Interview – Djamal M’SA ALI : « le Dr Dhoinine a montré une certaine volonté de changer le pays »

Djamal-MsaM’SA ALI Djamal, vous êtes sociologue de formation, essayiste, vous avez publié en 2007 « Luttes de pouvoir aux Comores » aux Editions de la Lune. Vous êtes un des acteurs incontournable de la diaspora comorienne en France.

Comores infos: Quel regard portez vous sur le pays depuis l’arrivée d’Ikillilou Dhoinine au pouvoir ?

Djamal M’SA ALI : Je pense que vous me tendez un piège. Vous me demandez de faire un bilan en cours de mandat. Ça ne peut pas se faire. Ce que je peux dire, le Dr Dhoinine a  montré une certaine volonté de changer, de changer le pays. Cette volonté est  malheureusement confrontée  à la réalité complexe des îles, à la logique de configuration multisectorielle : Les notables,  les classes politiques, les susceptibilités insulaires,  le lobbying économique qui monopolise les marchés… Il a su quand même montrer au peuple comorien qu’il incarne bien  les foncions présidentielles, qu’il est le seul à même à avoir le dernier mot sur le destin national malgré toutes les tentatives sambistes  visant à  le supplanter. Pour le reste, ce n’est pas le moment de le dire.

 On dit que vous êtes un des proches de l’ancien président d’Azali Assoumani. Est ce que Azali sera t- il candidat à la présidentielle de 2016 ?

Cette question revient à lui-même, et clairement à lui seul de répondre. Juste un mot, je pense que sa décision sera prise en fonction des défis à relever : la crise économique, le risque de perturbation identitaire lié au chiisme qui guette les consciences, le manque de leadership,  la crise de la représentativité, l’absence de vision de projet pour les élites, le chômage qui broie la jeunesse, le véritable désastre éducatif, ….. Face à ces enjeux, je considère qu’il se sentira obliger de revenir pour les Comores. Pas par désir du pouvoir  mais  par une obligation morale.

On n’entend pas l’ancien président s’exprimer sur la politique actuelle du pays. Pourquoi reste t il dans le silence depuis un moment selon vous ?

Depuis qu’il a cédé le pouvoir à Ahmed Abdallah Sambi, l’ancien président Azali Assoumani se tait et se retire de la scène politique. C’est vrai.  Mais ce silence et ce retrait n’étaient  pas en soi une forme d’indifférence politique. Il s’agit d’une sorte d’obligation de réserves qu’il a tenues à respecter pour ne pas compliquer la tâche de ses successeurs. Vous voyez que c’était un silence républicain. Un silence que certains présidents à l’échelle mondiale s’imposent.  Parce qu’il s’agit d’une pratique politique qui implique le respect à l’institution présidentielle.

D’ailleurs, ce silence républicain est, me semble t-il, ce qui a poussé les fondateurs de la Vème  République Française de donner à tout président sortant un statut de membre automatique à la Cour constitutionnelle. Un silence donc  d’une grandeur suprême : Ne pas supplanter le président, ne pas le diminuer, ne pas le mépriser mais le respecter.

 Au sein du parti CRC, il y a une lutte interne entre deux mouvances. Les partisans de Houmedie Msaidié menacent de quitter le parti si leur leader n’est pas reconduit à la tète du parti. Quel  est votre avis sur cette affaire qui mine la CRC ?

Personne ne peut apprécier qu’un grand parti politique se divise. Malheureusement, cette sombre réalité est  le propre de tout groupement politique ou social. On a vu Jean Louis Borloo quitter l’UMP pour former l’UDI ou  Jean-Luc Mélenchon  claquer la porte du parti socialiste  pour fonder le Parti de gauche  après le congrès de Reims.

Au-delà de cette réalité, toute dissidence a parfois des effets négatifs sur les trajectoires politiques. Elle réduit la crédibilité,  faiblit le capital confiance  sur lequel se basent les chances de durer sinon de prolonger  la durée de vie politique. En somme, Houmedie Msaidie avait beaucoup d’intérêts à y rester qu’à diviser.

La mobilisation pour la présidentielle de 2016 a commencé, nous avons vu l’ancien président Sambi qui était en France et actuellement le président du mouvement Orange Mohamed Daoud alias KIKI mène campagne en France. Comment voyez-vous cette campagne ? Quel rôle va jouer la diaspora alors qu’elle ne vote pas ?

C’est en Europe où se joue le destin démocratique des Comores. C’est delà où  proviendra le renouveau politique. Dans les échéances électorales à venir,  la diaspora jouera un rôle capital. C’est elle qui imposera les thèmes de campagnes. C’est elle qui exigera aux candidats de présenter un projet et de le chiffrer.

