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Hommage : Adieu Abidjan, tu nous manqueras.

Même pas le temps de nous dire au revoir. La mort a frappé brusquement, tellement fort qu’aucun médecin aussi militaire soit-il n’a pu rien faire. Il est parti ce vendredi 18 septembre 2020 aux allures d’un militaire sur le champ de batail atteint d’une balle au cœur. Mort subite comme ils disent dans leur jargon. On respecte cette volonté de Dieu pour dire simplement ‘’INNA LILLAH WA INNA ILAYIHI RADJIOUNN’’.

Né à Koimbani – Oichili, Said Salim Mriha communément appelé Abidjan était ‘’un bon type’’, ‘’un Ami’’ disait-il souvent. Il a servi sa patrie à la Gendarmerie nationale jusqu’à sa retraite vers le milieu des années 90. Je me rappelle de ce 6 juillet où, dans son costume blanc, il a conduit le peloton du service commando de la gendarmerie Nationale, le drapeau planté entre ses jambes.

Gendarme très discipliné, l’Adjudant Said Salim était aussi un conservateur convaincu. Très appliqué dans le Anda na Mila, il s’est battu seul, bec et ongles, contre la proposition de supprimer certaines bases du Anda na Mila présenté à l’aveuglette, vers les années 90, par les cadres de Koimbani au détriment de l’organisation traditionnelle du Mila. Pour Abidjan, ‘’le Mila n’est pas simplement une étape de la vie. C’est une organisation, une école sociale qui pour la supprimer demande une étude sociale plus approfondie partant des bases et réalités locales du moment ou simplement une formule de remplacement’’. Ce qui a manqué dans la proposition.

Il a défié tout le monde et imposé son modèle. Sa vision à la fois Moderne et traditionnelle charriant Mila (Organisation sociale) et développement. Son ‘’Unamdji wa Anda na Mayendelewo’’ a fait son grand chemin avec des routes et places publiques construites à Koimbani dans le cadre traditionnelle du Anda na Mila.

Son grand mariage a été exceptionnel, une grande leçon du ‘’Mila na Ntsi’’. Pour la première fois à Koimbani, un homme de son rang, l’aîné des neveux Papa Moichili s’est imposé, sans la moindre concession, avec une femme étrangère, originaire de Sima à Anjouan. Il a refusé toute contribution familiale, limitant sa dépense à son propre budget programmé et constitué progressivement pour la circonstance depuis son premier salaire. Il a tout fait dans la règle de l’art. Il a tout respecté. Il s’en est sorti avec un grand mariage irréprochable, sans aucune dette, ni cahier de contributions familiales. Très fière de son ‘’Kiyemba’’, il en portait autant qu’il pouvait le jour de l’Eid El-Kabir ou encore lors des journées Mbae Trambwe. Et c’était sa reforme. Son exemple que malheureusement, personne n’a pu suivre à Koimbani, pour un Anda na Mila sensé ou tout simplement intelligent.

Et si sa position très radicale lui a valu les foudres de tous les cadres de sa génération à Koimbani, Abidjan est resté cet homme généreux et respecté de ses paires militaires notamment qui l’ont hissé à l’unanimité Président de l’Association des Retraités Militaires dès la création de cette grande Association nationale. Il a servi loyalement les retraités militaires jusqu’à la dernière Assemblée Générale la transformant en ARMAC (Association des Retraités Militaires et Anciens Combattants). Le Secrétaire Général de l’ARMAC, M. Elhad Abderemane Boinafoumou, dans un communiqué publié juste après l’enterrement dans les réseaux sociaux, a rendu hommage à cet ‘’homme de grand cœur’’, ce ‘’Militaire exemplaire’’… qui a tout donné avec ‘’abnégation pour le bien être de leur fratrie’’…

Sa personnalité, son sens de la discipline et sa facilité à vivre avec tout le monde ont également séduit et convaincu le Ministère de l’Intérieur à le nommer Chef de la Ville de Koimbani sans consultation, ni autre considération. Et il a assuré fidèlement jusqu’à ce vendredi.

Plusieurs fois membre de la Cour de Sureté de l’Etat, Abidjan était bien connu pour son sens de la responsabilité et surtout de l’impartialité.

Mais derrière son statut de Militaire, de Notable, de Chef de Village. Derrière l’importance de son réseau relationnel sur les Comores et à l’étranger. Derrière sa sagesse naturelle et spirituelle d’un croyant, fidèle pratiquant des cinq piliers de l’Islam… C’était un homme d’une grande simplicité charriant amour, humour et discipline. Les plus jeunes l’appelait ‘’Toto’’, tellement il incarnait cette personnalité ‘’rigolo’’ dans une version propre à lui pouvant amuser tout le monde notamment à la place Chindoni où il se retirait tous les matins après la prière de Soubh avant de prendre la route de Mtsedjeni ou Chamadani pour ses activités champêtres.

Les amis, les anciens camarades, la famille, les proches dont la Première Dame de l’Union des Comores et le Gouverneur de l’Île Autonome de Ngazidja ont été réunis à Koimbani ce vendredi 18 septembre 2020 pour témoigner de leur Amour pour l’homme. Pour sa prière que le bon Dieu acceptera in chaa Allah avec une place de choix au paradis.

Je voudrais me joindre à eux et saisir cette occasion pour présenter mes condoléances les plus attristées à son épouse, à ses enfants et à toute sa famille de Koimbani, de Oichili, de Mitsoudjé, de Singani, de Moroni, d’Anjouan et de Mayotte…

Reposes en paix Toto, que la terre te soit légère.

AMF

La Rédaction

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