L’arrestation de Mortazavi, un protégé d’Ahmadinejad, réjouit les internautes iraniens

Mahmoud Ahmadinejad et Said Mortazavi

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe, hier soir, sur les réseaux sociaux : Saïd Mortazavi, directeur de la caisse d’assurance-maladie, ex-procureur de Téhéran et ami proche de Mahmoud Ahmadinejad, a été arrêté, lundi 4 février peu avant minuit, alors qu’il sortait de son bureau. Le quotidien réformateur Shargh par exemple, a fait, ce mardi, une deuxième édition en mettant l’information en « une ».

Selon Fars, l’agence semi-officielle proche des gardiens de la révolution, M. Mortazavi a été arrêté pour « avoir acquis des biens de manière illégale » pendant son mandat à la tête de la caisse d’assurance-maladie. Cette même agence rapporte que l’adjoint du procureur de Téhéran était présent lors de l’arrestation et que M. Mortazavi avait été tout de suite transféré à la prison d’Evin.

Le quotidien réformateur Shargh : « Said Mortazavi a été arrêté »

Saïd Mortazavi fait les choux gras des médias iraniens depuis la convocation de son supérieur, le ministre du travail, Abdolreza Sheykholeslami, au Parlement, le 3 février. M. Sheykholeslami faisait l’objet d’un vote de confiance, car malgré l’ordre du tribunal administratif, il refusait de limoger M. Mortazavi pour malversations.

Lors du débat parlementaire, M. Ahmadinejad, qui était censé défendre son ministre, a implicitement accusé la famille du président du Parlement, Ali Larijani, de corruption. Le président iranien a diffusé une vidéo inaudible de discussions entre l’un des frères Larijani, Fazel, et Saïd Mortazavi. Fazel Larijani aurait demandé d’être impliqué dans la vente de certaines compagnies appartenant à la caisse d’assurance-maladie, proposant en échange d’utiliser l’influence de ses proches, Ali, et notamment celle de son autre frère Sadegh, qui dirige le pouvoir judiciaire en Iran. Ali Larijani a très sèchement répondu à ces accusations et demandé que le président quitte le Parlement.

Saïd Mortazavi, ancien procureur de Téhéran, avait déjà été limogé de son poste après le scandale du centre de détention Kahrizak, lieu de violences meurtrières lors de la répression qui a suivi la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en 2009. Cinq Iraniens, arrêtés dans des manifestations, avaient succombé, à l’été 2009, à Kahrizak, des suites de tortures et de mauvais traitements.

L’ennemi de la presse en prison 

Saïd Mortazavi, juge à la chambre 1410 du Tribunal révolutionnaire de Téhéran, surveillait de près la presse iranienne à l’époque de l’ancien président réformateur Mohammad Khatami (1997-2005). Il a ordonné pendant cette période la fermeture de 120 titres de presse, pour la plupart réformateurs.

Alors que seize journalistes travaillant pour les rédactions réformatrices sont aujourd’hui emprisonnés à Evin, certains utilisateurs de Facebook se demandent si l’un d’eux ne partage pas depuis hier soir sa cellule avec cet « ennemi de la presse ». D’autres internautes n’ont pas caché leur joie, comme une ancienne journaliste qui avait passé un an et demi derrière les barreaux pendant la vague de répression qui suivit la réélection de Mahmoud Ahmadinejad. « Mortazavi a été à l’origine des arrestations massives et injustes qui ont eu lieu après la présidentielle de 2009. On l’accuse aujourd’hui des mêmes charges : atteinte à la sécurité nationale et trouble à l’opinion publique. Bienvenue à Evin, monsieur Mortazavi, ancien juge ! », écrit la journaliste sur sa page Facebook.

A lire (édition abonnée) : « La guerre des factions s’accentue au sommet de l’Etat en Iran »

Mina Azam




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