Présente dans la blogosphère, elle développe en son sein deux formes de rapport politique antagoniste : une démocratie d’appétence et une démocratie de la défiance. L’appétence la conduira à s’impliquer davantage à la campagne. Elle mènera le combat d’idées, proposera des projets de société,  influencera sur le changement de faire campagne. Défiance, elle cherchera  à percer les mystères des candidats, à déterrer les secrets d’alliance, à déchausser les dessous de financeurs étrangers et leurs logiques de transactions…. Toute la bataille de la communication se jouera au sein de cette communauté diasporique. Aspirée à une société des égaux,  elle est désormais une société pour la transparence. Elle a dorénavant un nom : Little Brother. Reste à savoir comment elle en fera usage, de ce nom : pour les heurs ou les malheurs ? Toute la question est là.

Propos recueillis  pour Comores Infos

7 commentaires sur Interview – Djamal M’SA ALI : « le Dr Dhoinine a montré une certaine volonté de changer le pays »

  1. #Dessa , si je te dis que l’idée que le foisonnement démocratique de l’Afrique se fera à partir de l’Occident est une idée de Giles Kepel, tu vas me croire maintenant puisque ça vient pas de moi, mais une idée que j’ai pris à mon compte? Et bien, la diaspora comorienne a en partie un rôle à jouer dans la communauté politique.Soit les deux orientations citées, une démocratie de la défiance, celle qui la conduit à jouer un rôle d’alerte, de la patrouille, de la vigilance , de mise en public des scandales, et une démocratie de l’appétence, qui consiste à investir dans l’économie des idées, afin de consolider les institutions. Ses moyens, c’est la liberté de ton, son autonomie, son point d’honneur qui l’empêcherait de servir des politiques en échange de sa dignité…. voilà pourquoi donc, j’ai écrit que le destin démocratique se jouera au sein de la diaspora. A condition de le faire avec la société d’émigration.Et surtout pas sans elle, mais d’une égale dignité.

  2. je suis un peu dessus de cette déclaration, un peu archaïque. Sans être trop critique, je trouve que Moussa a exagéré. Avec le respect que je lui dois, je n’ai jamais pensé qu’un jour il se livrera à de tels propos. Cela es( du fait que le connais bien en tant que collègue de promotion depuis le lycée »e jusqu’en France. Oublie-t-il que Abdoulwahabi a été en france depuis plusieurs années et que lorsqu’il accédait au pouvoir, rien n’a bougé dans le pays et général, à ngazidja en particulier? Oublie-t-il que nos hommes de pouvoir ont en grande partie passé leur vie en france avant d’être appelés au pouvoir? Là je trouve que Moussa ne voit pas vraiment où se pasent les choses de la politique comorienne.

  3. je crois que l’interview de M Djamal M’SA ALI est très percutant lorsqu’il évoque la complexité des iles dans le cadre de la gouvernance de l’Union des Comores . Pour moi la constitution 2001 qui a mis en place la tournante doit être revue sur le volet économique ,c’est-dire qu’elle sera la contribution financière réelle de chaque ile dans le budget de l’Union des Comores .Ensuite monsieur Djamal a oublié une chose dans son analyse de la situation du pays ,l’impunité de ce qui détourne l’argent de l’ Etat . je souhaiterai voir un président comorien en exercice donner les pleins pouvoirs aux juges de procéder à des saisis ou bloqués les comptes de ce qui ont détournés l’argent de la SNPCF ou l’argent des passeports .

  4. @Ousseni, « c’est en Europe où se joue le destin démocratique des Comores », je voulais dire que c’est là où se forment les élites portées relativement vers une culture démocratique. Elles y apprennent la culture politique. Elles ont une liberté de ton que ne l’ont pas malheureusement leurs concitoyens de Moroni. Elles ont une culture militante, leur engagement n’est pas forcement fondé dans des légitimités villageoises, ou carriéristes.. voilà pourquoi j’ai dit ce qu’ai écrit plus haut.

  5. bien dit mais je crois que c’est le genre des hommes que notre pays doit cesser de fréquenter en tant que personnage important en vue politique.Je veux dire l’effet d’avoir dit: »c’est en Europe où se joue le destin démocratique des Comores »Peut être que je n’ai pas bien compris,mais il a osé utiliser le mot DESTIN.Alors ma question est simple,croyez vous que notre destin est jusqu’à lors sur les mains des européens?Je ne sais pas pour vous mais moi je crois qu’il vaut mieux le chiite ou le manque de respect du Président Dr Dhoinine que croire que sans les européens on ne peut aller de l’avant.Alors qu’on sait très bien que faire retourner l’ancien Président SAMBI au pouvoir amènera des conflits religieux et autre aux Comores

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