Le choc des cultures: le mariage homosexuel à Mayotte « une ile comorienne »

Vers la fin du mois d’octobre le débat sur le mariage homosexuel va être lancé à l’Assemblée nationale française. Au centre de ce débat, un projet de loi parrainé par le nouveau gouvernement de gauche qui voudrait autoriser et reconnaitre le mariage homosexuel sur l’ensemble du territoire.

Ce débat risque d’être assez houleux car il va aborder un grand sujet de société, un sujet extrêmement sensible et peut-être encore tabou pour une certaine frange de la population française, y compris celle des départements et territoires d’outre mers (DOM-TOM). Cependant avec une majorité socialiste à la Chambre des Députés, il est presque certain qu’une loi reconnaissant le mariage homosexuel en France sera facilement adoptée. Actuellement un certain nombre de grands pays comme l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, la Belgique, la Suède, le Danemark et le Canada, ont déjà voté des lois qui vont dans le même sens. D’ailleurs Dominique Bertinotti, Ministre Déléguée à la Famille a récemment assuré que la loi sera « votée dans le 1er semestre 2013 ». Aussi, il est très difficile d’imaginer à ce stade qu’il y aura une exception française.

Qu’est ce qu’une nouvelle loi autorisant le mariage homosexuel dans l’hexagone pourrait signifier pour nous autres Comoriens et musulmans?

Pour commencer, il ya bien sure lieu d’évoquer Mayotte, une ile comorienne administrée (illégalement aux yeux des Nations Unies, de l’Union Africaine et de l’Union des Comores) par la France, dont la population locale est majoritairement, musulmane (1), de descendance africaine, plus précisément de culture bantoue, avec une grande influence arabo-musulmane. En toute logique, Mayotte qui vient d’intégrer officiellement la République française en optant pour le statut de département d’outre mer en 2011, devra respecter la loi sur le mariage homosexuel, une fois votée.

Cependant, nous savons très bien que la religion musulmane dont les concepts sont omniprésents dans la culture mahoraise, condamne sévèrement sans équivoque et sans réserve toute forme d’homosexualité. En effet comme les autres religions abrahamiques, l’Islam considère l’homosexualité comme étant un péché contre l’ordre établi par Dieu. Toutes les écoles juridiques de l’Islam condamnent fermement l’homosexualité et prescrivent même la peine de mort ou une peine discrétionnaire comme sanction en cas de pratique.

Certains théologiens reconnus, tels que M. H. Benkheira, indiquent clairement que dans l’Islam, seule la sexualité entre partenaires de sexes opposés est autorisée. La sodomie entre mâles est décrite comme une « abomination sans pareil », un « crime horrible et révoltant », car « il ne peut y avoir d’union qu’hétérosexuelle » par le vagin, lieu de la procréation et non l’anus prévu pour un autre effet. D’ailleurs, la sodomie masculine entre mâles est considérée comme étant plus grave que l’adultère et la fornication.

Quant aux deux cultures dominantes dans l’archipel comorien, c’est-à-dire les cultures bantoue et arabo-musulmane dont la plupart des habitants y compris ceux de Mayotte se réclament, elles n’ont jamais accepté, ni toléré, ni soutenu de près ou de loin, aucune forme d’homosexualité que ce soit. Pour le comorien, l’homosexualité représente un phénomène totalement bizarre, une affaire de mzungu (2). D’une façon générale, le Comorien qui choisi l’homosexualité le fait pour des raisons essentiellement financières. Evidemment, il existe ici ou là des exceptions à la règle.

Sachant tout cela, les maires des villes mahoraises vont devoir accomplir avec le sourire, les devoirs de la République, en mariant les couples homosexuels qui pourraient venir des iles voisines ou du reste du monde, pour célébrer leurs mariages sous les tropiques, avec comme arrière-plan la mer bleue de l’Océan Indien et le célèbre lagon mahorais. Quelqu’un à Paris s’est-il déjà demandé ce que cela pourrait signifier pour un maire mahorais de célébrer un mariage homosexuel en plein mois de Ramadan?

