Italie : la primaire à gauche lance la campagne législative

C’est parti. L’ouverture à 8 heures pétantes ce dimanche des quelque 9 000 bureaux de votes du Parti Démocrate (PD, gauche) distribués à travers l’Italie marque les trois coups de la campagne électorale italienne qui désignera en mars ou en avril 2013 le successeur de Mario Monti à la présidence du conseil. C’est aussi, au passage, l’ouverture officielle de ce blog qui cherchera à suivre au plus près les aléas de cette compétition. Pour l’instant il n’a pas de titre. On verra bien. « L’Italie à quitte ou double » ? Pourquoi pas si on garde à l’esprit que Mario Monti pourrait bien se succéder à lui même pour mieux pérenniser la rigueur comme une père fouettard qui ne voudrait pas lâcher la bride trop tôt à ses enfants turbulents. On aura le temps d’en reparler.

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Pour aujourd’hui ce sont les sympathisants de la gauche qui s’y collent. On attend entre 2,5 et 3,5 millions de sympathisants de gauche pour élire leur chef de file pour le scrutin du printemps. 100 000 volontaires sont prêts à les accueillir dans les bureaux de votes. Il suffit d’avoir 18 ans, de se munir d’une pièce d’identité et d’une carte d’électeur, de s’inscrire sur un registre, de signer une déclaration de principe en faveur « des valeurs de la gauche » et de payer deux euros. L’attente risque d’être longue avant de déposer son bulletin dans l’urne même si 1,5 million d’électeurs se sont pré-enregistrés sur Internet. Un deuxième tour aura lieu le 2 décembre dans le cas (assez probable) où aucun prétendant ne dépasserait les 50 % des suffrages exprimés.

Cinq candidats se présentent. Secrétaire général du PD, 61 ans, Pierluigi Bersani, incarne la synthèse entre l’ancien Parti communiste italien (PCI), où il a été formé, et l’économie de marché à laquelle il s’est converti en conduisant comme ministre une vague de privatisations. Son cadet Matteo Renzi, 37 ans, maire de Florence, a découvert la politique au côté de l’ancien président du conseil Romano Prodi, et ne jure que par Barack Obama. Le troisième homme, Nichi Vendola, secrétaire général du petit parti Gauche Ecologie et Liberté (Sinistra, ecologia e libertà, SEL), ex-apparatchik du PCI, catholique fervent et homosexuel déclaré, truffe ses discours de références à Karl Marx et aux Evangiles. Deux autres candidats, Bruno Tabacci, issu des rangs de la démocratie-chrétienne, et Laura Puppato, une élue locale de sensibilité écologiste, complètent le tableau.

Si ce scrutin passionne l’Italie, c’est pour trois raisons (au moins).

  1. Le casting permet la représentation de chacune des sensibilités du centre gauche. Chaque personnage est immédiatement identifiable . Pour faire la promotion de ce scrutin le PD a détourné l’affiche du film Les quatre fantastiquesoù les candidats sont représentés dans des habits de super-héros de Marvel. C’est pas forcément du meilleur goût mais cela souligne « la dimension marketing » de ce scrutin.

    l’affiche du PD pour les primaires

  2. Une partie des Italiens se lasse du consensus systématique, auquel participe d’ailleurs le Parti démocrate, apporté à Mario Monti et à sa cure d’austérité.  La nomination du « Professeur » en novembre 2011 les a frustrés d’un vrai débat politique.
  3. Les médias qui n’avaient rien à se mettre sous la dent entre la chronique de la rigueur (pas toujours fun) et celle du berlusconisme finissant (pas toujours ragoutante) ont ouvert grand leur pagination à la préparation de cette consultation et au face à face, idéologique mais surtout générationnel,  entre les deux favoris des sondages, Pierluigi Bersani et Matteo Renzi. Le vieux contre le jeune. L’ancien contre le nouveau. Valeur sûre contre valeur montante. Goliath contre David …

Samedi 24 novembre la quotidien La Repubblica a publié deux pages face à face. Dans la première, l’écrivain Alessandro Baricco s’engage pour Matteo Renzi un homme « qui n’a pas gravi les marches du parti mais qu’il a défié », tandis que l’intellectuel Adriano Sofri prend le parti de Pierluigi Bersani, un homme « allergique à la démagogie ». Dans le même registre La Stampa, le quotidien de Turin, a recensé les soutiens des uns et des autres chez les intellos et les artistes. Le musicien Ennio Morricone, les réalisateurs Paolo et Vittorio Taviani, l’actrice Stefania Sandrelli soutiennent la « vieille gauche » de Bersani ; le chanteur Lorenzo Jovanotti, , les entrepreneurs de la mode Giorgio Armani, Renzo Rosso et Brunello Cucinelli, l’entraîneur de l’équipe de foot italienne Cesare Prandelli se rangent, eux, du côté de « la révélation » Renzi.

Tout cela participe d’un engouement à la fois populaire et « people »,  médiatique et militant. mais on arrête là. Cela pourrait faire de la peine aux organisateurs et aux candidats de la piteuse primaire de l’UMP…

 Philippe Ridet




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