Grande-Synthe: un marabout d’origine comorienne devant la cour d’assises pour des viols sur ses «patientes»

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Ismaël Bakary, un Comorien de 41 ans, sera jugé devant la cour d’assises du Nord, à Douai, cette semaine, pour une série de viols et d’agressions sexuelles commis à Grande-Synthe sur ses « patientes », lorsqu’il se prétendait marabout, capable de guérir les petits soucis de santé à travers des rituels « magiques ».

En 2012, Ismaël Bakary fuit Mayotte, aux Comores, après qu’une fille de 13 ans a dénoncé des faits de viol. Elle est d’ailleurs tombée enceinte d’Ismaël. Elle avait raconté aux enquêteurs que cet homme l’avait abordée à plusieurs reprises sur le chemin de son école coranique pour lui faire des propositions sexuelles. Elle refusait systématiquement. Un jour de février 2012, alors qu’elle faisait ses besoins dans une cour, toujours sur le chemin de l’école, Ismaël Bakary l’aurait entraînée de force, à l’écart, dans une bananeraie pour la violer. Lorsqu’une plainte a été déposée pour viol sur mineure de moins de 15 ans et qu’il a appris qu’il avait mis enceinte la victime, Ismaël a préféré faire ses valises, direction le Dunkerquois, où il possédait des attaches familiales au sein de la communauté comorienne.

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Ismaël Bakary a toujours prétendu être un marabout, capable de guérir les petits bobos. Alors qu’il est installé à Grande-Synthe, il continue à exercer cette activité qui s’apparente à du pur charlatanisme. Il se déplace chez les familles de la communauté comorienne exclusivement pour proposer ses services. Il affectionne particulièrement les jeunes femmes.

Entre 2012 et 2013, sept viols ou agressions sexuelles ont été dénoncés, dans le cadre de séances de guérison, selon des rituels qui pourraient prêter à sourire s’il n’y avait pas eu toutes ses victimes.

Parmi elles, une jeune femme asthmatique à qui Ismaël faisait croire que son petit copain de l’époque lui avait mis « le diable dans son ventre ». Alors le marabout s’est mis à concocter des potions mystérieuses, à base d’herbes, ânonnant des incantations au pouvoir magique, s’affublant d’un déguisement, demandant à sa patiente d’enfiler une toge. Puis, plus prosaïquement, d’après la plaignante, il l’aurait allongée sur le ventre – afin de lui appliquer un prétendu onguent – lui imposant une sodomie.

Pour les six autres victimes grand-synthoises, à chaque fois, le mode opératoire était sensiblement le même. Le marabout était censé soigner des maux de tête, de dents, un problème de pied. À l’entendre aussi, les jeunes femmes avaient le diable niché dans le corps ou dans la tête. Lorsque les plaintes sont arrivées à la police, le lien a tout de suite été établi avec le viol dénoncé à la gendarmerie de Mayotte quelques mois plus tôt.

À l’issue de sa garde à vue, Ismaël Bakary avait été mis en examen pour les viols commis sur les sept victimes de Grande-Synthe et celui de l’écolière de 13 ans à Mayotte. Tout au long de la procédure, il a nié les faits. Depuis, il est incarcéré.

Vingt ans de réclusion criminelle encourus

Pour le viol aggravé sur la jeune fille de 13 ans à Mayotte et les viols simples sur les Grand-Synthoises, Ismaël Bakary encourt vingt ans de réclusion criminelle.

Le procès commencera ce lundi. Le verdict est attendu vendredi.

C’est l’avocat général Luc Frémiot qui soutiendra l’accusation, tandis qu’Ismaël Bakary sera défendu par l’avocate dunkerquoise Fanny Fauquet.

Sur les sept victimes grand-synthoises, seules trois se sont constituées parties civiles.

Les quatre autres ont expliqué qu’elles voulaient « tourner la page ». Surtout, en proie à un sentiment de honte, elles n’en ont jamais parlé à leurs familles ni à leurs compagnons. Car les victimes évoluent dans un milieu très religieux où domine pour une femme la peur d’être rejetée, même lorsque l’on a subi un viol.

L’accusé dénonce une «cabale»

L’accusé nie tous les faits qui lui sont reprochés. Certes, il a été forcé de reconnaître qu’il avait eu une relation sexuelle avec la jeune fille de 13 ans, à Mayotte, tombée enceinte à l’issue d’un unique rapport, car les expertises génétiques montrent qu’il est le père de l’enfant.

Pour sa défense, il soutient que la relation était consentie. Avec une fille de 13 ans, cela reste un délit.

Concernant les jeunes femmes de Grande-Synthe, toutes majeures, il admet une relation consentie avec l’une des sept victimes, mais rien concernant les autres.

Pourquoi alors sept dénonciations de viols ? Selon lui, les jeunes femmes se seraient concertées pour le faire tomber. D’abord parce que, d’après lui, elles rechignaient à payer ses prestations de marabout. Ensuite parce qu’il affirme qu’il les avait aidées à trouver des logements en avançant les cautions lorsqu’elles se sont installées à Grande-Synthe avec leurs familles. Là encore, pour éviter de rembourser, elles se seraient liguées contre lui pour l’écarter. Il est vrai que les sept victimes se côtoyaient au sein de la même communauté, certaines d’entre elles ayant même des liens de parenté.

Ismaël Bakary leur aurait confié qu’il avait eu des problèmes à Mayotte avec une jeune fille qui l’accusait de viol, mais qu’il était innocent. Le sachant, elles se seraient engouffrées dans la faille. On saura vendredi si cette ligne de défense a convaincu la cour d’assises. Car en face, il y a les expertises psychiatriques des jeunes femmes qui certifient leur crédibilité, mettent l’accent sur le traumatisme qu’elles ont subi et leur mal-être qui perdure.

ALEXIS CONSTANT / lavoixdunord

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