Quoi qu’il en soit, la culture de cette ile africaine et musulmane qu’est Mayotte, va encore une fois être chamboulée, en héritant de lois basées sur des normes totalement étrangères pour ne pas dire contradictoires par rapport à la culture locale, tout cela en échange d’un passeport européen et quelques Euros de subventions. Sans le vouloir, ni même le savoir, les Mahorais vont petit à petit participer à la destruction de leur culture, une destruction qui est de toute façon déjà en marche car programmée depuis bien longtemps, même s’il est vrai qu’elle n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière.

Les statistiques qui proviennent des différentes administrations confirment ce que tout le monde sait déjà à Mayotte, à savoir: la croissance exponentielle de la consommation de l’alcool, en particulier chez les jeunes. Aujourd’hui cette consommation a atteint des proportions alarmantes non seulement à Pamandzi et Mamoudzou, mais aussi dans tous les villages de l’ile. L’alcool reste l’un des produits qui, comme par hasard, coutent le moins cher à Mayotte. D’ailleurs, la bière est maintenant produite directement sur l’ile.

Comme si cela ne suffisait pas, certains responsables politiques français semblent vouloir dépénaliser la consommation de drogues douces. Les conséquences d’une telle politique pourraient s’avérer très dangereuses surtout à Mayotte où le taux de chômage dépasse les 30%. Le cocktail drogue-alcool-chômage-déracinement culturel et vie chère pourrait certainement enclencher le début de la fin pour la population locale. Nous savons que des phénomènes similaires se sont historiquement produits en Australie avec les Aborigènes et aux Etats-Unis avec les Indiens d’Amérique. D’ores et déjà, la violence sur l’ile a atteint des proportions inquiétantes. Ainsi avec un certain mal de vivre et une violence grandissante, l’avenir des jeunes mahorais sur le long terme ne semble pas être rose. Soit ils finiront en prison (les autorités s’y préparent déjà puisqu’une nouvelle grande prison est en construction et sera bientôt inaugurée sur l’ile), soit au cimetière, soit dans les ghettos des grandes villes françaises, celles de l’ile française voisine de la Réunion en particulier, laissant le champ libre aux wazungus (3) de la métropole de gérer Mayotte.

Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, les statistiques évoquent également une certaine recrudescence de la prostitution chez les jeunes, qui fréquentent en particulier les retraités wazungus, de plus en plus nombreux dans la région (Mayotte, Madagascar) pour « s’offrir » des jeunes filles au rabais. Avec une nouvelle loi autorisant le mariage homosexuel dans la République, ceux qui voudront « s’offrir » des jeunes garçons au rabais pourront le faire également, mais cette fois-ci avec peut-être un peu moins de complexe. Il n’est pas à exclure que d’ici une dizaine d’années, la tendance des couples vieil homme mzungu – jeune homme mahorais ira elle aussi en augmentant. D’ici là, Dzaoudzi, aura surement sa Gay Pride – La Marche des Fiertés des homosexuels.

De l’autre coté de l’archipel dans les trois iles indépendantes des Comores, les mentalités semblent également changer très rapidement et très radicalement. Cela peux s’expliquer par plusieurs facteurs y compris l’influence grandissante de ceux qu’on appelle ici les ‘je-viens’, ces comoriens qui résident à l’étrangers, en France en particulier, et dont certains y sont nés, ou y ont grandi. Lorsqu’ils retournent au pays pendant les vacances d’été, ces ‘je-viens’ n’apportent pas que des devises dans leurs bagages, ils ramènent aussi des nouveaux concepts et autres mentalités qui se trouvent souvent aux antipodes avec la culture de nos iles.

Les locaux quant à eux sont tellement confinés dans le Anda (4) qu’ils n’ont même pas le temps de voir venir tous ces chamboulements. Aujourd’hui, des comportements qui auraient certainement causés une révolte populaire il ya une dizaine d’années, passent quasiment inaperçus.

Récemment par exemple, un jeune homme à peine la trentaine, originaire de Moroni et de Mitsamihouli a décidé de sortir de sa ‘cachette’. Il est le premier Comorien à notre connaissance à avoir publiquement affirmé son homosexualité et à en être très fier (voir photos). D’ailleurs certains à Moroni l’ont déjà surnommé le père de la révolution ‘dufinu’ (5).

