Halouoi Abdallah Mguéni, enseignante 28 ans au service de l’enseignement

La cinquantaine et mère de 2 filles, Halouoi Abdallah Mgueni est considérée comme la gardienne du temple. Originaire de Maouéni Mboudé et de Moroni où elle vit aujourd’hui, elle passe sa vie à transmettre le savoir. Professeur d’Anglais, ce sont 28 générations d’élèves qui sont passées entre ses mains. Formée à l’école nationale supérieure de Mvouni et en France, cette épouse d’un autre enseignant n’a jamais cessé d’enseigner. Dans le public ou dans le privé, si ce n’est pas la craie en main, c’est devant des micros qu’elle enseigne la langue de Shakespeare. Salwa Mag lève donc le voile sur une femme discrète mais jugée draconienne et ferme par les élèves.

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Parle-nous de votre parcours professionnel?

J’ai commencé ma carrière très jeune au lycée de Moroni où les premières promotions que j’ai eu à enseigner, étaient de la génération de mes frères et sœurs. J’ai donc évolué dans l’enseignement de l’Anglais et après quelques années j’ai été affectée à l’INE, actuel IFERE. Là-bas, j’ai eu à travailler dans le département d’Anglais. Avec d’autres collègues, nous avions à établir les programmes de l’époque et assurer le suivi. Nous faisions aussi des émissions radio relatives à l’enseignement de l’Anglais à distance. Pendant cette période, j’ai visité pas mal de collèges et lycées dans le pays et j’ai appris beaucoup à travers les échanges avec les collègues que j’ai eu à travailler avec.

Je suis ensuite affectée comme Directrice au collège de Moroni Mboueni où j’ai fait presque une dizaine d’années. En tant que chef d’établissement, j’ai acquis de nouvelles expériences, administratives entre autres. Ce fut des années d’intenses activités durant lesquelles, j’ai renforcé mes capacités dans les relations humaines et sociales. J’ai eu à côtoyer des gens de toutes les catégories sociales et j’ai compris beaucoup de choses que j’ignorais jusque là. C’est durant cette période de ma vie professionnelle que j’ai tissé le plus de relations entre les élèves, les collègues, les parents et ceux de l’administration.

Depuis 9 ans maintenant, j’ai réintégré le lycée de Moroni où j’enseigne toujours avec la même fougue et la même détermination qu’au début. Parallèlement, j’enseigne dans le privé où j’ai formé plusieurs promotions. Ici, les conditions de travail sont un peu meilleures et les élèves plus motivés.

Quels sont les meilleurs souvenirs de cette carrière?

Toute ma carrière est une succession de beaux souvenirs. Je ne parlerai pas de certains plus que d’autres. Le métier est très exaltant et tous les jours quand, je vois les anciens élèves que j’ai contribué à former, devenir des médecins, des ingénieurs, des banquiers, des juristes,… je me souviens de ce que j’ai fait, avec la satisfaction morale d’avoir apporter mon petit plus dans la société.

Quel regard portez-vous sur l’enseignement aux Comores?

L’enseignement aux Comores, je dirais qu’il ne suit pas le rythme du développement dans le monde. Beaucoup d’acteurs sont impliqués pour la recherche de solutions adéquates aux différents problèmes que connaît le secteur. En tant qu’enseignant, je dirais qu’il y a ce que nous pouvons faire, mais il y a la responsabilité des autres comme les élèves, les parents mais surtout les autorités. Il faudrait une réelle volonté politique de la part de nos gouvernants, car la clé de tout développement passe par l’enseignement et il faudrait que nos dirigeants fassent de cette importance leur, en mettant à disposition les moyens logistiques, humains et financiers nécessaires à un décollage réel de l’enseignement aux Comores.

Quelles sont les grandes réalisations de votre vie professionnelle?

Je ne parlerai pas de grandes réalisations que j’ai faites sur le plan professionnel, mais de petits apports que j’ai pu apporter le long de ma carrière : c’est d’avoir une part dans ce que mes anciens élèves sont devenus maintenant, c’est d’enseigner une langue qui est devenue de nos jours la première dans les communications internationales. Je suis à l’origine de la tenue bleu et noir au collège publique de Mboueni, un pas très important car réduit l’impact des inégalités sociales chez nos enfants. Par une politique de gestion des enfants, j’ai contribué à faire régner un climat d’apaisement, de respect mutuel entre élèves et enseignants lors de mon séjour à la direction du collège. Si aujourd’hui, il y a des émissions télévisées sur l’enseignement de l’Anglais, c’est une suite de ce que j’ai fait il y a des années via la radio éducative.

Quels sont les projets dans l’avenir?

J’ai encore quelques années d’activité avant la retraite et pour le moment, fidèles à mes convictions, je continue à enseigner et je continuerai à le faire jusqu’au bout. Seul l’avenir déterminera ce que je ferai après, s’il me reste encore de l’énergie à travailler après la retraite.

Propos recueillis par Salwa Mag

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