La population mahoraise n’existe pas pour la France métropolitaine

Nous sommes au second tour des élections législatives. A priori, la République en Marche est bien partie pour avoir une écrasante majorité, portée par un jeune et sémillant président de la république, avec un parcours presque sans faute. Presque ? Et si on reparlait de la polémique des kwassas kwassas… Cette polémique qui n’a pas déclenché de tollé, malgré la triste réalité qui se cache derrière…

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C’est quoi le plus choquant dans cette histoire, un dérapage supplémentaire d’un être humain? D’un homme politique, certes, d’un président aussi ? Mais qu’est ce qui se cache derrière tout ça? Est ce qu’on a parlé de tout? Oui? Vraiment? On a entendu Madame Macron excuser son mari, déclarer que personne n’est parfait… Mais on a pas entendu parler de ce qui devait vraiment nous révolter, ce qui devrait faire le buzz, nous interpeller, nous choquer. On a pas entendu parler de ces hommes, ces femmes, ces enfants, qui fuient les conditions de vie que leur offre leur pays, leur gouvernement.
 On a pas entendu parler de ces femmes qui abandonnent les enfants qu’elles ont déjà pour essayer d’offrir une vie meilleure à l’enfant qu’elles portent, on a pas entendu parler de ces parents qui préfèrent abandonner leur enfant à un sort inconnu, un destin inconnu, loin d’eux, de leur amour, leur tendresse et de tout ce que n’importe quel parent aimerait offrir à ses enfants, par le simple souhait de leur offrir une vie meilleure…. On a pas entendu parler de cet homme qui vends tous ce qu’il possède, qui abandonne son pays, ses amis, sa famille…dans le seul espoir d’être soigné une fois arrivé à Mayotte, en prenant le risque de ne jamais y arriver. On a pas entendu parler de la détresse des soignants, qui formés pour la plupart en métropole, se retrouvent devant une misère qu’ils ne connaissent pas, démunis de tout moyens financiers, matériels, humains pour répondre aux besoins toujours plus importants, devant une population toujours plus importante aux besoins exponentiels. Ces soignants sont face à des maladies oubliées de l’autre côté de l’Afrique, qu’ils n’ont jamais soignées, jamais même vu. La leptospirose, le tétanos et la tuberculose existent encore dans un département français ! Pourtant le CHM est une vraie usine, un patient qui sort c’est bien souvent deux qui rentrent, certains services rajoutent des lits entre les 2 existants, les chambres simples deviennent doubles, les doubles, triples…ou plus si besoin! Les patients les plus solides sont évacués vers La Réunion, ou la métropole….Le système de santé a Mayotte fait ce qu’il peut, avec les moyens qu’on lui donne, un turn over incessant de professionnels rapidement essoufflés par la charge de travail, tant est si bien que l’ONG Médecins du monde est obligée de multiplier les actions pour palier à cette faiblesse du système. Vous imaginez vous Médecins du monde intervenir à Paris ou au Touquet? Alors est ce qu’on doit comprendre qu’il y a une hiérarchie dans les départements français? Le centre hospitalier de Mamoudzou est la plus grande maternité d’Europe avec plus de 9000 naissances en 2016. En 2010, 11% des naissances vivantes à Mayotte étaient prématurés contre 6,6% en métropole. Les femmes venues en kwassa kwassa accouchées sur Mayotte pour espérer bénéficier de soins, et surtout offrir une vie meilleure à l’enfant qu’elle porte, ont peur. Après avoir risqué leur vie en traversant l’océan Indien pour donner vie à Mayotte, elles se cachent, l’angoisse toujours plus envahissante jour après jour de devoir reprendre le bateau dans l’autre sens…Alors ce sont des grossesses peu suivies, vécues dans des conditions insalubres. Parce qu’au milieu des villes, des villages, la population se masse dans des bidonvilles appelés bangas, loin du confort qu’on connaît. Bien loin de nos préoccupation quotidiennes des courses au supermarché ou du prix des pains au chocolat de nos hommes politiques. Ces gens se demandent comment se nourrir, comment avoir de l’eau, dans ces habitations précaires. Une fois ces patients soignés c’est dans ces conditions qu’ils retournent vivre, loin, bien loin des notions d’hygiène qui nous semblent indispensables. A côté de tout ça, de tout ces échappements au devoir régalien de l’Etat qu’est celui de prendre soin de sa population, il y a des associations qui se battent pour défendre les droits des habitants de Mayotte, qu’ils soient mahorais, comoriens, ou français métropolitains. Des associations qui passent plus de temps à se battre avec les démarches administratives, encore plus lentes sur cette île que dans le reste de la France, que d’apporter de l’aide aux citoyens français que sont les mahorais. 

