L’Afrique à la recherche du nouvel Einstein

Cela peut paraître étonnant de discuter mathématiques et recherche entre scientifiques et entrepreneurs, chercheurs et patrons. Au Cap, où se déroule l’édition africaine du Forum économique mondial, nul n’est surpris de ce « cocktail scientifique ». Dans un grand hôtel de ce bout du monde, jeudi 4 juin à l’aube, les mathématiques, subitement attrayantes, pénètrent au cœur des réflexions sur le développement.

image

« Il ne fait aucun doute que les mathématiques vont transformer le continent, et contribuer à générer de la croissance », glisse comme une évidence Thierry Zomahoun. Ce Béninois de 46 ans, passé par les bancs de l’université d’Abomey puis par de prestigieuses écoles canadiennes, veut croire en une « révolution scientifique en Afrique ».
Lire aussi : Il faut soutenir la création d’universités d’excellence en Afrique
Depuis 2011, M. Zomahoun est PDG de l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS), un réseau panafricain de centre d’excellences pour la formation post-universitaire, la recherche scientifique et l’innovation qui a déjà formé plus de 750 diplômés. Sur un continent qui produit moins de 1 % de la recherche mondiale, l’AIMS est une expérience unique et originale. « L’accès à l’éducation de base, à l’électricité et autres, est la condition nécessaire pour un développement de l’Afrique. Mais les sciences peuvent indéniablement jouer un rôle crucial pour y parvenir, explique Naledi Pandor, ministre sud-africaine des sciences et des technologies. Il est temps que l’Afrique se soucie de ses scientifiques, les encourage, les valorise. »
« Il ne fait aucun doute que les mathématiques vont transformer le continent, et contribuer à générer de la croissance », Thierry Zomahoun
Au bord de la marina du Cap, il était donc, ce matin-là, peu question d’équations et de sciences fondamentales. Mais bel et bien de valorisation d’un monde scientifique panafricain toujours désolé, et de partenariat public-privé. Objectif : créer les conditions pour « bouleverser l’Afrique, dernier continent qui n’a pas été exploré sur le plan scientifique et technologique ». Et ainsi convertir aux bienfaits des mathématiques cette jeunesse africaine – qui représentera la moitié de la jeunesse mondiale d’ici 2040.
« L’AIMS relève le même défi que le MIT autrefois », s’enthousiasme l’ancien président du Massachusetts Institute of Technology, Phillip Clay. Il a fait le déplacement dans la ville du Cap en tant que membre du conseil d’administration de la fondation MasterCard qui a annoncé un partenariat de 25 millions de dollars avec AIMS pour permettre à 500 étudiants boursiers d’achever leur cycle ainsi que la formation de 3 000 professeurs de mathématiques au Cameroun. Une reconnaissance pour l’AIMS.

L’Afrique, le futur de la science

Depuis son laboratoire originel d’Afrique du Sud, l’AIMS s’est évertué à dupliquer son centre d’excellence au Cameroun, en Tanzanie, au Sénégal, au Ghana et au Rwanda, en 2016. Parmi les professeurs de mathématiques des universités de Zambie ou de Khartoum, au Soudan, la plupart ont été formés par l’AIMS où l’on retrouve de grands noms de la discipline tel que le Français Cédric Vilani, médaille Fields (la plus prestigieuse récompense pour la reconnaissance des travaux en mathématiques), qui distille son savoir au centre de M’bour au Sénégal.

« Je travaille sur la création d’un centre de formation au Maroc », confie Thierry Zomahoun persuadé que « le prochain Albert Einstein sera Africain ». C’est ainsi qu’il a nommé son programme, le « Next Einstein Initiative », qui s’attelle à la création d’un réseau d’une quinzaine de centres de formation haut de gamme aux sciences et aux technologies.

Tolu Oni, brillante docteure et chercheuse sud-africaine de 35 ans qui enseigne à l’université du Cap, est membre du réseau « Next Einstein ». Elle se révèle volubile sur la collaboration interdisciplinaire entre scientifiques africains qu’elle tente de mettre en place avec l’AIMS qui prépare son premier forum. Il se tiendra en mars 2016 à Dakar et réunira un échantillon de l’excellence scientifique et technologique africaine âgée de moins de 42 ans. Le futur Einstein sera africain et l’Afrique sera le futur de la science, entre autres. Au Cap, nul ne semble en douter.

Le Monde

Soyez le premier à réagir

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*