Interview : Kamar Ezamane Mohamed, ancien ministre et ancien député à l’Assemblée Nationale

EzamaneComores-infos : Bonjour ! Tout d’abord, comment allez-vous ?

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Kamar Ezamane Mohamed : Merci de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer par rapport à certains points de l’actualité du pays. Je saisis cette occasion pour souhaiter à tous les musulmans un bon mois de ramadan.

Comores-infos : Dernièrement, on constate un éloignement de la scène politique de votre part. Qu’en est-il exactement ? Peut-on s’attendre à un retour fracassant ?

K.E.Mohamed : Je suis toujours présent sur la scène politique, je suis sur le terrain. Je côtoie les gens, je m’exprime. Toutefois, je reconnais que les moyens existants pour marquer sa présence, propager et défendre ses idées sont très limités. Les médias dans les mains des pouvoirs publics ne sont pas accessibles à tous, c’est normal qu’on pense que je m’éloigne.

Le pays est dans une dérive, tout le monde doit réfléchir et apporter sa contribution pour le sauver, que chacun dépasse son ego. Un pays dont son unité est toujours fragilisée, sans perspectives de développement, une jeunesse désespérée etc. Devant une situation pareille, je milite pour un rassemblement des forces, constituer un front qui pourra faire face à ce désastre, mettre le pays, je l’espère, sur les rails du développement. Cela nécessite un travail de fond afin de parvenir à répondre aux impératifs des échéances à venir.

Comores-infos : Ces derniers temps, le pays a été secoué par une tentative de coup d’état. Quelles sont vos impressions sur cette affaire ?

K.E.Mohamed : Toute forme de prise de pouvoir par la force est condamnable. Je pensais que très rapidement, les autorités et la justice allaient nous éclairer sur les réelles motivations et les commanditaires de ce coup. Malheureusement, jusqu’ à maintenant, beaucoup de questions restent sans réponses jusqu’ à ce jour. Engager des mercenaires, acheter des armes et le reste pour réussir un tel coup nécessitent de gros moyens financiers. Je me pose la question et je crois que je ne suis pas le seul, qui a intérêt à  déstabiliser et/ou renverser le pouvoir d’Ikililou et qui disposerait de ces gros moyens? Mais aussi, comment moins d’une dizaine de mercenaires comptaient réussir à renverser un pouvoir et défier les milliers de nos militaires et gendarmes (Bob Denard comptait toujours sur le soutien d’une grande partie des hommes de Kandani). On dit que l’opération allait se faire avec des armes que ces mercenaires devaient acquérir aux Comores. Qui sont les vendeurs et où se trouvait le stock? Autant d’interrogations restées sans réponses. Il est inconcevable que nos autorités, notre justice, laissent planer des doutes dans une affaire qui discrédite le pays, menace l’ordre public et nos institutions. Si l’enquête avance, pas à la vitesse à laquelle on pouvait s’attendre.

Comores-infos : Pensez-vous que la justice pourra faire la lumière sur ce dossier ?

K.E.Mohamed : La lumière dans cette affaire de coup d’état, tout le monde l’attend, elle est nécessaire pour permettre au pays de mieux comprendre ce qui allait réellement se passer et mieux tirer les leçons qui s’imposent pour l’avenir.

Comores-infos : Non seulement, il y a cette histoire de tentative de coup d’état, mais aussi le pays a sombré dans la corruption. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

