La petite fille était affamée et battue par deux Comoriens

Zouboudou et Assiati, deux Comoriens, ont tout l’air de gens très ordinaires, voire banals. Lui est carreleur, elle mère au foyer. Un Monsieur et une Mme Tout-le-Monde, à un détail près. Ils ne sont pas vraiment des parents comme tout le monde. Lorsqu’ils quittent leur pays pour venir s’installer en France, leur fille Tania a 2 ans. Elle restera chez sa grand-mère à Mayotte, le temps pour les parents de trouver un logement. La petite voyagera un peu plus tard, pour rejoindre ses parents et entamer sa scolarité en maternelle, en 2004. Elle effectuera toute sa scolarité à Tarbes et entrera en 6e au collège de Lannemezan. C’est au cours de cette rentrée, en 2014, que l’établissement fait un signalement : la petite a volé un peu d’argent à l’un de ses professeurs. Elle est convoquée et elle explique qu’elle voulait s’acheter à manger. On remarque alors qu’elle présente de nombreuses marques sur les jambes et, plus curieux, après enquête auprès de la cantine, qu’elle se jette littéralement sur la nourriture.

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Les parents sont eux aussi convoqués et ce qu’on va découvrir est assez stupéfiant. Depuis plusieurs mois, la gamine est enfermée dans une sorte de réduit, dans le noir, volets et fenêtre fermés par du fil de fer, porte verrouillée. Quatre fois par semaine, elle est privée de dîner, bouclée dans ce qui lui sert de chambre pendant que ses parents, eux, dînent devant la télé. Quand elle rentre de l’école, pas de goûter non plus. Régulièrement, elle est battue avec un «shengoué», un fouet comorien, fait de branchages fins. À la barre, les parents semblent tomber des nues : «Mais je travaille justement pour qu’elle ait à manger et qu’elle ait la force de travailler à l’école». Stupeur de la présidente : «Et les coups de shengoué ?», demande-t-elle. «C’est juste quand elle est punie. C’est comme ça aux Comores, les enfants reçoivent le shengoué. Je sais qu’en France, c’est pas pareil. Et puis, c’est elle qui ne voulait pas manger, elle n’aime que ce qu’il y a à la cantine. Nous, on mange le traditionnel : du riz, du manioc, des bananes, du poisson. Elle aime pas ça. Alors, elle mange pas. On la punit parce qu’elle veut s’échapper.» En fait d’évasion, c’est que la petite avait réussi un soir à dénouer le fil de fer pour pouvoir respirer un peu par la fenêtre et voir le jour. Et si le shengoué, le fouet paternel, ne suffit pas, il y a le bâton manié par maman. Et la mère ne retient pas beaucoup ses coups non plus. Quand elle est fouettée par le père, l’enfant pleure, alors madame se réfugie dans la cuisine, pour n’avoir pas à entendre les supplications de sa fille : «Non, c’est pas vrai ça !, se défend-elle. C’est mal transcrit, c’est tout.» Ben voyons. Et comme un seul homme, les deux parents vont lâcher le mot magique : culture. «Chez nous, c’est comme ça qu’on fait ! C’est notre culture.» La présidente sursaute : «On affame les enfants chez vous ?» «Mais non, elle était pas affamée…» «Ah bon ? Pourquoi a-t-elle volé un professeur ? Pourquoi se gave-t-elle à la cantine ? Pourquoi enfourne-t-elle du pain dans ses poches ? Aucun enfant ne fait ça, sauf s’il a faim. Il n’y a aucune culture au monde qui affame les enfants.» Depuis cette rentrée, la petite a été placée en foyer et ne veut surtout pas en sortir : «Si vous aviez traité votre enfant normalement, elle voudrait vous retrouver. Même certains enfants battus gardent le lien avec leurs parents et souhaitent les retrouver. Pas votre fille. C’est dans votre culture aussi de vous désintéresser complètement de votre enfant depuis qu’elle est placée ?», relève la magistrate. Partie civile et procureure sont atterrées : «Ce dossier donne la nausée, dira Me Toujas. J’entends bien qu’il puisse y avoir une exception culturelle. Mais que vaut l’exception culturelle quand on bafoue les droits les plus élémentaires de son enfant ? Même les animaux protègent leurs petits et les nourrissent. La question de la déchéance parentale se pose.» La procureur Trébuchet va dire elle aussi sont écœurement : «Quand tant de faits sont cumulés, ça devient insupportable. On ne peut pas accepter cette explication d’exception culturelle. Ces deux-là mentent sans arrêt. Cette enfant a été tellement maltraitée qu’elle ne veut plus quitter son foyer, plus revoir ses parents. C’est rarissime».

Les parents indignes n’ayant aucun casier, ils ont été condamnés à 12 mois de prison avec sursis et devront payer 1.500 € de dommages et intérêts au conseil départemental, administrateur ad hoc.

Hélène Dubarry /ladepeche.fr

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