La terreur s’abat sur Anjouan

Plusieurs arrestations dans les rangs du Juwa à Anjouan. A trois jours de la tenue du référendum constitutionnel prévu le 30 juillet prochain, le régime Azali semble décidé à frapper dans le cœur du Juwa, parti de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi injustement mis en résidence surveillé depuis plus de deux mois maintenant. Selon des informations en provenance d’Anjouan plusieurs membres de cette première formation politique de l’opposition ont été interpellés ce jeudi à Mutsamudu.Parmi ceux-ci, figure Mahamoud Elarif, coordinateur du parti au niveau d’Anjouan, qui était déjà interpelé le mois de mai dernier. Ce membre influent du Juwa qui était arrêté avec deux autres membres du parti, sera libéré après avoir purgé une peine de 15 jours à la maison d’arrêt de Koki. Ces arrestations incessantes dans les rangs de l’opposition s’apparentent à une volonté manifeste du président Azali de mettre en quarantaine ses opposants afin de pouvoir passer sans encombre son projet de constitution vivement contesté.

Dans son livre « La paille et le grain » paru en 1975 aux éditions Flammarion, François Mitterrand disait d’Ahmed Abdallah, alors chef du gouvernement, qu’il « contrôlait les urnes et ce qu’on met dedans ». Une façon de décrire l’influence prépondérante qu’avait alors le leader du parti vert sur les élections aux Comores. Ce fut le cas avant l’indépendance de l’archipel mais aussi durant son règne sans partage de presque douze ans (1978-1989). Cela correspondait peut-être au contexte historique de l’époque où les régimes dictatoriaux fourmillaient sur le continent africain. Ces régimes despotiques seront tous balayés au début des années 1990 avec la chute du mur de Berlin et l’avènement de la démocratie. Chez nous aux Comores, cette période se traduira par le départ des mercenaires et l’instauration de la démocratie à l’arrivée au pouvoir de Saïd Mohamed Djohar.

Seulement, voilà qu’en 2018, le président Azali élu démocratiquement cherche à nous faire revenir en arrière en voulant coûte que coûte imposer sa loi et en réduisant les libertés individuelles à la portion congrue. Après avoir tout mis en œuvre pour s’assurer un solide contrôle de tous les organes en charge des élections, Azali Assoumani décide de lancer un projet de révision constitutionnel qui porte la marque du putschiste qu’il fut en 1999. Un projet de constitution qui vise à renforcer nettement les compétences du chef de l’Etat démontrant ainsi clairement les ambitions de cet ancien chef de l’armée de vouloir s’éterniser au pouvoir. Tellement assuré de son fait, il promet à qui veut l’entendre qu’il va « mettre en jeu son mandat » après l’adoption du référendum en convoquant des élections présidentielles dès 2019. A ce stade, on se demande à partir de quel moment cet ancien putschiste, que l’on croyait repenti, a glissé dans cette folie de vouloir s’éterniser au pouvoir. Qu’est ce qui a pu se passer dans sa tête pour qu’il décide soudain de saborder son propre mandat présidentiel en multipliant les actes et décisions anticonstitutionnels susceptibles de provoquer de graves troubles dans le pays ? Et surtout, jusqu’où compte-t-il aller?

