Le Grand saut vers l’inconnu

Autrefois, on nous a appris que l’État,  est  une forme d’institutionnalisation d’autorité souveraine s’exerçant sur l’ensemble d’un peuple dans les limites d’un territoire déterminé. Par déduction, il se compose en trois éléments fondamentaux qui sont : un territoire, une population et un Gouvernement légal et légitime (pouvoir politique). Cela veut dire que chaque citoyen est un acteur à part entier de l’État. 

Depuis l’avènement de l’investiture d’Azali Assoumani, Président de la République, chef de l’État, le Pays semble naviguer en eau trouble. Au départ le chef de l’État semblait avoir un programme et une feuille de route clair dont son slogan «  un jeune = un emploi ». Toutefois, on est pas obligé d’être un spécialiste en statistique pour constater que depuis son intronisation au pouvoir , le slogan est désormais « un jeune = chômeur ». Avant les élections présidentielles de 2016, un mouvement qui se prénomme  (Mouvement du 11 Août dont sa légitimité est discutable) s’est émergé pour réclamer des assises nationales. L’idée n’est pas si mauvaise que ça. L’idée du départ c’était de faire une sorte d’un état des lieux de la Gestion du pays depuis le 06 Juillet 1975 jusqu’aujourd’hui. En principe aucun comorien n’est contre l’idée de passer au peigne-fin le pays pour voir ce qui a marché, ce qui n’a pas marché, etc… Cependant, aucun Comorien ne doit oublier que ce  mouvement n’a aucune base juridique ni une légitimité suffisante au point que le président menace dès à présent que les conclusions de ces assises seront appliquées qu’on le veuille ou non. 

S’il y a un fait avéré ce que notre  Président est un militaire de formation mais il ne doit pas non plus oublier la célèbre citation de l’ancien président burkinabé Thomas Sankara qui a dit je cite : « Un militaire sans formation politique, est un criminel en puissance ». Les conseillers du président feront bien de lui rappeler  que la seule institution censée rédiger une constitution est une assemblée constituante mais aussi la seule institution censé représenter le peuple c’est l’Assemblée Nationale. C’est cette dernière qui « parle » au nom du peuple. C’est  sont les résolutions de l’Assemblée Nationale qui sont contraignantes mais pas les décisions des gens qui sont constitués en copain et qui  cherchent une légitimité à parler au nom du peuple. Il est très tôt de spéculer quand aux intentions réelles du pouvoir et leurs agendas politiques ;   toutefois, le paysage politique actuel  laisse présager au pire. Combien de gens ont été  arbitrairement emprisonné, intimidé, menacé ou même arrêté  pour avoir critiqué ces assises ? La récupération politique de ces assises par la CRC (La Confrérie Ridicule des Comores) est inquiétante. Aujourd’hui, la seule manière d’exprimer son opinion est de se cacher derrière un  écran d’ordinateur. 

Officiellement le gouvernement prétend que ces assises sont une sorte de scanner pour le pays. Le Gouvernement parle des assises du pardon et d’un nouveau départ. Quel cynisme ! L’institution censée prononcer des acquittements ou des non-lieux c’est la justice mais pas des assises nationales. La seule personne constitutionnellement  autorisée à offrir des  grâces c’est le président de la République. N’insultez pas notre pays ! Les malfaiteurs de la république, on n’a pas besoin des assises nationales  pour les connaître ou pour les pardonner dans les cas échéants. Ils sont en costumes  bien repassés et bien retaillés, ou bien ils sont en mode  « MHAROUMA ». Si vous voulez les pardonner monsieur le président, alors pardonnez-les. C’est votre droit et personne ne le conteste. Engager un budget de plus de 500 millions pour des assises d’une semaine dont tout semble jouer d’avance c’est de la pire  des folies surtout dans un pays qui manque de tout. Un pays qui panse toujours ses plaies dues au  séparatisme et  aux Coups d’États militaires mérite mieux sauf les conduire dans l’inconnu la plus totale. La balkanisation n’est pas le meilleur remède surtout dans ce moment critique de notre histoire.

Yassine A. Combo

Étudiant chercheur  à l’Université de Tamatave 

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