« je ferais condamner les Comores pour détention inhumaine… »

Affaire Amine Halawi Pierre-Olivier Sur demande la mise en liberté de son client.

Condamné à trois ans de prison depuis, le samedi 14 octobre 2017, Amine Halawi, ancien directeur général de la Banque fédérale de commerce a reçu la visite, mardi 13 février dernier, de son avocat Pierre-Olivier Sur. Ce dernier, déplore depuis, les conditions « inhumaines » de la maison d’arrêt de Moroni et promet de « faire condamner les Comores pour détention inhumaine ». Il appelle par ailleurs la justice à « reconsidérer son jugement ».

L’ex-directeur de la Banque fédérale de commerce (Bfc), Amine Halawi, poursuivi par son employeur pour blanchiment d’argent, a été condamné, samedi 14 octobre 2017, à trois ans d’emprisonnement, dont un an ferme, assorti d’une peine pécuniaire de 492 millions de francs comoriens.

Il est détenu, depuis quatre mois, à la maison d’arrêt de Moroni. Hier mercredi, son nouvel avocat, l’ancien bâtonnier de l’ordre des avocats à la cour de Paris, Pierre-Olivier Sur, accompagné des Me Djamal Eldine Bacar et Hadji Chaabani, a convié la presse à une mise point au Golden Tulip.

L’ancien bâtonnier allègue avoir quitté l’affaire du testament opposant Laura Smet, la fille de Johnny Halliday, à Laetitia Halliday, l’épouse de ce dernier, pour s’”occuper d’un homme en prison, plutôt que d’une star et l’héritage de son père”.

Il explique ce choix par la déontologie du métier, qui donne la primauté à la liberté et aux droits humains. Il s’est étalé, d’abord, sur un sujet qu’il estime aller au-delà de l’affaire de son client, soit l’état de la maison d’arrêt de Moroni.

Notre client, Amine Halawi, est actuellement en prison. Cela vous le savez. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que les conditions d’incarcération ici à Moroni aux Comores sont dures, je dirais même qu’elles sont très dures, et je dirais plus encore qu’elles sont insupportables, avance-t-il.

Le bâtonnier, après avoir rendu visite à son client à la prison, mardi 13 février, dans le cadre du parloir avocat, se dit “absolument scandalisé par l’état de délabrement des bâtiments, l’horreur de l’absence absolue d’hygiène”. Pierre-Olivier Sur laisse entendre que dans sa carrière d’avocat, il n’a jamais été confronté à des “conditions de détention aussi épouvantables”.

Il évoque des prisonniers entassés par dizaines dans les cellules, dormant sur des “matelas absolument infectes et nauséabonds” étalés par terre, enveloppés d’une “odeur putride” due à la restriction de l’accès aux toilettes, les prisonniers devant faire leurs besoins dans des seaux. Des conditions qu’il compare à celles des camps de la mort S21 des Khmers rouges au Cambodge dont, précise-t-il, les administrateurs ont été poursuivis pour crime contre l’humanité.

Le bâtonnier affirme avoir attiré, des hier, l’attention de l’ambassade de France sur la question, et n’exclut pas de saisir les organismes internationaux dès son retour à Paris, notamment l’Organisation des Nations-unies et la Commission africaine des droits de l’homme.

J’ai fait condamner le Sénégal pour détention arbitraire, et je ferais condamner les Comores pour détention inhumaine, lance-t-il,

assurant être, là-dessus, “sûr de gagner”. Pierre-Olivier Sur est ensuite revenu sur l’affaire opposant son client à la Bfc. Rappelons qu’il est reproché à Amine Halawi d’avoir ouvert, à l’insu de la Banque centrale des Comores, quatre comptes bancaires à la Bfc au nom des étrangers résidant hors des Comores et d’y avoir fait transiter notamment une somme d’environ 1,72 millions d’euros.

On ne peut, selon le bâtonnier, parler de blanchiment car l’ancien directeur de la Bfc n’a fait qu’”exécuter les ordres écrites de son patron, propriétaire d’honneur de la banque”. Il considère la détention de son client “choquante” et “inadmissible”.

Le bâtonnier appelle la justice à “reconsidérer son jugement” estimant que “cette affaire a été jugée vite” à la manière d’une affaire de “vol à la sauvette (sic)”. Il fallait, dit-il, faire une instruction pénale.

Il va ainsi saisir le deuxième degré de juridiction pour qu’il “prenne de la distance et redonne de la mesure et toute sa signification non pas à la présomption d’innocence, mais ici à l’absence de preuves”. Sur cela, affirme-t-il, reposera sa plaidoirie. Une audience est prévue samedi prochain sur la demande de mise en liberté d’Amine Halawi, c’est ce qui serait ressorti de sa rencontre, hier matin, avec le président de la cour et le procureur de la République.

Et c’est dans cette audience qu’il va “placer respectueusement la justice des Comores et les institutions comoriennes devant leurs responsabilités parce qu’ils doivent appliquer la règle de droit, et que dans la règle de droit, il y a leur serment de magistrat qui est aussi un serment d’humanité”.

Dayar Salim Darkaoui /Alwatwan

Titre modifié

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