Je vais parler de l’association que je connais, puisque j’en suis la fondatrice. L’association PréMayotte, est une association loi 1901 que j’ai monté suite à la naissance prématurée de mes enfants en octobre 2015. En effet lors de leur prise en charge au sein du service de néonatalogie du CHM, j’ai passé 71 jours à leurs côtés, 71 jours pour évaluer de très près le manque de moyens fournis à ces services… Afin de palier à ce manque, nous organisons des collectes pour apporter au sein du service le matériel nécessaire à la prise en charge de ces enfants : body, pyjama, sorties de bains, produits pour le bain. Oui, vous avez bien lu. Nous n’apportons pas des médicaments rares ou des équipements chirurgicaux étranges, mais de simples produits de base que n’importe quelle maman vivant en métropole achète en bas de chez elle ! 

Des ateliers coutures nous permettent de créer des caches-couveuses, et des blouses pour les bébés les plus petits ainsi que ceux porteurs d’un cathéter veineux ombilical. Depuis la déclaration officielle à la préfecture en septembre 2016 nous avons pu envoyer plus de 60kg de bodys, pyjamas, sorties de bains, produits d’hygiène adaptés aux bébés, draps, cache-couveuse etc tout ça grâce à la générosité d’un certains nombres de citoyens concernés par la souffrance de leurs concitoyens. Peut-être moins riches mais plus engagés que l’Etat…Mais et maintenant? Comment on fait pour pérenniser nos actions ? Pour aider ces femmes, ces enfants qui arrivent déjà avec tellement de problèmes ? Comment on fait pour apporter des solutions aux problèmes des soignants déjà débordés par la charge de travail, qui ont tellement mieux à faire que de gérer des problèmes logistiques ? Comment on fait quand les élus attendent les élections, et ne prennent plus aucune décisions de subventions depuis fin décembre ? Comment on vit quand chaque envois par la Poste coûte plus de 100€, quand les envois par fret sont en plus taxés par la douane ? Comment on avance nous? Comment on aide cette population oubliée par les pouvoirs publics qui prennent leur décision à des milliers de kilomètres? Alors c’est sure, le dérapage de Macron méritait d’être relevé, mais est ce qu’on serait pas passé à côté du vrai problème? Et si on s’indignait pour les vraies raisons. Et si on profitait de ce buzz pour faire avancer les choses? 

La population mahoraise n’existe pas pour la France métropolitaine. Ce département n’est même pas visible dans les rapports sur l’imposition que nous avons pu trouver. Et pourtant, ils paient des impôts, comme n’importe quel citoyen en france métropolitaine. Ils subissent la même pression fiscale que tous les candidats aux élections dénoncent. Avec un léger bémol… Très peu leur ai redistribué trop peu. Les soignants luttent avec ce qu’ils ont dans le milieu hospitalier. Mais ils n’ont que très peu de choses. Trop peu pour exercer sereinement et efficacement. Ils sont médecins, infirmiers, aides soignants français, travaillant en France avec des moyens dignes d’un pays du tiers monde. Quelques associations, dont la nôtre, essaient de leur venir en aide. Comme nous pouvons. Sans les moyens de l’état… 

M. Macron, vous qui voulez que les Français retrouvent confiance en leurs hommes politiques, que pensez vous de les mettre tous sur le même rang? Et de ne pas juste évoquer Mayotte au détour d’un « bon mot ». Puisque vous connaissez le problème, vous pourriez peut-être nous aider à le résoudre ?
Anne-Sophie T.

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