Le Docteur Mouhtar Ahmed Charif est décédé

L’ancien ministre des Affaires étrangères, le Docteur Mouhtar Ahmed Charif est décédé aujourd’hui à l’hôpital El Maarouf. Paix à son âme.

Dr Mouhtar Ahmed Charif était un homme très engagé en politique et pour la souveraineté de notre pays, voici l’interview réalisé en 2011 chez nos confrères d’Albalad:

Vie chère, question de Mayotte. L’ancien ministre (Dr Mouhtar Ahmed Charif : Ndlr) propose des états généraux sur l’économie et appelle à un front uni pour faire élire un ressortissant de l’île de Mayotte en 2016 pour «présider aux destinées du pays». Et pour y parvenir, il faut, à son avis, commencer «le travail dès maintenant»

 

Albalad : Quel commentaire faites-vous sur la vie chère, tout le monde en parle mais aucune solution n’est proposée à ce jour…?

La vie chère constitue une calamité pour la population comorienne. Nous vivons dans un pays pauvre. Le monde est aussi en ébullition avec la crise de la dette en Europe qui a des conséquences directes dans certains pays dont les Comores. Heureusement, nous avons un peuple pacifique qui ne descend pas tous les jours dans la rue comme cela se fait dans les autres coins du monde. Mais la vie chère frappe de plein fouet la population. On a l’impression que les autorités ne prennent pas encore la mesure de cette vie chère. Tout le monde se plaint, les commerçants, les hommes d’affaires.

 

Albalad : Que faire d’après-vous ?

Il faut faire les états généraux sur l’économie pour discuter et chercher des solutions. Le problème vient du fait que la population n’est pas suffisamment informée des difficultés économiques que rencontre le pays, ce qui est grave. Nous avons suffisamment de ressources. Si on gère cela avec beaucoup de rationalité, on aurait arrangé beaucoup de choses. Les Comoriens ne demandent pas le luxe, ils ne cherchent que ce qui est fondamental.

 

Albalad : Certains disent que les banques ne jouent pas assez leur rôle notamment dans le financement de l’économie. Qu’en dites-vous?

Les banques ne financent pas l’économie mais est—ce que cela n’est pas lié à l’environnement économique ? Est-ce que cela n’est pas dû à l’absence d’un plan de développement clair et cohérent ? Est—ce que cela n’est pas dû aussi au fait que nos hommes d’affaires ne souhaitent pas prendre des risques ? La relance de l’économie demande une vision de ceux qui gouvernent et des risques de ceux qui doivent produire la richesse. Nos hommes d’affaires se contentent des activités commerciales au lieu de faire des investissements et créer des emplois

 

Albalad : Sauf qu’il manque le soutien et l’accompagnement nécessaire. Certains parlent, par exemple, des taux d’intérêt élevés et des prêts de 7 ans maximum alors que dans certains pays on peut bénéficier d’un prêt de 10 ans voire 15 ans…

C’est à l’Etat de revoir sa politique monétaire. Ces taux handicapent les investisseurs nationaux mais pourquoi ils ne s’organisent pas, en créant par exemple des groupements pour financer des activités industrielles. Je sais que l’Etat accorde des  exonérations douanières pour faciliter l’arrivée d’investisseurs, ce sont ces investisseurs qui doivent influer et s’imposer

 

Albalad : L’ancien chef de l’exécutif de Ngazidja Mohamed Abdouloihabi appelle à une réflexion sur l’avenir de la tournante. Faut-il mettre fin à ce dispositif?

La tournante n’est pas démocratique, elle a été instituée pour résoudre le problème du séparatisme anjouanais. Elle n’est pas bonne en soi. Mais nous ne pouvons pas parler de suppression de la tournante tant que les quatre îles qui composent l’archipel des Comores n’auront pas présidé aux destinées du pays

 

Albalad : Mayotte est devenue un département français, l’île est toujours occupée… Comment pourront nous organiser les primaires là-bas en mai 2016 ?

L’Algérie a été un département français. Nous avons un archipel de quatre îles. Cela a été reconnu par la communauté internationale. Nous avons une constitution qui donne l’obligation de chacune des îles de présider aux destinées du pays. Je souhaiterais que le 26 mai 2016, un Mahorais soit à la tête de l’Union des Comores.

 

Albalad : Quelles sont les actions que  le pays doit mener pour aboutir à cela, d’après vous ?

Il faut sensibiliser les Mahorais qu’ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que leurs frères des iles. Il faut d’ailleurs bannir l’expression «trois îles » et parler « des îles ». Les partis politiques devraient intégrer aussi dans leur programme l’option de confier la destinée des Comoriens aux Mahorais à partir de 2016. L’assemblée nationale doit prendre une résolution rappelant les autorités et la population qu’en 2016, le président sera un Mahorais, Il faut des Mahorais au gouvernement. Il faut que le président Ikililou Dhoinine l’annonce solennellement lors de la prochaine AG de l’Onu comme l’a fait Mahmoud Abbas en voulant créer l’Etat palestinien.

 

Albalad : Est-ce que cela ne va pas gâcher le dialogue prôné par le nouveau président ? Quelle stratégie faut-il engager ?

La France est un partenaire mais on a des intérêts à défendre. Tous les présidents ont joué un rôle pour préserver l’unité des Comores. Ali Salihi a organisé la marche verte. Ahmed Abdallah le dialogue, Djohar a proposé le dialogue à trois. Taki, un pays, deux régimes. Azali a repris le dialogue, Sambi un pays, deux administrations, Ikililou revient sur le dialogue a trois. Toutes ses propositions sont restées lettres mortes. Il faut aller un peu plus loin. Le dialogue serait une solution mais à condition de chercher les vrais interlocuteurs, il faut une diplomatie active en direction de la France pour montrera ce pays ami que son intérêt est d’entretenir des relations avec un Etat comorien de quatre îles au lieu de se contenter à des condamnations tous les ans aux Nations-Unies.

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chanfi

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