L’avenir des agriculteurs en sursis aprés le passage de Kenneth

Après l’épreuve du cyclone Kenneth aux Comores qui a tout ravagé sur son passage, Les travailleurs des champs tentent de reprendre leurs activités. Les reporters d’Al-watwan cherchent à mesurer les dégâts enregistrés dans le secteur agricole et le sentiment de ces hommes et femmes qui travaillent la terre. Voyage à la rencontre des cultivateurs et cultivatrices de la localité de Dibwani croisés sur le chemin du retour de leurs champs.

Il est 11h 30 ce samedi 11 mai 2019 lorsque nous avons foulé le sol du village de Dibwani dans le Hamanvu. Des sacs remplis de maniocs et de patates douces trainent par terre. Des cultivateurs et cultivatrices, en tenue de travail, étaient en quête d’auto-stop pour acheminer leurs vivres à destination du village voisin. C’est ainsi que nous nous sommes approchés de ces hommes et femmes qui travaillent la terre pour s’informer de leur quotidien, deux semaines après le passage du cyclone Kenneth. Les femmes, très fatiguées sont assises à même le sol. Les hommes sont beaucoup plus vaillants et accueillants. Mdradabi Abdou, natif de Bwenindi ya Hamanvu, nous accueille à bras ouverts et répond à nos questions. Agriculteur, il travaille sur le plateau de Dibwani. Il indique que le cyclone a tout ravagé sur son passage, plus spécialement les bananeraies. Le manioc qui est beaucoup consommé ce mois, est pourri. «On dirait que le vent était empoisonné, et le manioc qui était prêt à être récolté est pourri et il n’est plus récupérable, même si on peut en trouver quelques uns, si on va à la récolte maintenant», s’est-il confié rassurant que «la patate douce n’a pas été touchée par le cyclone».

Prix en hausse

À la question de savoir si les personnes qui font les recensements pour évaluer la situation après le passage de Kenneth sont allées les voir, il répondra que seul le Croissant-rouge est passé, mais ses membres se sont contentés d’évaluer les dégâts des maisons au village et non dans les champs, «or, c’est la partie la plus touchée . Tout le monde sait qu’une fois l’agriculture touchée, c’est toute une population qui est affectée». «Le gouvernement doit nous encadrer, de manière à trouver la nourriture pour le pays, sinon nous risquons de ne consommer que du riz et de la farine dans les mois et années à venir». Pour ce cultivateur, on peut trouver actuellement de quoi se nourrir, le grand souci reste les mois à venir. «Une chose est sûr, on ne consommera plus de banane avant une année au moins, car tous les bananiers sont saccagés», regrette Mdradabi Abdou avant de faire part de sa désolation pour les personnes qui se déplacent pour acheter des produits agricoles à Dibwani, et que «nous n’arrivons pas à les satisfaire». Le prix des produits agricoles a systematiquement augmenté. Le sac de patate douce qui coûtait entre 10.000 et 12.500fc est passé à 15 000fc.
De même que le manioc. «Nous avons augmenté le prix du sac de patate pour essayer de rattraper et combler le manque occasionné par la perte des autres produits tels que le manioc et les bananes», renchérit Said Adam de Bwenindi. «Nous n’avons même pas besoin de payer de frais pour aller à Moroni pour vendre, le gens viennent ici», se console une femme, assise à côté.
De Bahani à Itsundzu, plusieurs points de ventes de produits agricoles ont été créés. Jusque-là, le marché d’Itsundzu, créé il y a près de 4 ans, était le plus connu et prisé. Cependant, ce dernier n’est pas approvisionné comme à l’accoutumée, tout comme les autres points de ventes.

Besoin de semences

Si on peut trouver un peu de tout, il n’y en a pas assez d’alimentation. On peut trouver quelques tas de maniocs par-ci, de patates par là, deux ou trois tas de bananes et d’oranges. Ici, les femmes surtout sont sur les nerfs. Elles crient sans arrêt à notre arrivée. Une manière de montrer qu’elles ne sont pas disposées à nous répondre. Un homme originaire de Hamahame descendu d’une voiture pour acheter de quoi à emporter s’est fait prendre la gueule. Ces braves dames, qui travaillent la terre, pointent du doigt le gouvernement et tout ceux qui travaillent avec, les accusant de ne pas s’occuper d’elles. «Vous haussez le prix du riz, de la farine et de l’huile et vous voulez prendre à bas prix nos produits, alors que vous n’êtes même pas venus voir si les arbres ne se sont pas abattus sur nous», crie une femme très en colère. Entre les cris et les manœuvres des femmes qui voulaient dissuader les autres à nous répondre, Hassani Ali, originaire de Pvanadju, a répondu à nos questions.
Selon lui, le marché même a été détruit et n’est pas encore réparé, il ne reste aucun arbre fruitiers dans les champs, «mais nous sommes venus profiter du soleil et regarder périr le reste de nos plantations». «Elles (les autorités, ndlr) ne font que nous mentir, nous n’avons reçu aucune aide quelconque, on ne reçoit jamais de l’aide, même après le passage du cyclone qui a tout ravagé», regrette le vieux sexagénaire.

À Bahani, comme à Dibwani, ce sont les champs de bananiers qui ont enregistré le plus de dégâts. «Nous vérifions ceux qui peut être consommés pour la vente». Ici, le sac de manioc coutait 15.000fc, mais actuellement, ça ne se vent plus en gros mais en détail, car, selon toujours Hassani Ali, il est difficile de remplir le sac. «Les bananiers, le manioc et même la vanille, sont tous détruits, cette année, il n’y aura plus de vanille», dit-il, les larmes aux yeux. S’il avait un conseil à donner, Hassani Ali demanderait au gouvernement d’appuyer les agriculteurs et leur doter des semences de vanille et de plants de bananes. «Nous n’avons pas besoin d’argent, ni de riz, ni de sardines, ni de couches culottes pour nos bébés, nous avons besoin de semences pour garantir les années à venir qui seront difficiles. Autrement, il y aura une grosse pénurie de denrées agricoles si on ne nous appuie pas», déclare ce vieil agriculteur qui sollicite un plan d’urgence concret pour sauver ce qui peut l’être.

Abouhariat Said Abdallah / Alwatwan

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