Elevé principalement en Amérique du Nord par sa mère, ce jeune homme n’a pas eu le temps de se familiariser avec la société traditionnelle comorienne. Il a été exposé dès son très jeune âge à plusieurs cultures, ce qui l’a certainement influencé dans sa façon de raisonner. En tout cas, ce jeune Comorien qui vit actuellement au Canada ne semble pas du tout avoir froid aux yeux puisqu’il vient de se fiancer avec un autre jeune homme mzungu du même âge, originaire du Québec.

Le couple compte très bientôt profiter de la nouvelle loi canadienne sur le mariage homosexuel pour officialiser leur amour. Déjà dans la capitale comorienne, cela fait maintenant plusieurs mois que tout le monde connait l’histoire de ce jeune ‘révolutionnaire’, mais dans la pure tradition hypocrite de notre pays, les gens évitent soigneusement d’évoquer le sujet, ou s’ils le font, c’est en chuchotant.

Une fois la loi sur le mariage homosexuel votée et mise en application à Mayotte, il est presque certain, (il ne faut surtout pas se faire d’illusions là-dessus) qu’un nouveau groupe de candidats à l’immigration va émerger du coté des Comores indépendantes. Il s’agit de jeunes hommes qui sont prêts à tout pour aller chercher une meilleure vie à l’étranger, même si pour l’occasion, il faut changer de religion ou de préférence sexuelle. Ces jeunes ne vont pas réfléchir par deux fois si quelqu’un, mettons un mzungu, leur propose un mariage homosexuel. Cela pourrait en effet représenter l’unique opportunité pour beaucoup parmi ces despérados d’obtenir un visa qui leur permettra de rejoindre l’Eldorado.

Pour ce qui est de la France métropolitaine, certains jeunes comoriens de la troisième et de la quatrième génération, ne sont pas aussi fermés lorsque l’on évoque avec eux la possibilité de légaliser le mariage homosexuel, contrairement à leurs ainés. En effet pour certains parmi ces ‘je-viens’ de la nouvelle génération, les couples homosexuels n’ont rien de différents avec les couples hétérosexuels. Cependant un problème risque de se poser lorsque les ‘je-viens’ voudront imposer leur façon de voir les choses à l’ensemble de la société comorienne. Cela va certainement causer un des grands conflits générationnels des dix prochaines années, avec comme arrière plan, un grand choc des cultures.

En attendant, le gouvernement français a déjà préparé le terrain à Mayotte en trouvant un moyen ingénieux pour confisquer le pouvoir des Imams sur l’ile. Qu’en est-il des Imans des trois iles indépendantes des Comores? En fait, à bien y regarder, les Imams comoriens ne semblent pas du tout se préoccuper du mouvement grandissant des homosexuels, puisqu’ils évitent soigneusement d’aborder le sujet, notamment lors des Madjliss (6) populaires. Ainsi le silence des Imams sur le mariage homosexuel devient paradoxalement complice.

Le moment n’est-il pas venu pour les Imams de ce pays de se réveiller? Même si l’hypocrisie est un élément essentiel lorsque l’on évoque la religion ou le anda dans les iles de la lune, il sera très difficile de continuer à ignorer la nouvelle donne mondiale et toutes les pressions qui vont s’exercer envers des petits pays comme le notre.

Il est tout à fait plausible que d’ici quelques années, les grands pays donateurs ainsi que certains organismes internationaux vont certainement vouloir imposer aux pays pauvres, une reconnaissance des droits des homosexuels avant d’accorder toute forme d’aide au développement. Quelle sera alors la réaction des Imans et des politiciens comoriens?

Pour plus de clarté, ces derniers devraient dès maintenant, nous faire connaitre leurs positions sur l’homosexualité, cela sans ambigüité aucune. Au passage, combien de fois a-t-on vu ici ou là des Fundis (7) abuser sexuellement des petits garçons (ou des petites filles) dans les écoles coraniques? Nous savons malheureusement que ces actes de pédophilies restent souvent impunis. Au risque d’éclabousser certains de leurs collègues, ne serait-il pas plus intègre pour ceux des Fundis qui sont propres de dénoncer ces pratiques malsaines? Le moment n’est t-il pas venu pour que les enfants comoriens commencent à apprendre la vraie histoire du prophète Loth, en particulier son passage à Sodome et Comores? Pardon Sodome et Gomorrhe.

