La question se pose, en cette période pré-électorale quant à la probité des hommes et des femmes composant la CENI

Contribution: Comme tout vendredi, ci-dessous ma Chronique parue aujourd’hui dans Al-Fajr.
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« A l’origine de l’enquête, un rapport accablant de la Cour des comptes faisant état de 153 millions de francs comoriens, soit 306 000 euros, intraçables dans la trésorerie de la CENI après les élections législatives de 2015. Néanmoins, la même équipe controversée est restée en place pour assurer les élections présidentielles de 2016 ». RFI, 10 octobre 2016.

CENI : indépendance et probité.
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Des débuts solennels, emplis de profondeur. D’amour. « Je jure devant Allah, le clément et très miséricordieux de, fidèlement, honnêtement, et sans partialité, remplir ma mission pour assurer, conformément à la Constitution, le respect de l’expression du choix libre des électeurs comoriens ».
Tel est le serment, que le docteur Djaza et ses collègues ont prêté, devant Allah et les membres de la cour constitutionnelle. À cela, on ajoute l’article 42 du code électoral. Limpide. Ne laissant aucune place au doute. On obtient une CENI, digne, rassurant et fiable. Les membres qui la composent, sont choisis pour leur probité et leur moralité, entre autres choses…
Ou plutôt disons que les membres qui la composent auraient dû être choisis de cette manière. Mais tout a fonctionné et continue de fonctionner à contresens avec l’équipe actuelle. La probité et la moralité qui devait caractériser leurs parcours personnels et professionnels, sont au mieux un vœu pieux. Et la dégringolade n’est pas près de s’arrêter.

Il faut remonter le temps pour cerner le problème. En effet, suite au rapport de la Cour des comptes sur l’organisation des élections harmonisées de 2015, le président a été placé en détention provisoire avec son secrétaire général et deux de ses commissaires, par le juge en charge de l’affaire parce qu’incapables de justifier les dépenses pourtant faramineuses de l’honorable institution. Mieux encore. « Des factures providentielles » ont été produites après l’audit, par le président de la Ceni, pourtant la Cour des comptes n’a publié aucun « rapport rectificatif ».

La question se pose, en cette période pré-électorale quant à la probité des hommes et des femmes composant la CENI et sa capacité à remplir son travail en adéquation avec le code électoral, c’est à dire, de manière probante.
Il s’agit quand même d’une instance et il convient de le rappeler où deux de ses commissaires, ont signé une missive incendiaire, demandant la démission du président, accusé de détournement par la Cour des comptes. Commission électorale qui s’est fait rappeler à l’ordre par cette même cour, à multiples reprises ; la sommant de justifier l’utilisation de l’argent du contribuable.
Selon le journal d’Etat Al-watwan (article paru sur le site le 14/09/2017), 501 millions en 2015 et 400 millions de francs en 2016 ont été utilisés sans qu’aucun justificatif ne soit envoyé à la Cour des comptes. Il ne s’agit pas ici d’accuser. Mais force est de constater que ces dépenses non justifiées laissent planer un gros doute.

Et de se poser une deuxième question relative à la capacité des membres de l’institution à organiser les prochaines élections avec probité.
Comment, Said Mzé Dafiné, actuel secrétaire général de la Ceni, peut soutenir encore farouchement le président Djaza, oubliant par magie, la bataille judiciaire qui les a opposées, après une suspension injustifiée et annulée par la cour constitutionnelle.

Servir honnêtement… Telle est une partie du serment prononcé par les membres de la commission. Qu’en plus des malversations citées plus haut, nous nous garderons d’évoquer les 400 millions de francs attribués pour l’organisation du dernier référendum et dont seulement ¼ présenteraient des pièces comptables.

La situation qui prévaut à la Ceni est surprenante. Le gouvernement, qui jusqu’ici s’est employé à faire disparaître toutes les structures, qui selon lui dysfonctionnait, est resté muet quant « aux dysfonctionnements » de la vénérable Ceni. Soit le président de la république fait confiance à celui que l’opinion publique a surnommé M 104 %, soit il attend le bon moment pour lui mettre la pression.

Ce qui ne serait pas une première. Et en plus, figurez-vous qu’il Il y a aussi ces rapports annuels d’activité, dont parle le code électoral en son article 55. Ceux-ci doivent être disponibles sur le site du gouvernement, 14 jours après leur remise aux autorités. Ni celui de 2016 ni celui de 2017 ne s’y trouvent. La 3eme question est de savoir pourquoi. Ou le gouvernement préfère les garder « chaudement » pour les sortir au moment le plus opportun ? Dans les deux cas de figure, cela ne présage rien de bon pour la république. Et la probité des membres de la Ceni.

Il se pose ainsi une 4eme question et elle est relative l’indépendance de l’organe. Les toutes dernières nouvelles ne sont franchement pas bonnes.

L’article 56 du code électoral est clair, seule la décision de la majorité de ses membres, permet à la CENI de relever de ses fonctions, un membre du bureau. La suspension de la coordinatrice du matériel à la CENI par le ministre de l’Intérieur est en contradiction totale avec la loi électorale. Le ministre s’immisce dans le fonctionnement de l’organe et lui enlève de fait, toute son indépendance. Et aussi flagrant que cela puisse nous paraître, aucun membre de la CENI, n’a osé s’opposer ( du moins publiquement) à cette décision. Avalisant par voie de fait, leur mise sous tutelle par le ministre de l’Intérieur.

Les citoyens comoriens épris de démocratie ne peuvent rester les bras ballants. Les urnes en 2019 doivent parler vrai. Il nous appartient de nous assurer que cette fois, seul le peuple vaincra. Point de 3ème tour ni de 104 %. Idriss Mohamed disait dans la gazette des Comores qu’il fallait « faire échec à Azali en 2019 ». Cela commence par demander une recomposition des membres de la CENI. Ces derniers sont embourbés dans tellement d’affaires que l’on peut, sans crainte de se tromper, douter de leur probité. Ces commissaires incapables de dire à un ministre qu’il dépasse ses prérogatives et qu’il empiète sur leur plate-bande, ne peuvent plus assurer un scrutin juste et impartial. Il est impensable de vouloir participer à un scrutin aussi important pour l’avenir de notre nation, avec un arbitre empêtré jusqu’au cou dans des malversations et autres manipulations des résultats sortis des urnes. C’est peut-être par là, par la Ceni, que le combat de 2019 doit commencer.
Soyons intègres, soyons citoyens, soyons Comoriens, et le meilleur suivra.

Khaled SIMBA

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