LE PRESIDENT ET L’INSTITUTION PRESIDENTIELLE

Les qualifications du président est un sujet qui préoccupe certes tous les esprits à l’heure actuelle. Le président dans les régimes de gouvernance démocratique n’œuvre pas unilatéralement dans la gestion des affaires de l’Etat ; il est entouré par une équipe, qui pourrait soutenir son succès comme elle pourrait consacrer son échec. Cependant, les prérogatives du président sont bien sûr différentes de celles des autres fonctions de commandement, comme le chef de cabinet et ses membres.
L’institution présidentielle dans les pays avancés, et dans sa forme traditionnelle, regroupe les assistants et les adjoints du président au sein du cercle officiel. Mais de nos jours cette notion s’est élargie et a pris une plus grande ampleur, pour rassembler des éléments indépendants venus de l’extérieur, c’est-à-dire en dehors des cercles du pouvoir, et qui deviennent supplétifs à l’institution présidentielle.
Pour ce qui est du pilier essentiel de l’institution présidentielle, il est basé sur le Conseil de la sécurité nationale, qui travaille côte à côte avec le président et doit être choisi pour sa loyauté non pas à l’égard de la personne du président, mais à l’égard de la patrie ainsi que pour ses capacités à assumer la fonction pour laquelle il a été choisi.
Évidemment, le président préfère choisir des personnalités qui se rapprochent de sa manière de penser, même si elles divergent avec lui à propos des détails et des directives. Ce Conseil est d’habitude formé du président, des vice-présidents, du conseiller du président pour la sécurité nationale, des ministres des Affaires étrangères et de la Défense ainsi qu’un nombre d’autres ministres. Au cas où une discussion serait entamée, les conseillers compétents interfèrent pour donner leurs avis. Il leur incombe de collecter les informations nécessaires aux dossiers en question et de les analyser. Il y a un autre type de conseillers dont les tâches ne sont pas précises, et dont le rôle se limite à donner avis et conseils sans intervention. Il leur incombe donc d’élargir l’esprit du président, d’enrichir sa pensée et de ne pas voiler des informations importantes. Cette deuxième catégorie de conseillers est celle qui lui fait tout savoir à propos de la rue, elle est formée également des « think tanks » et de personnes expérimentées dans les différents dossiers. Le président tient à les rencontrer individuellement ou en groupe. Il a été prouvé que leur rôle aide le président à parvenir à une décision raisonnée et sage, et compense chez lui la carence d’informations sur différents sujets. Cette tradition est bien ancrée dans les pays démocratiques avancés, d’ailleurs certains pays qui connaissent une ascension en Asie et en Amérique latine ont commencé à l’appliquer.
En effet, le rôle joué par l’institution présidentielle avec ses deux ailes officielle et non gouvernementale procure les plus hauts degrés de sécurité pour l’Etat, son peuple et son président.
Depuis le déclenchement du Printemps arabe en 2011 qui ont balayé les dictatures arabes, les centres spécialisés de recherches et ceux de psychologie politique ont commencé à faire des études pour voir comment l’Etat pourrait éviter la reproduction éventuelle des dictatures. Ils se sont mis d’accord sur le fait qu’il faut d’abord essayer de sauvegarder l’équilibre psychologique du nouveau président. Surtout qu’il s’est avéré que la longévité du président et sa pérennité déséquilibrent l’alternance du pouvoir et consacrent l’unilatéralisme des décisions. Ces méthodes désuètes vident l’institution présidentielle des coopérations solides et des personnes bien averties et expérimentées, et font régner une atmosphère de tyrannie et de stupidité. Dans de tels cas, le président croit qu’il forme avec l’Etat une même entité.
Il est grand temps que le président, chez nous, devienne plus ouvert aux critiques et avis différents que les siens, ce qui n’était pas le cas auparavant.
Le président doit comprendre que quelles que soient ses capacités et habiletés intellectuelles ou scientifiques, il ne pourra jamais garantir l’exactitude et la complémentarité de sa décision, surtout à l’époque de la révolution de l’information que nous vivons actuellement.
L’ordre mondial a changé ces 20 dernières années et de nombreux principes et concepts ont été modifiés, surtout ceux relatifs à la sécurité nationale et internationale, ainsi qu’au développement économique et à la structure de l’Etat. Le président, avec la coopération de l’institution présidentielle, doivent parfaitement assimiler ces mutations. La décision ne doit jamais être une simple réaction, mais doit être justifiée, argumentée et doit tenir compte de ses retombées à l’avenir.
En raison du retard qu’elle a dû accumuler sous le régime Azali et les deux dernières régimes, n’oublions surtout pas l’anarchie créative qu’elle a connue au lendemain de l’accord de Fomboni, comme la décision de délivrassions des passeports comoriens aux étrangers et le simple réaction. Les Comores doit avoir pour priorité la formulation d’un projet national pour le développement économique, politique et social. Cela afin de sortir de l’impasse dangereuse dans laquelle elle se trouve.
Cette mission doit être assumée par l’institution présidentielle avec ses deux ailes sous le commandement d’un président qui soit le promoteur d’un projet national. L’institution présidentielle doit esquisser les grandes lignes du projet national, ensuite viendra la mission des experts, des savants et des spécialistes qui se pencheront sur les détails, les plans, les mécanismes d’exécution ainsi que les délais.
Il est important pour la complémentarité de la relation entre le président et son institution que cette dernière ne devienne pas l’alternative du président. Elle doit rester le bras droit d’un président qui l’inspire, connu pour sa force de caractère, la clarté de l’objectif et sa parfaite compréhension des facultés et de la nature de son peuple. Le président doit être vigilant vis-à-vis du changement de la donne mondiale et doit inciter son entourage à être créatif, mais il faut surtout qu’il reste à l’écart de la vieille notion de président tyran et dictateur qui a été le lot du monde arabe pendant de longues décennies .

Said Djaffar Said Athoumani

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