En tout cas, si les Imans et les politiciens comoriens ne sont pas assez courageux pour dénoncer les pratiques homosexuelles, le Coran lui est très clair là-dessus. Voici d’ailleurs ce qu’il nous dit : « Et souviens-toi de Loth lorsqu’il dit à son peuple: « Commettez-vous des turpitudes que nul à travers les mondes n’a commises avant vous? Vous copulez avec des hommes en renonçant aux femmes pour assouvir vos appétits! Vous êtes un peuple livré à ses excès… Nous fîmes pleuvoir sur eux des pierres: considère quelle fut la fin des criminels ! » (Coran, 7 : 80-84)

Aujourd’hui la législation comorienne, comme d’ailleurs celle des autres pays musulmans ne reconnait pas le mariage homosexuel. Est-ce assez pour que le pays se protège contre l’influence grandissante de l’homosexualité au niveau mondial?

Au Liberia comme dans beaucoup de pays africains, l’homosexualité reste un grand tabou. Le 20 juillet 2012, les sénateurs libériens ont voté à l’unanimité un amendement à la Constitution, interdisant le mariage entre personnes du même sexe. Quant à la sodomie, elle est carrément considérée comme un délit. D’ailleurs la question du mariage entre personnes du même sexe n’a pas fait l’objet d’une simple loi, mais d’un amendement à un article de la Constitution du pays. Ne serait-il pas judicieux que dès à présent, l’Assemblée nationale comorienne vote une loi préemptive interdisant toute forme de mariage homosexuel sur son territoire en adoptant l’exemple du Libéria?

Ce serait peut-être aussi l’occasion de mettre un peu d’ordre dans la justice comorienne, une justice qui s’inspire de moins en moins des concepts du Coran pour se rapprocher de plus en plus du code civil napoléonien, tout cela dans un climat malsain où les Cadis sont marginalisés à outrance. Même si le Comorien a du mal à s’autocritiquer, certaines voix timides commencent quand même à s’élever parmi les intellectuels du pays, y compris dans les milieux juridiques, pour dénoncer les méthodes dignes des républiques bananières utilisées par certains juges véreux qui n’hésitent pas à invoquer à tort et à travers la notion ‘d’outrage à magistrat’, juste pour ‘corriger’ un citoyen qui veut faire prévaloir ses droits légitimes.

Trois magistrats nous ont même confié en privé qu’ils étaient tellement dégoutés par la justice comorienne qu’ils préféraient s’éloigner du système plutôt que de participer et contribuer passivement à sa destruction. Ces derniers constatent que malgré les nouvelles mesures prônées par le président Ikililou Dhoinine, la justice comorienne reste caractérisée par une corruption galopante et une incompétence désolante, tout cela dans un climat de mépris envers les citoyens.

Comment peut-on rester les bras croisés lorsque l’on se rend compte que certains juges ‘formés’ à Madagascar ont d’énormes difficultés pour rédiger un simple document légal? Certains parmi eux comprennent à peine l’essentiel des textes sur lesquels ils se basent pour rendre un verdict, tellement leur niveau de français est limité. Pire, d’autres parmi ces ‘juges de Madagascar’ vont jusqu’à adopter des méthodes de voyous qui consistent à soutirer de l’argent aux deux parties en leur promettant ‘d’arranger’ le verdict, tout ceci au vu et au su des membres influents de l’administration judiciaire.

Le moment serait-il venu pour reconsidérer l’idée qu’avait lancée l’ancien président Sambi lorsqu’il évoquait la possibilité d’engager des magistrats étrangers compétents pour secourir la justice comorienne? Autant de questions sur lesquelles les autorités politiques comoriennes du moment devraient sérieusement commencer à y réfléchir dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

Ahmed Youssouf Mzé Chanfi
Journaliste Indépendant
Moroni
Union des Comores

1 – 90% de la population mahoraise est musulmane.
2 – En langue comorienne, mzungu signifie un blanc ou une blanche.
3 – Wazunga est le pluriel de mzungu.
4 – Le Anda englobe toutes les ceremonies traditionnelles du grand mariage comorien. Le Anda est particulièrement pratiqué en Grande-Comore.
5 – En langue comorienne ‘dufini’ signifie la partie postérieure du corps, ou le derrière.
6 – Dans la célébration des mariages, le Madjliss est une cérémonie publique ouverte à tous les membres males de la communauté. Il a un caractère social et religieux.
7 – Le fundi est le maitre principal dans une école coranique.

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