Le pétrole, une bénédiction ou une malédiction ?

La perspective de l’existence de gisements de pétrole et de gaz off shore aux Comores, suscite beaucoup d’espoir auprès des populations avides de mieux être et d’avenir moins sombre, comme elle aiguise déjà les appétits et aggrave les turbulences politiques pour la possession du pouvoir.

Mais est ce que le pétrole constitue une chance pour les Comores et donne-t-il matière à optimisme ?
Pour répondre à cette question, je vais m’appuyer sur l’expérience des pays producteurs de pétrole et notamment des pays pétroliers africains.
La 1ère constatation faite par toutes les études sérieuses montre qu’aucun pays pétrolier du monde n’a réussi à se développer grâce au pétrole ou le gaz et cela quels que soient l’importance de sa production et le montant de ses revenus : même l’Arabie Saoudite, 1er producteur d’or noir dotée de richesses inouïes (80 milliards de dollars par an entre 2000 et 2004), l’équivalent d’un plan Marshall pétrolier est encore loin du développement et connaît des zones de pauvreté et l’un des plus forts taux de chômage de la zone, de l’ordre de 12,7%.

Pire, l’or noir a généré une régression économique et sociale: le Vénézuela, un grand pays pétrolier a vu son PIB réel régresser entre 1973 et 2003, alors qu’il avait perçu une rente de 20 milliards de dollars, et « grâce » à sa richesse pétrolière, ce pays est devenu le plus pauvre d’Amérique Latine.
Le Nigéria qui produit plus de 2/3 du pétrole africain et avec une croissance de l’ordre de 8%, connaît un accroissement de la pauvreté touchant 2/3 de la population .
Alors que de façon plus générale, selon même le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) en 2010, la pauvreté avait régressé sur le continent entre 1990 et 2008 pour les pays non producteurs et que depuis 1975, les pays riches en matières premières en particulier de pétrole, avaient connu une croissance plus faible que dans les autres pays.
Ce mal lié au pétrole a fait dire au Vénézuélien Juan Pablo Pérez Alfonzo, l’un des fondateurs de l’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole) que « le pétrole n’est pas l’or noir, c’est l’excrément du diable » et beaucoup d’économistes parlent de la « malédiction du pétrole »
Comment une richesse aussi phénoménale a t-elle pu devenir une malédiction, un facteur d’appauvrissement ou de non-développement ?

Voici tout le mal qu’a causé le pétrole jusqu’aujourd’hui dans les pays producteurs de cette denrée :

1- Le pétrole produit une rente si colossale dans les pays qu’elle arrive à constituer 80 à 90 % du budget des états. Mais c’est une richesse, me direz-vous, seulement elle induit des effets extrêmement pervers dont la mono-production et la dépendance à la rente pétrolière, avec comme conséquence la négligence et l’abandon des autres secteurs d’activités comme l’agriculture, la pêche etc.
2- Augmentation du coût de la vie: du coup, les produits locaux deviennent extrêmement chers quand ils existent et le pays ne dépend plus que des exportations, sans compter que le pétrole est producteur de peu d’emplois.
3- Absence de démocratie : le gouvernement n’ayant plus besoin de lever des impôts, il tient peu compte de l’opinion des citoyens qui n’exercent d’ailleurs plus leur droit de regard sur la gouvernance.
4- Constitution de clans pétroliers et d’une dictature basée sur le contrôle de revenus considérables pour se forger des forces militaires à leur dévotion, acheter les urnes, bâillonner la démocratie, faire assassiner syndicalistes et opposants etc. A l’exemple du Gabon petit pays riche (un peu plus d’un million d’habitants alors), qui a connu une longue liste d’assassinats politiques (Germain Mba assassiné en 1971 à Libreville par deux mercenaires, même sort tragique en 1977 pour le poète Ndouna Depenaud, de Joseph Rendjambé 1er secrétaire de l’UPG (Union du peuple Gabonais), Doukakas Neiengui , co-fondateur etc. Et ce n’est pas un exemple isolé en Afrique et en Amérique latine.
5- Accroissement exponentiel de la corruption et fuite effrénée des devises : les pays producteurs sous-développés figurent parmi les pays les plus corrompus de la planète, avec une unité de compte qui se chiffre en millions de dollars et génèrent les comptes bancaires les plus juteux à l’étranger .
Houphouet Boigny aurait dit un jour « Quel est l’homme sérieux dans le monde qui ne possède pas un compte en Suisse ?
6- Il est générateur de violence : beaucoup de pays pétroliers sont déchirés par des guerres fratricides fomentées et entretenues par les multinationales et intérêts étrangers. Parfois, ces multinationales constituent un véritable état dans l’état qui fait et défait les gouvernements à sa guise, en multipliant putschs et autre déstabilisation….
7- Pollution effrénée ; la corruption est telle dans ces pays qu’aucune règle, notamment dans la protection de l’environnement ne peut être respectée : la pollution des eaux et des ressources se monnaie sans vergogne.
Au Nigéria, le Delta du Niger est un bon exemple de région où les problèmes environnementaux dus au pétrole sont source de pauvreté pour les populations vivant dans un pays producteur.
Le déversement des déchets et la combustion des torchères y provoquent maladies respiratoires et cancers, contaminent et tuent poissons, aggravant ainsi la pauvreté.
Sans compter le risque de marées noires qui peuvent causer un désastre écologique et économique.
8- Alors que les pays s’enrichissent (augmentation importante du PIB), les populations abandonnées elles, s’appauvrissent de plus en plus.
9- Accroissement de l’endettement du pays : certains pays recourent à des projets coûteux et irréalistes parfois abandonnés du fait des fluctuations du cours du pétrole.
Pour résumer la perspective du pétrole aux Comores, c’est l’avènement d’une dictature de clans extrêmement riches, manipulés par des multinationales, régentant la vie politique par l’argent de la corruption, et la violence, installés au pouvoir durablement, avec des populations de plus en plus pauvres en difficulté même de se nourrir et dont la santé serait mise en péril par la pollution des poissons provenant de plateformes offshore incontrôlables et incontrôlées.
Je fais preuve de pessimisme ? Alors, pourquoi le pétrole n’a t-il pas sauvé un seul des pays pétroliers du monde sous-développé, notamment d’Afrique, qui ont bénéficié pendant des dizaines d’années, de ressources colossales: pourquoi ces pays n’ont-ils connu que dictatures militaires notamment, coups d’état et guerres fratricides ?