K.E.Mohamed : La corruption a toujours existé dans notre pays, elle prend des proportions très inquiétantes et dangereuses depuis plus d’une dizaine d’années. Le pays devient comme une pyramide sur laquelle on fabrique des milliardaires au sommet, des fonctionnaires avec des salaires de misères au milieu et au pied de la pyramide, un peuple qui se bat pour survivre. Tout est détourné ; des recettes intérieures comme les aides et les dons destinés au pays. L’impunité fait que du sommet de l’Etat, aux cadres des différents départements et des sociétés d’état, jusqu’ aux caissiers, personne n’a peur de détourner tout ce qui tombe dans ses mains. C’est très grave. Le Président Ikililou a mis en place des instruments qu’on pensait utiles pour mettre des bases pour lutter contre ce fléau : la commission de lutte contre la corruption, la cour suprême avec la cour des comptes. La réalité est loin d’être les ambitions affichées par le Chef de l’Etat. « Le Relais qui rassure » est toujours là. Le Président ne peut pas afficher une volonté de combattre la corruption, mettre en place des instruments pour mener ce combat et avoir un pied sur le cheval du « Relais ». Il est bien conscient que ce sont là deux points de vue totalement opposés dans la gestion des affaires de l’Etat. Toutefois, reconnaissons-le, ces instruments contribuent à ce que nous comprenions la profondeur du danger par ses rapports, ce qui devrait faciliter la tâche du Président si réellement il a la volonté. Je crois qu’il ne peut y avoir une politique de développement avec une corruption devenue système et gouvernance.

Comores-infos : Quelle est votre réaction en tant qu’ancien député face à l’action du député ABDOULFATAH SAID à dénoncer les  malversations financières sur dossier des pavillons comoriens ? Pensez-vous que la justice va jouer son rôle ?

K.E.Mohamed : Je salue le courage du député de la circonscription de Moroni Nord. L’Assemblée est une institution qui dispose de prérogatives constitutionnelles. Elle vote des lois mais aussi contrôle l’action du gouvernement. Les faillites des sociétés d’Etat, les contrats qui engagent l’Etat, la gestion de tous les départements, nos élus ont la possibilité de créer des commissions d’enquêtes parlementaires, faire toutes les investigations et prendre les mesures et les dispositions nécessaires. Pour ce qui est des pavillons, ces bateaux qui flottent avec le drapeau comorien, je pense qu’il est inconcevable  de confier à des sociétés étrangères la gestion de notre souveraineté. Il est urgent que de telles pratiques cessent. Me demander si la justice va jouer son rôle, difficile d’être certain, connaissant tous les dossiers de détournements de deniers publics qui traînent dans ses tiroirs et restés sans suite, des dossiers dont notre justice devrait se saisir à partir des rapports faits par la commission de lutte contre la corruption, la cour des comptes ou des révélations justifiées. Je pense que toutes ces affaires devraient réveiller les consciences de nos dirigeants et de notre justice.

Comores-infos : Que retenez-vous des deux ans d’Ikililou passés au pouvoir ?

K.E.Mohamed Ce que je dirai des deux ans de pouvoir du Président Ikililou, s’il a affiché de bonnes ambitions dès le début de son mandat, les pratiques durant ses deux années de gestion sont loin de rassurer les Comoriens et nos partenaires.

Comores-infos : Les membres du gouvernement actuel sont pointés du doigt. On parle même d’un ministre désavoué. Quelles conclusions tirez-vous de cette lutte proclamée contre la corruption depuis le début du mandat d’Ikililou ?

K.E.Mohamed : Oui, un ministre a démissionné, mais ce n’est pas suffisant pour prouver que le pays est sur la bonne voie. Tant qu’il y a des gens qui se croient au-dessus de la loi, tant qu’il y a cette confusion de considérer la chose publique comme un bien privé, tant qu’il n y a pas de vraies sanctions aux auteurs de ces actes, on ne peut rien espérer.

Comores-infos : L’actualité aussi, c’est le crash de Yemenia et depuis lors, le rapport sur l’enquête a été publié mais les familles des victimes et Yémenia protestent contre ce rapport. Que pensez-vous des conclusions de l’enquête ?

K.E.Mohamed : Concernant le crash de Yemenia qui a coûté la vie à plus de 150 Comoriens, c’est normal que les familles des victimes, que tous les Comoriens soient indignés par ce rapport. Je dois rappeler qu’on s’attendait à ce que ce dossier soit bâclé dès lors que nos autorités de l’époque de ce crash affichaient par leurs déclarations une volonté de protéger les intérêts de la compagnie Yemenia. Ils ont réellement négligé qu’ils devraient apporter aux familles des victimes.

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