Génie en vue !jeune auteure comorienne est lauréate du Prix Interrégional Jeunes Auteurs (PIJA) en Suisse

naima_nour_mze_hamadi_jeune_ecrivainUne étincelle dans l’obscurité. Un murmure dans le silence. Ou un roulement de tambour, subversif, au rythme polyphonique, mais au tempo constant. Telle est l’écriture de Naïma’l-Nour Mzé Hamadi. A tout juste vingt ans, cette jeune auteure comorienne est lauréate de nombreux prix littéraires internationaux, régionaux et nationaux.

Naïma’l-Nour Mzé Hamadi cultive les contradictions. Son éternelle bonne humeur contraste avec ce qu’elle écrit. Son écriture, bien que poétique, est gorgée de violence et de douleur. « Une atmosphère nauséabonde peuplait l’intérieur. Une odeur d’entrailles. De sang. De tripes en voie d’expulsion. Une odeur putride de vie » est l’incipit de son recueil de nouvelles inédits, Enracinés. Dont une première version a été distinguée par le Jury du Prix Interrégional Jeunes Auteurs (PIJA) en Suisse, et, publiée aux Editions de l’Hèbe courant 2011.

Dans cet incipit le ton est donné. Ses textes d’une maturité irréprochable ne sont en aucun moment emprunts de dénonciation. Tout n’est que constat chez cette jeune nouvelliste. Au fil des pages, sa plume chauffée à blanc perce la noirceur du silence et dévoile au grand jour les maux et les fossoyeurs de son pays, les Comores. Certains lecteurs en prendront pour leur grade.

Mère gravide, enfant difforme, mal-nourri, instituteur, prostituée ; les personnages oscillent entre cynisme et générosité, entre légèreté et profondeur : ils côtoient tous la misère, la dictature et les errances d’un pays « cruel où les hommes sont des bêtes. En quête de survie. Prêts à bondir les uns sur les autres ». Au demeurant, c’est cette phrase, malgré sa nature scatologique, qui en dit long : « Il eut un rire nerveux. Sa posture à lui, debout, là, à plusieurs centimètres du trône, honteusement couvert de selles, le faisait plutôt basculer du côté de l’Animal. Amère vérité qui eut raison du peu d’estime qui lui restait de lui-même. » En effet, la vérité susmentionnée est celle de la misère, point commun de toute une population. « Au W.C, l’inéluctable égalité sociale nous rattrape » lança un personnage, en proie à une indigestion.

« L’espoir de libérer l’avenir suspendu »

Sûre de son talent, Naïma’l-Nour se laisse aller au gré de l’inspiration. Elle casse les codes. Son langage est éclaté, brisé, décousu. Nulle frontière entre le réel et l’irréel, entre la fable et la réalité, entre la prose et la poésie. La révolte est le fil d’Ariane de cette jeune plume très prometteuse. « Dans l’espoir de libérer l’avenir suspendu » la jeune auteure donne la parole surtout à la jeunesse. Du « brillant élève non boursier par manque de prestige familial » qui « rêvant d’études en métropole, les portes de l’ambassade [lui sont] claquées au nez » à la jeune fille, fuyant un mari qui lui a été imposé- les démons de son passé et le poids de la tradition-, qui s’embarque dans un radeau de fortune, dans l’espoir d’entrer clandestinement à Mayotte, en passant par le jeune étudiant « jeté au trou (…) pour avoir voulu dénoncer le système éducatif, l’irresponsabilité des ministres, le ras-le-bol des années blanches ».

L’élitisme ou la reproduction des élites, le machisme, la dictature, autant de maux y sont pointés du doigt. Avec subtilité. Au-delà de tout prisme victimaire.

Le cri de l’oiseau heurté
ne blessera personne
seuil du silence qui se perd
dans l’euphonie de l’oubli

Humble, Naïma’l-Nour considère son entrée en écriture comme allant de soi. Fille de lettrés, elle a été nourrie d’abord à la poésie dès son plus jeune âge. Genre qui lui vaut un prix en 2010 au PIJA, dans la catégorie « Texte remarqué ». Césaire, Hugo, Senghor, Rimbaud, sont autant de références que de compagnons de route. Puis vient l’amour pour la nouvelle : ses modèles sont l’ivoirien Kourouma et le malgache Raharimanana. Talent puissant et atypique, l’un des plus impressionnants qui se soient manifestés dans la littérature comorienne, Naïma’l-Nour Mzé Hamadi est née le 16 novembre 1992 à Moroni, d’un père comorien et d’une mère malgache. Elle est actuellement étudiante en Droit à l’Université d’Antananarivo. Enfin, retenez bien son nom, ses écrits feront prochainement partie de votre quotidien.

Adjmaël Halidi

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