Le jeune Mahorais, El Anfani Abdallah décédé dans sa chambre Universitaire, «mon fils est mort de faim»

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C’est la thèse de la mère d’El Anfani Abdallah, ce Mahorais de 22ans retrouvé sans vie dans une résidence de la cité scientifique de Villeneuve-d’Ascq la semaine dernière. Interrogée par une télé locale de Mayotte, la maman affirme qu’elle avait entamé de nombreuses démarches pour rapatrier son fils, qu’elle savait en danger, vers son île de l’Océan indien.

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« La maman d’El Anfani était venue nous trouver il y a quatre mois, très inquiète : son enfant se trouvait dans une situation inacceptable en métropole. Il ne disposait plus d’aucun crédit pour appeler, ni pour se nourrir », affirme Anli Madi Ngazi, président de l’association But étudiant mahorais. Son fils n’avait pas reçu la bourse d’études qu’il escomptait. Sa maman affirme avoir pourtant multiplié les démarches avant d’alerter les autorités, demandant le rapatriement de son fils qui souffrait aussi de problèmes de santé. Elle en est sûre : « Mon fils est mort de faim », déclare-t-elle à Kwezi télévision, la télé locale privée de Mayotte.

L’autopsie n’a pas encore livré ses conclusions

Pour l’instant, impossible de savoir quand il est décédé. L’autopsie n’a pas encore livré ses conclusions. Le corps se trouvait dans un état de décomposition avancé lorsque il a été retrouvé mercredi matin par un agent d’entretien à la suite d’un traitement sanitaire de routine.

L’ancien étudiant était réputé solitaire. Inscrit à la faculté de Sciences économiques en 2013-2014, il avait cette année-là bénéficié d’une bourse du CROUS de Lille de 470 € par mois et de sa chambre à la cité scientifique. L’aide financière n’avait pas été renouvelée l’année suivante : « Il n’avait pas fourni les pièces demandées malgré les nombreuses relances », décrypte Martine Muller, directrice du CROUS. Le Mahorais avait néanmoins pu garder sa chambre, probablement du fait de soucis de santé qui lui avaient valu une hospitalisation. Il n’avait pas non plus repris d’inscription à la fac cette année. Donc pas de bourse.

Encore en vie en septembre

Sa famille ne lui connaissait pas d’amis en métropole. Ses voisins de chambre, à la résidence universitaire Galois, ne se souviennent pas lui avoir déjà parlé. Difficile d’évaluer l’absence d’un jeune homme aussi replié sur lui-même. « L’assistante sociale est venue le voir en juin et juillet. Et le secrétaire de la résidence lui a parlé à travers la porte en septembre », affirme Martine Muller. Sans carte d’étudiant, le Mahorais n’aurait pas pu bénéficier billet-retour vers Mayotte de l’Agence d’Outre-Mer pour la mobilité…

Seul, ayant épuisé toutes ses économies, El Anfani Abdallah n’avait jamais sollicité le Secours populaire, qui dispose d’une antenne à la cité scientifique. A-t-il vraiment pu, comme le prétend sa maman à 8 000 km d’ici, mourir de faim faute de ressources ? « Pour l’instant, rien ne permet de le penser », nuance le parquet de Lille.

C’est du moins la thèse qui prédomine sur l’île où les habitants ont mis en place une collecte pour rapatrier le corps du jeune homme. Avant même le compte-rendu d’autopsie, on sait qu’El Anfani Abdallah est mort d’isolement. « Choquant mais pas surprenant », soupire-t-on au Secours populaire.

Marie Vandekerkhove et Carine Bausière

Lavoixdunord

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