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Le Mufti: «Je n’interviendrai que dans la sphère religieuse»

Nommé au mois d’avril pour remplacer feu Said Toihir Ahmed Maoulana, le nouveau mufti, Aboubacar Saïd Abdillah Djamalilail a accordé une interview exclusive à Al-watwan dans laquelle, il est revenu sur plusieurs sujets notamment les viols faits aux femmes et aux enfants, les réformes du muftorat ou encore les prêches dans les mosquées. Interview.

Al-watwan : Ces derniers temps, le pays a connu de nombreux cas de viols et le muftorat n’a officiellement par pris de mesures contre ce fléau, comment expliquez-vous cela ?
Mufti : Dans la plupart des discours que j’ai tenus parfois en présence du chef de l’État sur les actes de violence faites aux enfants et aux femmes, qui font tache d’huile, ma position a été claire : il faut recourir à la peine de mort pour tous les auteurs de viols. Car l’emprisonnement n’est pas la solution. La peine capitale a fait ses preuves au temps des anciens présidents Ali Soilihi et Mohamed Taki Abdoulkarim. Violer un enfant, c’est ruiner sa vie. Pourquoi laisser les auteurs libres ? Je suis convaincu que seule l’exécution aurait un rôle dissuasif. Entretemps, j’appelle les parents à veiller sur leurs enfants.

Les prêches dans les mosquées sont majoritairement axés sur la lutte contre le chiisme alors qu’il y a de nombreux problèmes au sein de la société. Aussi, il n’y a aucun encadrement autour des personnes qui veulent prêcher. Tout le monde peut s’y mettre sans que le muftorat se prononce ce qui peut constituer un danger.
Sincèrement, il y a urgence sur la question. Il n’y a qu’aux Comores où chacun peut se muer en prédicateur sans pour autant en avoir les compétences encore moins les diplômes requis. Même un plombier, revenant d’un pays arabe se permet de prendre d’assaut les mosquées pour prêcher. Et les communautés leur déroulent malheureusement un tapis rouge. C’est dangereux. Nous devons nous pencher sur ce problème avant qu’il ne soit trop tard.

La volonté du gouvernement d’octroyer une carte à tous les prêcheurs dans les différentes mosquées ainsi qu’un thème unique de prêche chaque vendredi est restée lettre morte. Êtes-vous d’ailleurs favorable à cette vision?
Bien sûr que nous soutiendrons cette démarche. Les prêches ne doivent pas être l’apanage de toutes les personnes qui ont fait des études dans un pays arabe juste parce qu’elles parlent la langue. Pour remédier à ce problème, je pense que nous devons mener d’abord une enquête sur les diplômes et le niveau de l’étudiant qui souhaite devenir prédicateur. D’ailleurs, le muftorat compte bien, dans le cadre de ses projets, harmoniser les prêches qui seront prononcés pendant les prières hebdomadaires du vendredi. Les thématiques de ces derniers doivent être décidés et préparés ensemble, pour éviter les dérapages.

On retrouve le même problème au sein des écoles coraniques où chacun fait sa loi sans aucun encadrement ce qui peut là aussi constituer un danger.
C’est vrai, il n’y a pas que dans les mosquées où le désordre règne. La situation des écoles coraniques est aussi alarmante. Chacun se permet d’ouvrir son école. Une des conséquences de ces soi-disant enseignants est qu’ils violent leurs apprentis. Est-ce qu’on peut les appeler encore des fundi ? Non. Parce que jamais un éducateur ne ferait ça. Nous ne pourrons pas ignorer les maux qui rongent les écoles coraniques. Nous y réfléchissons. Toujours est-il que pour mener à bien ces réformes, il faut avoir les moyens.

Où en est-on avec la mise en place du conseil des Ulémas ?
Comme vous pouvez le constater depuis ma nomination, j’ai fait appel à tout le monde. Nous avons ouvert des bureaux sur l’ensemble du territoire. Aujourd’hui le muftorat travaille en concertation avec les antennes ouvertes dans les autres îles. Même à Mayotte, on cherche à avoir un représentant. L’objectif de cette démarche est de mettre en place un dialogue entre tous les ulémas des Comores. C’est d’ailleurs le rôle qu’aurait joué le conseil des Ulémas. Car seul je ne peux y arriver. Voilà pourquoi je les ai tous invités à m’accompagner dans ma mission…

Vous avez récemment accusé l’ancien président Sambi d’être à l’origine de tous les actes de délinquance que connaît le pays. Cette sortie a vivement été critiquée. En quoi Sambi est à l’origine des problèmes que vous évoquez ?
Certains ont mal interprété mon discours. Ahmed Abdallah Sambi avait été élu président de la République. Il est donc le premier responsable de ce qui s’est passé pendant son mandat. N’est-il pas celui qui a donné carte blanche au clan de Bashar Kiwan qui faisait la pluie et le beau temps lorsqu’il était aux commandes ? Pareil pour ceux qui sont au pouvoir actuellement et qui dirigent le pays même le président Azali élu par la population. Si au cours de sa mandature, il marche sur les traces de ses prédécesseurs, on le désignera comme responsable.

Jusqu’ici, on ne vous a pas entendu aborder des sujets relatifs à la bonne gouvernance, la corruption, les arrestations abusives ou encore la restriction des libertés constatée ici et là, comment expliquez-vous cela ?
Le muftorat est une institution dont les missions tournent essentiellement autour des questions religieuses. Je n’interviendrai que dans la sphère religieuse. Partout dans le monde, le Moufti n’intervient que sur les débats de la religion. Notre travail n’a rien à voir avec la politique. Ce sont deux mondes diamétralement opposés. Qu’on ne fasse pas l’amalgame. Si l’État doit se prononcer sur un sujet ayant un trait avec l’islam, notre religion, il doit se rapprocher de nous pour consultation. Idem pour la population. Nous sommes là pour éclairer les gens sur les débats et sujets proprement religieux. Et notre mission s’arrête là. Point barre.

Il vous arrive de vous référer à l’imam Hanbal, le rite auquel il est rattaché est-il proche de celui d’imam Chanfioun ? Il y a aussi une percée d’un Islam différent de celui pratiqué depuis des siècles ici, comment lutter contre?
On nous a enseignés les préceptes des quatre écoles juridiques du sunnisme. Mais je ne suis pas Hanbalite. Je suis un chaféite tout comme l’ont été mes grands-parents.

Dernièrement, nous constatons de nombreux rapprochements de pays musulmans avec Israël, quel est l’avis du muftorat sur ce sujet ?
Ces questions ne nous regardent pas. Je vous dirai seulement que le prophète Muhammad que la paix et le salut soit sur lui, a travaillé et commercé avec les juifs. Il avait même laissé derrière lui des gages. C’est le calife Aboubacar qui s’en est chargé après la mort du prophète. C’est tout ce que je peux dire.

Abdou Moustoifa/ Alwatwan

La Rédaction

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