 27 septembre 2015, il sera procédé à Paris, la première cérémonie de ravivage de la flamme du soldat Inconnu en hommage aux Tirailleurs Comoriens morts pour la France. Une cérémonie initiée par l’Amical pour la Mémoire des Tirailleurs Comoriens (AMTC). Cette association est présidée par Fatima Tabibou, une femme active et militante qui s’est investie aussi dans la défense des Droits de la femme dans le monde. Mère de 2 enfants qu’elle élève seule, elle présente un parcours atypique de sa carrière professionnelle au monde associatif. Cette native de la Grande Comore a accepté de répondre à nos questions. Interview.

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Pourquoi l’AMTC ?

Pour construire une maison solide, il faut investir sur des fondations solides ! Si les fondations sont fragiles, la maison le sera forcément et s’écroulera au moindre coup de vent (…). Donc connaître son histoire, savoir d’où l’on vient est essentielle pour appréhender l’avenir plus sereinement. C’est pourquoi en septembre 2013, j’ai fondé avec Abdallah Mirghane (ancien Ambassadeur des Comores en France) le Colonel Cheikh Ahmed Abdallah, Raymond Riquier, Ali Mradabi, Bouteflika Hassanaly, Ghalil Achiraffi, Ismael Aboudou, Mahamoud Said, Fouadi Ali Combo et Edith Robin, l’AMTC (Amicale pour la Mémoire des Tirailleurs Comoriens). Une association qui œuvre pour entretenir l’histoire, et commémorer la mémoire des Tirailleurs comoriens morts pour la France. Je suis devenue présidente en janvier 2015.

Parlez-nous de votre vie associative ?

En 2006, nous avons mis en place le projet « A la Découverte de l’Afrique » en partenariat avec le service jeunesse de la ville de la Courneuve. Projet a abouti à un voyage au Burkina Faso avec un groupe de jeunes âgés de 15 à 17 ans.

En 2007, nous avons créé l’association Chababi Mlewo (jeunesse D’aujourd’hui en comoriens). L’association est née de la dualité entre l’envie de revendiquer son identité française et le désir de ne pas oublier ses origines. L’association s’est engagée à construire une école Primaire pour le village de Dimadjou Hamahamet aux Comores (son village d’origine).

En 2009, on a lancé le projet « Les génocides dans le monde » (Rwanda, Shoah, Cambodge…) en partenariat avec le service jeunesse de la ville de Courneuve. Un projet qui a abouti à un voyage avec des jeunes en Allemagne pour une visite du camp expérimental de Sachenhausen.

Entre 2013 et 2014, j’ai été la présidente de l’association Global Potential France, dont le président d’honneur est Jacques Attali). Une association qui a pour objectif d’encourager les jeunes des quartiers urbains et ruraux à développer leur autonomie et à prendre des initiatives. Les domaines ciblés sont l’entrepreneuriat, l’éducation, le volontariat international et les échanges internationaux (voyage au Sénégal, Haïti, Nicaragua, république dominicaine). Rencontre avec le président de la république François Hollande, pour la remise du rapport des 45 propositions sur l’économie positive.

Quelles sont vos plus grandes réalisations dans ce parcours?

Sans aucune hésitation, mon projet de lutte contre l’excision, les mariages forcés et l’inauguration des premières stèles en hommage aux tirailleurs Comoriens morts pour la France (19 juillet 2014 à Cuts et à Ourscamps).

Quels sont vos engagements en faveur de la femme?

Entre 2007-2012, nous avons organisé le 1er festival de Hip hop 100% Féminin en France : Festival « Tour d’horizon » à La Courneuve avec des Artistes comme : K-reen, Sandra Nkaké, Miss MAK, Isleym…). Dans un contexte environnemental, et dans un milieu culturel où sévit le machisme à outrance, ce festival a démontré que les femmes avaient leur place, par leurs talents, leur sensibilité, leur détermination et leur travail.

En 2006, on a lancé le projet de lutte contre l’excision en partenariat avec le planning familial, la Caf, le Gam’s, voix d’elles rebelles mais aussi sur les mariages forcés (création d’une pièce de théâtre et d’un film documentaire « mariage entre amour honneur et tradition.. »).

On a souvent tendance à nous plaindre, à imaginer que c’est mieux ailleurs… Avec ce projet, j’ai beaucoup relativisé : tout compte fait les femmes ne sont pas si mal loties aux Comores !

Et qu’est-ce que vous avez retenu de vos différentes rencontres avec ces autres peuple?

Rencontrer toutes ces femmes, de la Turquie en passant par le Mali, La Mauritanie, L’Egypte, la Somalie, L’Inde, m’a fait grandir, et renforcer l’idée que la lutte contre les violences faites aux Femmes, est plus que jamais d’actualité et doit absolument se maintenir ! Encore aujourd’hui des jeunes filles d’une dizaine d’années sont mariées de force. Des bébés, des enfants se font excisées (coupé le clitoris) d’autres infibulées (suture de la majeure partie des grandes ou des petites lèvres de la vulve, ne laissant qu’une petite ouverture pour l’urine et les menstruations). C’est terrible !!!

Propos recueillis par Salwa Mag

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