Considérez la situation du Nigéria, de l’Angola, de la Lybie, même de l’Egypte qui font partie des plus grands pays pétroliers de l’Afrique depuis des décennies et regardez des pays comme le Rwanda, le Botswana …..et vous admettrez que le pétrole n’est pas la solution à notre mal.
(A suivre…..)

Kamaroudine

7 commentaires sur Le pétrole, une bénédiction ou une malédiction ?

  1. Nous craignons que le pire va arriver dans l’ union des Comores malgré qu’ en tant que Mahorais nous ne le souhaitons pas que ceci arrive à nos soi-disant frères Comoriens . Malgré qu’ à travers ce qui se passe l’ histoire continue à toujours donner raison à nos Aïeux et notre génération de ne pas vouloir partager un destin commun à cette union mensongère .
    Au vu de ce qui se passe , nous n’ attendons pas les donneurs de leçon de droit Comoriens : des Franco-Comoriens élus des collectivités Métropolitaines , la Courneuve, Dunkerque et Marseille condamner cette dictature qui s’ est installer dans leur pays , car si la démocratie et la liberté au Comores ,c’ est mettre tous ses opposants en prison , ils doivent absolument revoir la définition de ‘ la démocratie dans le dictionnaire .
    Mais bref ils sont prêt à se ridiculiser pour critiquer , dénigrer et donner des leçons aux Mahorais alors qu’ils sont incapables de demander à ce qu’on respecte le droit humains chez eux .
    Après ce referendum inconstitutionnelle , nous sommes conscient qu’ il n’y aura pas une armée national mais des mercenaires du Président Azali qui dirigerons le pays et commettrons des atrocités encore pire que le temps du feu Bob Dénard . Vive les Comores libres et indépendants .
    ILs seront tellement libre que certains Comoriens de mauvaise foi et de Coeur rouillé veulent nous tirés vers leur misères et leur régime dictatoriale en voulant décider à la place des Mahorais arbitrairement , sans notre consentement en se cachant derrière une quelconque « Intégrité National qui n’ a jamais existé .
    Du jamais vu dans ce monde ces genres d’ individus hypocrites .

  2. Cela devrait être une bénédiction pour tous les Comoriens mais malheureusement avant meme l’ exploitation
    nous constatons que ça va être une malédiction , un bain de sang va couler dans l’ union des Comores .
    Certains l’ ont déjà vendu et mettent tous les opposants en prison et en résidence surveiller . Ils ne prennent que leurs familles pour gérer cette mine financier et donc le pays . Malgré que les médecins ont bel et bien diagnostiqué un tumeur cérébral dans son cerveau , il veut diriger le pays éternellement et l’ argent du pétrole sera contrôler que sa famille et son village voire son la Grande Comore , pauvre Anjouanais et Mohélien , vous n’ aurez que le seul choix de continuer à venir nous asphyxier et nous rendre la vie infernale ici à Mayotte .

  3. Kamaroudine, le constat nous le savons déjà donc ce n’était pas la peine de faire cet article. Il aurait fallu interroger les élus et les politiciens de ce pays, les Comores, ce qu’ils pensent ! Il faut les interroger et leur demandaient s’ils pensaient oui ou non si le pétrole va faire sortir les Comoriens de leur misère ou s’il ne va pas plûtot favoriser une certaine catégories de personnes, en l’occurrence les politiciens, quelques notables, etc, qui ne vont pas hésiter à mettre la main sur la plus grande partie du pactole et donner des miettes aux pauvres comoriens tel que l’on voit déjà : des riches toujours en richesse et 80% de la population constituée de gens pauvres à très pauvres.

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