Interview Dr Ahmed Ouledi. Asec : Rêves et illusions d’une génération “Nous devons nous battre pour que la Nation comorienne existe”

Parlez nous de l’Asec?

C’est une association qui avait regroupé l’ensemble des étudiants et stagiaires comoriens en France depuis les années 1960 et jusqu’aux années 1990 et qui a permis de créer une cohésion parmi cette jeunesse et de pouvoir penser à leur pays, à ce qu’ils pourraient faire pour ce pays. Pratiquement la plupart des dirigeants des Comores, du moins la génération de l’après l’indépendance, sont passés par cette association. C’était une base solide de militantisme pour certains. Bien sûr, elle a connu des hauts et des bas et c’est un peu ce qu’on raconte un petit peu dans ce livre. C’est une génération qui a pensé et qui s’est battue pour le développement des Comores, pour l’indépendance, pour un certains nombre de valeurs pour les Comores. Bien évidemment au bout du compte, il y a eu l’indépendance, il y a eu également un certains nombre d’avancées, mais on pense que cette association n’est pas allée jusqu’au bout puisqu’entre temps, il y a eu une répression féroce qui a eu lieu en 1985 et qui a dispersé pratiquement ses dirigeants et ses militants. Ils ont pris chacun des trajectoires différentes. C’est une historiographie que je suis en train de rédiger pour montrer un peu, à la jeunesse comorienne actuelle, qu’il y a eu des gens avant qui s’étaient engagés pour leur pays. Parce que les problèmes des Comores, c’est un problème de mémoire, c’est un pays qui n’a pas de mémoire et ce qui est fait s’oublie assez rapidement et je pense que ça explique un petit peu également les problèmes de sous développement que nous avons.

Pourquoi avez-vous jugé nécessaire d’écrire un livre sur l’Asec?

J’ai participé, j’étais un militant de l’Asec quand j’étais étudiant ici (en France, Ndlr). J’ai fais mes études à Nantes, j’étais à Paris également, donc c’est un peu mon histoire. Même si j’étais plus jeune mais j’ai également participé à des combats de militantisme au niveau du pays. Pour moi cela était nécessaire d’écrire cette histoire pour que les gens ne l’oublie pas.

Vous avez parlez de réussites et d’échecs de l’Asec, pouvez-vous nous en dire plus?

Les réussites c’est l’accompagnement vers l’indépendance. C’est incontestable. Mais aussi ce sont les cadres que nous avons dans les administrations actuellement, ce sont des gens issus de l’Asec. La qualité de certains de ces cadres est liée au fait qu’ils ont milité dans l’Asec. Mais il y a également le fait que c’est un mouvement qui s’est éteint avec le temps par le fait qu’il avait embrassé une idéologie à un moment qui ne correspondait pas avec le pays. Au delà de cette idéologie mais il y a également le fait que les Comores sont un pays difficile. Il faut l’étudier sociologiquement. Il y a, peut-être, des choses qui n’étaient pas suffisamment prises en compte par cette association. Maintenant, il appartient à la génération future ou présente de continuer l’oeuvre qui a été faite par l’Asec.

Justement quelles leçons la jeunesse actuelle peut tirer de l’engagement et de la dynamique de la génération de cette époque?

Je pense que les deux enseignements à tirer c’est que la jeunesse comorienne doit avoir un idéal. C’est-à-dire, il faut qu’elle pense à son pays et surtout combattre les idées qui sont actuellement en cours, où on est d’abord de son quartier, de son village, de son île avant d’être comorien. Il faut être Comorien d’abord et avant tout. Ça c’est important. Il faut fonder la Nation comorienne et pour la fonder, il faut que ces jeunes se retrouvent. Il faut qu’ils pensent d’abord à leur pays, à son développement. Ils doivent se battre pour que l’Etat comorien existe, que la Nation comorienne existe et que nous puissions travailler pour ce pays. Il nous faut nous demander ce que nous avons fait pour ce pays et pas ce que ce pays a fait pour nous.

Propos recueillis à Paris par
Faïssoili Abdou. Source: Alwatwan

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