Après s’être approprié le projet des Assises Nationales qu’il transforma en un forum partisan, le président Azali s’apprête à imposer ses vues à travers un référendum très contesté au sein de l’opinion. Un rendez vous électoral sur fond d’intimidations de toutes sortes exercés à l’encontre de l’opposition politique. Une entreprise menée conjointement par les forces de l’ordre et la justice qui, au lieu de défendre les fondements de la démocratie, se sont laissés entrainer dans des pratiques aux antipodes de leurs missions édictées par la loi. Une violence institutionnelle et physique s’abat sur tous ceux qui osent émettre des idées contraires à ceux du maitre de Beit-Salam.On a vu les mesures prises par le pouvoir contre le Vice-Président Djaffar au lendemain de fracassante déclaration indiquant son profond désaccord avec la politique violente du président Azali. Nous sommes témoins des gardes à vue dans des conditions avilissantes infligés aux leaders de l’opposition dont leur seul tort est d’avoir organisé des manifestations. Moustoifa Saïd Cheikh, Mahamoud Waadane, Ahmed barwane ou Razida, pour ne citer qu’eux, ont fait les frais de cette politique dictatorial du régime en place. L’ancien député Mhoumadi Sidi croupit en prison depuis plus d’un mois pour un prétexte fallacieux. Des intimidations expressément faites pour que les manifestants soient envahis du sentiment de mettre en jeu leur intégrité physique au moment où ils s’apprêtent à exercer leurs droits politiques fondamentaux. Le régime s’attache ainsi à terroriser ses citoyens. Le convoi il y a quelques jours d’une centaines d’éléments de l’armée nationale dans l’île d’Anjouan s’inscrit clairement dans cette logique du régime Azali de vouloir imposer la terreur au sein de la population de cette île où le gouverneur Abdou Salami Abdou s’oppose farouchement aux visées de l’hôte de Beit-Salam. C’est dans ce contexte que dans une vidéo qui circule depuis cet après midi sur la toile le Chef de l’Etat annonce, dans des propos à peine voilés, une éventuelle interpellation du gouverneur de l’île d’Anjouan cité depuis une semaine par les proches du régime comme ayant tenu des « propos susceptibles de pousser à la violence » et l’accusant d’être derrière la tentative d’assassinat du Vice-président Moustadroine Abdou. « Vous qui avez menacé de verser le sang, vous êtes responsables de ce qui est arrivé à mon fils Moustadrane Abdou en attendant que la justice vous déclare coupables. Donc, attendez-vous à être interpellés pour vous expliquer devant la justice », a-t-il déclaré. Une curieuse conception de la justice. Le colonel nous indique ainsi clairement que tous ceux qui sont interpellés seront inévitablement déclarés coupables par la justice. Ces pratiques d’un autre âge sont, malheureusement, soutenues mordicus par des hommes politiques et des intellectuels aptes à toutes les compromissions possibles, y compris celle de mettre leurs pensées à l’encan pour pouvoir ainsi s’assurer la reconnaissance des maîtres du moment.

Faissoili Abdou

5 commentaires sur La terreur s’abat sur Anjouan

  1. on en a vu Ahmed Abdallah,Saddam Hussein,Kadhafi,Gbagbo,Charles Taylor,Kabila,Mougabet, Ben Ali et j’en passe.
    où sont-ils ?
    Bientôt Azali fera partie de cette liste inchaallah.
    l’acharnement de ce président contre les anjouanais et l’opposition marquera l’histoire de ce pays.
    Qui vivra verra.

  2. J’ai honte d’être Comorien mais, le Prophète (s) n’avait pas eu honte d’être Mecquois lors de la terreur des Quourayshites. Toutefois, je ne désespère pas de la Miséricorde d’Allah pour les innocents Comoriens victime de l’injustice de tout bord…Un conseil de rappel à Sambi: « n’oublie pas de multiplier les prièrees surrérogatoires qui sont beaucoup plus puissantes que les armes d’Azali et de ce fait , Allah t’ouvrira les portes de sa Miséricorde »…
    Enfin, mes compatriotes Anjouanais: « Qu’Allah guident ceux qui sont dans la Vérité »!!!

  3. Auparavant ,on avait pas encore annoncé » le pétrole c’était pire , maintenant que le pétrole est certifié
    nous nous attendons à un régime sanguinaire et HITLERIÈNE .
    Vive l’ union des Comores libre et indépendant .

  4. Je plains les anjouanais qui vont perdre beaucoup dans l’affaire ! Oui, un petit nombre d’élus et de responsables anjouanais ont fait le pari de soutenir azali et son régime. Ils doivent comprendre que la tournante est finie et qu’ils ne gouverneront pas de sitôt ce pays. Qu’ils aillent donc léger les bottes d’Azali et autres grands comoriens.

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